Économie numérique

Tiers-lieux, télécentres, «coworking spaces»... quels lieux pour le travail du futur ?

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Alors que de plus en plus de métiers peuvent être pratiqués avec un simple ordinateur portable et une connexion internet, pourquoi continue-t-on à converger en masse, cinq à six jours par semaine, vers des bureaux d’entreprises souvent très éloignés de notre domicile ? Et si l'on restait parfois chez soi, ou dans un autre lieu pour travailler, quelles en seraient les conséquences pour les salariés, pour les entreprises ? Et pour l’aménagement du territoire ? 

En profitant d'un atelier organisé par le Groupe Chronos sur la question, nous vous avons parlé récemment des bienfaits du télétravail. Mais le travail à distance a aussi ses limites, que les travailleurs mobiles s'ingénient tous les jours à contourner ou à dépasser. Pour sortir de la solitude du travail à domicile, ils inventent leurs propres lieux : les « télécentres » se multiplient aujourd'hui sur le territoire. A quoi ça sert ? Est-ce que ça marche ? Réponse avec la suite de l'atelier. 

> Des « troisièmes lieux » entre domicile et travail 

Une gare, une bibliothèque, une terrasse de café : de nombreux lieux dans la ville accueillent de manière informelle les travailleurs agiles qui aiment varier les ambiances – ou apprécient simplement de passer moins de temps dans les transports. Hybrides entre lieux de convivialité et de travail, ces endroits fonctionnent comme des « tiers-lieux » : un lieu de vie qui n’est ni le domicile, ni l’entreprise. 

« Les transports en commun eux-mêmes se font tiers-lieux », explique Georges Amar, consultant et ancien directeur de la prospective de la RATP : dans les trains par exemple, on lit, mais on réclame aussi des prises pour nos appareils ou une connexion wifi. La mobilité elle-même devient donc l’un de ces espaces-temps de vie, propices au repos ou au travail, avec des services associés à ces activités.

Depuis quelques années déjà, des cafés et des commerces exploitent ce segment nouveau et « draguent » les travailleurs de passage. Starbucks en avait fait un élément central de sa stratégie en proposant le wifi gratuit dans tous ses espaces aux Etats-Unis. Victime de son succès, l’enseigne a ensuite fait marche arrière en condamnant les prises de courant, afin de limiter le temps de connexion à la durée de vie d’une batterie : c’est dire si la demande est grande !

 

> Au télécentre, mon (télé)travail de proximité

L’autre force de ces lieux, c’est de fonctionner comme des « réducteurs de mobilité » : aller travailler dans le télécentre le plus proche de chez soi constitue une alternative aux déplacements vers le siège de l’entreprise, souvent chronophages et épuisants.

« Le travail est l’un des principaux moteurs de la mobilité, rappelle Bruno Marzloff : en moyenne, cela représente 25% des motifs de déplacements, 45% des kilomètres parcourus, et la cause essentielle des congestions ».

Or, la distance moyenne entre le domicile et le travail n’a eu de cesse de s’étirer ces dernières années, sous l’effet de l’étalement urbain. Cet écartèlement est à l’origine de ce que la sécurité sociale d’Ile-de-France appelle les « pathologies des transports » – des maux que les centres de proximité pourraient bien contribuer à soulager.

Il y a ainsi deux sortes de télécentres. Celui qu’on installe en zone résidentielle, à l’écart du centre-ville, contribue à structurer une vie de quartier dans des lieux qui manquent souvent d’animation. Lorsqu’il est situé près des gares ou des aéroports, il se présente comme un lieu de réunion bien pratique, qui fait gagner du temps entre deux correspondances.

Dans les deux cas, c’est aussi un moyen de fluidifier la ville, et d’atténuer certaines contraintes de l’aménagement du territoire, en proposant au passage des solutions nouvelles à des erreurs du passé en matière de conception urbaine.

> Le « coworking space », un lieu de brassage des cultures professionnelles

Si les travailleurs mobiles sont friands de lieux de convivialité, c’est que la liberté de travailler d’où l’on veut n’incite pas forcément à rester enfermé seul chez soi. Le travail à domicile est bon pour la concentration s’il permet de s’asseoir au calme, mais à la longue, cela n’a rien de réjouissant. La grande idée des télécentres, c’est de rassembler des professionnels d’horizons variés dans un lieu intermédiaire, qui offre une ambiance propice au travail, certes, mais aussi aux échanges.

Un employé de la Mutinerie, un télécentre parisien, témoigne :

« Le professionnel qui n'a besoin que de son ordinateur portable pour travailler, pour nous, c'est un peu le retour à une certaine forme d’artisanat, qui nous semble plutôt émancipatrice ! Que font les gens, lorsqu'ils ne sont plus contraints par l’outil ou par la structure ? Leur premier mouvement, c'est de retourner chez eux.

Mais très vite vient le deuxième mouvement : trouver un lieu. Chaque lieu propose une ambiance, un contrat social spécifique, une manière de travailler, un consensus… ainsi, l'espace de coworking que l'on choisit permet de choisir ses collègues. Il ne s’agit pas de reproduire la structure de l’entreprise dans le télécentre ! »

Nathanaël Mathieu est le co-fondateur de néo-nomade, un service Internet recensant, cartographiant et partageant les lieux et les bons plans du travail mobile en France. Pour lui, les « coworking spaces » peuvent jouer un rôle de think-tank et d'action-tank - comprendre qu'ils peuvent être de véritables centres d'innovation sociale et technologique.

Attirant des entrepreneurs en quête de flexibilité et de solutions modulables, ils réunissent aussi des créatifs de tous bords, les « bricoleurs » des fab labs... autrement dit, ce sont souvent des lieux très communautaires !

 

> Alors, bientôt la fin du métro-boulot-dodo ?

Alors, une ville maillée d'espaces de télétravail serait-elle à la fois le graal des rythmes de travail durables, la fin des embouteillages et de la pollution, et par-dessus le marché, un surcroît de créativité ? 

Bien entendu, tout n'est pas aussi simple. Dans les entreprises comme dans les territoires, le télétravail a ses ennemis, et les télécentres, leurs sceptiques. Et puis, de nombreux décideurs publics ou privés seraient ravis d'ajouter ces ingrédients dans la recette d'une « bonne entreprise » ou d'une « bonne ville »... mais se demandent simplement : comment agir ? Par quoi commencer ? 

Pour ces acteurs, la discussion qui a suivi les présentations à l'atelier Chronos était l'occasion de poser toutes ces questions, et d'échanger au passage les inquiétudes, les coups de gueule et bonnes pratiques. Promis, on vous en parlera bientôt. 

Tommy Pouilly (@5h55) le 22/10/2012
Tommy
Tommy Pouilly (@5h55) le 22/10/2012

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