Économie numérique

Rapport Terra Nova : les PME, les citoyens et l'éducation au coeur du numérique

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Comment utiliser le numérique pour dynamiser la France ? C'est pour sensibiliser les dirigeants au potentiel du numérique, et pour montrer son rôle majeur dans l'économie que le think tank Terra Nova a publié fin octobre un rapport sur le sujet. 123 pistes de réflexions pour que le numérique permette de « renouer avec les valeurs progressistes et dynamise la croissance »

Nelly Fesseau, coordinatrice des pôles Culture et Numérique de Terra Nova et co-auteure de l'ouvrage, est revenue sur les propositions phares du rapport lors de sa présentation à la Cantine, le 7 novembre dernier. 

Face aux professionnels du secteur, l'importance de stimuler la volonté politique en matière de numérique a été rappelée, ainsi que son rôle moteur dans l'éducation et  l'économie d'aujourd'hui et de demain.

> De l'importance de stimuler la volonté politique 

Si la France a toujours eu un train d’avance en matière de télécommunications, pour Jacques Attali, auteur de la préface du rapport, elle se laisserait distancer par les pays anglo-saxons et les pays émergents. L'équipement et l'accès des ménages à Internet restent ainsi à améliorer, tandis que les investissements dans le numérique demeurent frileux.

Pour Jacques Attali, cette frilosité est lié au rapport qu'entretiennent les Français au numérique. Un rapport tinté d'encore un peu de scepticisme et de méfiance. Mais surtout au manque de volonté politique, notamment au niveau national.

L’économiste plaide alors pour une stratégie politique de développement numérique en France, laquelle pourrait permettre de faire de grands progrès en matière budgétaire :

« L’Etat doit fixer des objectifs ambitieux de développement des infrastructures. Il doit aussi mettre en place un pilotage renforcé et unifié pour rompre avec l’actuel éclatement des structures. Enfin, des incitations doivent être mises en place afin de promouvoir les investissements et les efforts de recherche dans le domaine. »

Une opinion que partage Jacques Sauret, ancien directeur de l'Adaé - l’Agence pour le Développement de l’Administration Electronique :

« Le numérique impacte l'organisation de la société, il est donc inévitable que le politique définisse une stratégie pour que ces évolutions ne soient pas exclusivement subies mais anticipées et orientées dans la mesure du possible, dans des règles collectives pour éviter des utilisations hétérodoxes ou non voulues. »

> Mettre l'accent sur les PME

Parmi les points essentiels soulignés dans le rapport et rapportés par Nelly Fesseau, le soutien aux petites et moyennes entreprises doit faire l'objet de mesures étatiques substantielles:

« Le numérique est la clé de la croissance et du progrès, il offre des perspectives réelles en matière de croissance en particulier à travers les PME et les start-ups. Dans ce contexte, l'innovation doit être financée autrement, elle doit véritablement être prise en compte pour les entreprises » a-t-elle déclaré.

De plus, il est essentiel de sensibiliser les petites structures afin d'éviter de creuser le fossé numérique français. Une sensibilisation qui doit s'effectuer dans différents secteurs, comme le rappelle Nelly Fesseau :

« Il importe d'aider les administrations publiques et les entreprises à prendre en main le levier d'action qu'est le numérique. Le service public pourrait être réinventé à l'aune du numérique. [...] Il faut favoriser les échanges entre milieux professionnels et que les données publiques soient ouvertes à tous les domaines de l'Etat dans un objectif d'innovation partagée. »

> Favoriser l'innovation sous toutes ses formes

Si les invités du débat se sont rejoints sur leur volonté d'un soutien accru à l'innovation, celle-ci, comme le rappelle le rapport, doit être considérée au sens large

Il s'agit ici de ne pas se limiter aux innovations technologiques, mais de penser aux innovations d'usage tout aussi importantes, comme le design de service par exemple. Un point apprécié par Sandrine Murcia, directrice générale de Spring Lab et présidente de Silicon Sentier qui précise : 

« Il est important de ne pas avoir mis l'accent que sur l'innovation « traditionnelle », technologique, de R&D, mais ce que l'on voit au quotidien : l'innovation d'usage. Même si elle n'est pas encore vraiment reconnue comme telle. Il faut aller chercher les gens là où ils sont, où ils travaillent, où ils étudient. »

La présidente de Sillicon Sentier note ici le besoin de faire sortir les débats et les lieux dédiés au numérique de leurs murs pour une sensibilisation plus efficace :

« Ces lieux où l'on parle du numérique, comme la Cantine par exemple, il faut porter ces lieux ailleurs et les placer dans d'autres endroits qui, à la base, ne sont pas des lieux dédiés au numérique, dans les universités par exemple.»

> Pour un droit à l'oubli numérique

Parmi les propositions saluées par les professionnels, le droit à l'oubli numérique fait l'objet d'une attention particulière.

Il s'agit là « d'une réforme qui obligera les entreprises à obtenir un consentement en des termes « clairs » des utilisateurs pour recueillir les données, et leur expliquer comment elles seront stockées, combien de temps et à quelles fins. Les compagnies éditant des sites Internet devront recruter des responsables chargés du respect des données personnelles » comme l'expliquait Le Monde en Janvier dernier.

En effet, une question essentielle se pose aujourd'hui selon Edouard Geffray, secrétaire Général de la CNIL, à savoir : quelle gouvernance envisager pour la protection des données personnelles en Europe ? 

« Dans un univers numérique bouleversant et qui suscite des inquiétudes, il y a une question de confiance. Pour que l'économie numérique fonctionne, il faut que le citoyen, l'individu et le consommateur, qui est une seule et même personne, sente qu'il puisse confier ses données personnelles.

Et pour ça, il faut accompagner les processus d'innovation pour intégrer dès le départ la problématique des données personnelles dans la construction des outils. On parle en anglais de privacy design. C'est un changement de paradigme qui doit s'opérer. »

Les entreprises doivent également prendre conscience de l'importance d'un traitement approprié et d'une utilisation respectueuse des données personnelles qu'elles peuvent collecter. Et dans un monde sans frontières, ces réflexions doivent s'inscrire dans un mouvement global et transnationale, comme l'explique le secrétaire de la CNIL:

« C'est l'idée du guichet unique. Il est essentiel pour les entreprises de simplifier les choses, mais aussi pour le citoyen. Le numérique est un univers à ce point diffus qu'il ne peut pas y avoir 27 autorités européennes » a-t-il ajouté.

> L'éducation et le numérique

Le rapport ne s'arrête pas là. Selon Nelly Trusseau, il est crucial de sensibiliser les jeunes au numérique dès l'école, et de leur donner les outils pour se l'approprier :

« La puissance publique doit tout mettre en place pour réduire la fracture numérique qui comme on le sait, se crée dès l'école et de favoriser Internet comme lieu d'apprentissage, en recourant par exemple à l'usage de serious games [NDLR : même si Internet et serious games ne sont pas nécessairement liés] »

Une opinion partagée par Sandrine Murcia qui rappelle :

« Dans les start-ups, on travaille beaucoup en équipe, en projets pluridisciplinaires, et ça, ce sont des dimensions culturelles qui devraient être intégrées beaucoup plus tôt dans les lycées, les collèges. Il faut valoriser davantage les travaux en groupe. »

Outre la sensibilisation, une introduction du numérique à l'école offre de nouvelles formes d'apprentissage, plus adaptées aux besoins de la société d'aujourd'hui, comme le souligne Jacques Sauret :

« Le numérique permet de s'organiser autrement. Chaque élève peut aller à son rythme et permet à chacun d'aller au bout de son intelligence avec son propre timing. Il y a donc un enjeu majeur qui réside dans la révélation du potentiel de chaque individu via le numérique»

À la France de ne pas manquer le coche pour Edouard Geffray :

« Quand la télévision s'est démocratisée dans les années cinquante, on a manqué le tournant de l'éducation à l'image, et là, on a l'occasion de ne pas rater cette éducation au numérique auprès des jeunes et des seniors. C'est la question de savoir comment est-ce que l'on revitalise les grandes valeurs traditionnelles à la lumière du numérique. Et ça passe par une transmission de codes, de conseils. »
Camille Gicquel le 16/11/2012
Camille
Camille Gicquel le 16/11/2012

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