Économie numérique

Et si la ville « vraiment intelligente » passait par les réseaux sociaux ?

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La ville doit s'adapter à des vagues d'innovation toujours plus nombreuses. Afin d'accueillir le numérique, elle doit avant tout s'équiper des infrastructures nécessaires, pour offrir, par exemple, un réseau Internet efficace.

Mais les technologies à elles seules ne suffisent pas à rendre la ville intelligente. Comment les citadins s'approprient-ils ces nouveaux outils, et comment la ville fait-elle face aux nouveaux usages - qui apparaissent le plus souvent spontanément ? Les Assises du numérique, qui se sont tenues les 29 et 30 novembre derniers à l'université Paris-Dauphine, ont apporté quelques réponses à ces questions. 

> Le numérique rend la ville attractive

Un peu facilement, on mesure souvent le niveau de développement d'une ville à la qualité de ses infrastructures numériques : bien entendu, plus une ville est connectée, plus elle est dynamique et attractive. « Numériser la ville » fait donc partie d'une stratégie de marketing territorial : les systèmes d'alerte à la population, les outils de gestion de la consommation des systèmes d'éclairage public entrent dans ces stratégies par exemple.

La ville d'Issy-les-Moulineaux, dans les Hauts-de-Seine a depuis longtemps misé sur le numérique, comme l'explique Eric Legale, expert et Directeur d'Issy Media, et le territoire en a largement profité : 

« A Issy-Les-Moulineaux, nous comptons 35% de population supplémentaire en 15 ans [...]. Cette politique en faveur du numérique a été facteur de succès pour notre développement - à l'image d'Issy Grid. »

Mais la ville numérique n'est pas seulement une question d'infrastructures. Pour qu'une ville devienne « vraiment intelligente » - ou au minimum, astucieuse, elle doit avant tout laisser les citadins développer leurs propres usages.

> Laisser place au détournement

Comme le rappelle le sociologue, politologue et chercheur Marco Diani « les habitants ont une fâcheuse tendance à ne pas faire ce qu'on leur demande de faire. » 

Les urbanistes, architectes et collectivités prévoient et construisent des lieux pour des catégories d'âge ou des catégories sociales précises, mais ils sont rarement utilisés par les personnes à qui ils étaient destinés.

« On ne trouve pas les jeunes dans les endroits construits pour eux par exemple. A cette situation d'obésité technologique correspond presque une surdité sociale. »

La ville est un espace de détournement et les habitants ont besoin d'un délai d'appropriation des technologies qui sont mises à leur disposition. Il est donc nécessaire que les autorités laissent une part de liberté aux habitants qui s'approprient la ville à leur manière.

« Il faut faire attention à ne pas mettre trop de technologies au cœur de nos villes car  les citoyens et les entreprises vont les aborder de différentes manières » explique Karen Le Chenadec, directrice du Département Développement Numérique des territoires à la Caisse des dépôts « Il faut faire attention à ce que les usages aient le temps de vraiment se développer. »

Et pour éviter cette éventuelle fracture numérique, il est nécessaire de mettre en place un nouveau contrat social.

De la même manière, les initiatives citoyennes demandent souvent une capacité d'adaptation nécessaire aux élus. Lorsque les citadins se regroupent en collectifs sur le web via des blogs ou des groupes sur les réseaux sociaux, et interpellent les élus, ceux-ci réagissent souvent avec un certain délai - lorsque ce nouvel espace public ne leur échappe pas complètement. 

 

> Facebook, outil de développement territorial ?

Et Facebook s'est imposé comme un outil majeur dans le développement des territoires. La population et les collectivités se sont massivement saisies, ces dernières années, de l'outil de partage comme l'explique Anne-Sophie Bordy, Directrice des Affaires Publiques de Facebook en Europe :

« Facebook est une extension de la vie réelle, c'est un site qui a une très forte territorialité avec un engagement très fort de la population. Ici l'innovation a précédé l'usage. C'est devenu un réseau social de proximité. » 

Et pour preuve, la ville de Bordeaux par exemple, a créé une page par quartier où l'on peut retrouver des informations ciblées. L'APEC, agence d'emploi et de recrutement, a ouvert une application Facebook permettant de géolocaliser les offres d'emplois en fonction de son lieu de résidence, ou du lieu où l'on se trouve. 

Certaines collectivités usent même du réseau social pour offrir des services et surtout, profite de l'immédiateté de Facebook pour communiquer des informations importantes : l'alerte enlèvement est un bon exemple de ce type d'information, de même que la mise en place de l'aide au victime.

Les administrations font donc massivement le choix aujourd'hui d'utiliser Facebook dont la capacité de mobilisation de l'audience est particulièrement importante. 

« Et cette prise de conscience des institutions en France s'est fait suite aux Printemps Arabes » explique Anne-Sophie Bordy.

Par ailleurs, les pages Facebook sont souvent plus actives que les sites officiels.

Alors, les administrations peuvent-elles s'appuyer sur le réseau social pour répondre à la volonté des citoyens d'être des co-décideurs ? Un outil grand public tel que Facebook peut-il devenir un lieu de consultation publique ?

L'idée fait son chemin, exploitée de multiples façons par des acteurs variés, comme les Ministères de Bercy, qui tentent de se repenser à l'heure des réseaux sociaux, ou ce cabinet d'architectes utilisant le crowdsourcing pour rénover un quartier à Seattle.

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