Éducation

Educatec - Educatice : quand la mobilité permet un meilleur apprentissage (2/2)

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Du 21 au 23 Novembre,  les professionnels de l'éducation se sont retrouvés lors du salon Educatec Educatice à Paris. Entre partages d'expériences et réflexions sur les méthodes éducatives les plus efficaces, la mobilité s'est retrouvée au coeur des débats, plaidant pour une éducation personnalisable

La mobilité est au coeur du numérique aujourd'hui : tablettes, ordinateurs portables ou smartphones, les internautes/mobinautes sont toujours connectés, ils font partis de communautés. Et les élèves n'échappent à cette nouvelle règle. Les professionnels de l'éducation souhaitent aujourd'hui user de ces objets mobiles pour réinventer l'organisation des classes, et le travail personnel

> Favoriser les apprentissages

Les outils numériques mobiles offrent donc de nouvelles perspectives en termes d'organisation des programmes scolaires :

« L'une des limites des apprentissages aujourd'hui est l'organisation même de ceux-ci. Le séquençage de l'année scolaire est-il bien pensé pour optimiser l'apprentissage de nos élèves ? [...] Est-ce que des regroupements virtuels ne pourraient pas, même dans une organisation figée comme la nôtre, favoriser les apprentissages » s'est questionné Philippe Claus, doyen de l'inspection générale de l'éducation nationale.

Et la réflexion ne s'arrête pas là :

« Toute la scolarité est fondée sur le postulat qu'il est bien de répartir les élèves en fonction de leurs dates de naissance. Mais est-ce que cette rigidité favorise les apprentissages ? Et est-ce que des regroupements virtuels en fonction des besoins des élèves, ne pourrait pas être facteur de réussite ? Donc est-ce que les outils de la mobilité peuvent permettre de faire travailler les élèves en fonction de leurs avancements et de leurs niveaux. »

> Rendre l'élève acteur de son éducation

Mais certains enseignants précurseurs utilisent le web depuis de nombreuses années maintenant, à l'image de Fabien Crégut, professeur de Sciences de la Vie et de la Terre, et dont le site collaboratif MonAnnéeAuCollège, créé il y a déjà dix ans, compte près de mille deux-cents pages :

« On y retrouve des ressources photographiques, du texte, des vidéos que l'on tourne en classe, même avec les téléphones portables, lorsque l'on réalise des expériences, des animations interactives » explique-t-il « Le but est simple. Quand l'élève rentre chez lui, il faut qu'il puisse revoir l'intégralité de ce que l'on a fait en classe. »

L'enseignant insiste sur la nécessité de rendre l'élève acteur de son apprentissage :

« Je reste persuadé que lorsque les enfants sont producteurs de ressources, ils développent des compétences qu'on leur demandera plus tard dans la vie. »

De plus, ce type de plateforme permet de créer une passerelle entre les générations. Les élèves peuvent ainsi consulter les travaux effectués les années précédentes. 

> Changement de paradigme dans les méthodes éducatives

L'e-learning offre aussi la possibilité de s'adapter à différents types de programmes scolaires. Dans le Jura, Malika Binet, professeur d'économie et de gestion en BTS, a ainsi développé tout un programme à des élèves ayant combinant des entraînements sportifs intenses à leurs cours :

« Nous avons monté une formation bi-qualifiante unique en France : les élèves passent un BTS Négociations Relations Commerciales (NRC) et un Brevet d'Etat (BE) en ski nordique. » 

Après une phase d'analyse des besoins, l'enseignante a donc mis en place un dispositif combinant une phase de présentiel, et une phase d'e-learning pour les jours de neige. Mais l'installation d'une telle plateforme demande une certaine « culture numérique » au sein de l'établissement comme le rappelle Malika Binet :

 « Il faut qu'il y ait ce type de culture parce que nous ne sommes pas forcément considérés comme crédibles auprès de la direction pour essayer de rassembler une équipe qui travaille sur ce type de projet. Il faut que les collègues travaillent de manière collaborative pour penser la meilleure stratégie de contenus, pour être sûrs que les étudiants suivent les cours et fassent les exercices. »

Et à l'équipe de composer le meilleur programme :

« Nous avons choisi une pédagogie de détail. Il faut accepter que le jeune apprenne un petit peu à chaque fois. Cela passe par des petites capsules de vingt minutes par exemple. [...] Le recul par rapport au métier d'enseignant est extrêmement fort. Et les résultats sont très encourageant. La première année, on a vu 100% de réussite au BE ski nordique et 92% au BTS

Mais l'équipe reste pragmatique :

« On veut être prudents. Nous ne sommes pas dans des phases d'industrialisation. Nous savons bien que nous sommes une petite structure, que nous sommes en milieu rural, et un moment donné il y a des choses qui ne peuvent pas exister

L'e-learning suggère donc aux enseignants un nouveau mode d'organisation de leurs cours :

« Désormais, nous cherchons à accompagner l'apprentissage d'une notion. Nous sommes là pour guider. Ce n'est pas juste le professeur qui a le sacro-saint savoir derrière son bureau. On est dans une pédagogie de projet » explique Jean-Paul Moiraud, professeur d'économie/gestion.

Mais les équipes se confrontent souvent à une hiérarchie réticente :

« Trop souvent, les professeurs luttent pour changer les choses et offrir ce type de programme, il n'y a rien de plus compliqué et difficile, il faut avoir un moral d'acier » précise une autre enseignante. 

>  Apprendre en ligne 

Et pour éviter que les élèves ne remettent au lendemain les travaux qu'ils doivent faire en ligne, un élément est essentiel : la communication.

« Il est nécessaire de favoriser la communication, entre pairs, et entre professeurs » explique une enseignante.

Ces méthodes, qui permettent de développer l'autonomie des élèves, est un facteur essentiel pour leur progression. Mais il est également nécessaire de prendre en compte les différents milieux sociaux dont viennent les élèves, ainsi que l'équipement informatique dont ils disposent à la maison. Certains lycées ont donc décidé d'intégrer l'e-learning dans les emplois du temps à l'école. Ces plateformes munies d'un assistants pédagogiques les aident à s'organiser, et leur fournissent des méthodes de travail. Des compétences qui leur seront utiles pour l'avenir, selon une enseignante :

« Ce type d'enseignement permet aux élèves de s'habituer aux plateformes d'apprentissage. Dans les études supérieures, en université par exemple, ils seront confrontés à ce type de plateforme, en formation continue également. »

> L'ENT, espace d'initiative

Développé depuis de nombreuses années au sein des établissements, notamment dans le supérieur, l'Environnement Numérique de Travail (ENT), est un outil à fort potentiel en matière d'apprentissage, à tous les niveaux de la scolarité. Il permet ainsi à des élèves de différentes écoles, et sur différents continents de correspondre par exemple. Mais il permet également aux parents de suivre plus attentivement leurs enfants :

« L'ENT au primaire permet de faire tomber cette logique d'école/château fort. Il permet une implication des parents très intéressantes. Ils peuvent, entre autres, correspondre plus facilement avec l'enseignant, peuvent récupérer des documents. C'est l'enseignant de qui fixe la consigne, les horaires auxquels ont peut le joindre » explique Benjamin Viaud, co-fondateur de la solution ENT primaire Beneylu School.

Mais les enseignants ne doivent pas avoir peur d'utiliser ces ENT :

« L'ENT est un espace d'initiative qui permet d'innover. Il ne faut pas avoir peur de s'en servir »  précise Banjamin Viaud.

Ces plateformes se muent donc en journal de bord pour une classe qui, à la fin de l'année, peut avoir une vue d'ensemble des travaux réalisés, pour une meilleure mesure de la quantité de contenus créés. 

> L'éducation dans une logique de service

L'éducation passerait donc en partie dans une logique de service s'adaptant à de nouveaux usages, à de nouvelles formes d'écritures et d'apprentissage.

Ces changements posent également de nouvelles questions : celle de la charge cognitive à laquelle sont soumis les élèves face aux écrans par exemple.

« Même si leur qualité a beaucoup progressé, la lecture sur écran reste plus lente que la lecture sur papier, ce qui provoque de la fatigue visuelle » explique Mônica Macedo-Rouet, docteur en sciences de l'information et de la communication.

Une façon de rappeler que le numérique ne vient pas remplacer les supports d'éducation traditionnels mais propose simplement de les augmenter pour mieux répondre aux attentes et aux besoins des enseignants et de leurs élèves.

Camille Gicquel le 23/11/2012
Camille
Camille Gicquel le 23/11/2012

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