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Société

Les métiers transformés par le numérique, épisode 1 : «l'a-geek-culteur»

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Télécoms et réseaux, robotique, sécurité informatique... l'irruption du numérique dans notre quotidien fait apparaître de nouveaux métiers. Mais il transforme aussi les métiers les plus traditionnels ! C'est pour révéler cette diversité, et pour enquêter sur les évolutions de nos professions au tournant d'une nouvelle ère industrielle, que nous avons décidé de partir à la rencontre, chaque quinzaine, d'un professionnel différent. 

Dans ce premier épisode, l’agriculture : si labourage et pâturage sont, historiquement, les deux mamelles de la France, ce secteur représente toujours 1 million d’actifs dans nos campagnes. Pourtant, fracture numérique oblige, les territoires ruraux font souvent figure de « grands oubliés » de cette révolution. 

Alors, comment le monde agricole se saisit-il du numérique ? C'était le sujet de l'une des plénières de l'Université d'été des territoires numériques, ou RuraliTIC, qui s'est tenue ces 12 et 13 septembre à Aurillac. En marge de la rencontre, nous avons interviewé Hervé Pillaud, qui animait la table ronde. Et voici ce qu'il nous a raconté. 
 

RSLN : Le numérique et l'agriculture, c'est une association que l'on ne fait pas souvent. Agriculteur, éleveur laitier, mais aussi passionné de nouvelles technologies, vous montrez que le monde agricole, aussi, se saisit du numérique. Pouvez-vous nous expliquer comment ?

Hervé Pillaud : Le numérique apporte des réponses à quatre besoins des agriculteurs. Tout d'abord, il nous offre des services utiles... à commencer par la météo, qui est très importante pour notre métier.

Ensuite, il nous assiste dans la masse de relevés et d'enregistrements qu'on a à faire tous les jours. Depuis les débuts de la Politique agricole commune, on tient un cahier des charges très strict. Si tel jour, je mets 150kg d'azote dans mon blé, il faut l'enregistrer. Je suis éleveur laitier : quand un veau naît, je le déclare. Si je le vends également. S'il meurt, pareil, et ensuite je dois faire enlever le corps par l’équarrisseur. Le numérique nous offre des outils pour systématiser et simplifier ces relevés. Avec parfois, de petits « bonus » : par exemple, aujourd’hui, lorsque nous déclarons un animal mort, l'équarrisseur est automatiquement prévenu.

Il y a aussi une dimension de conseil. Le web nous sert comme un centre de ressources : quand telle ou telle maladie frappe nos plantes, on échange des photos sur le net, et on peut établir un diagnostic !

Enfin, il nous aide à faire notre business. Par exemple, avec les outils d'achats groupés : « J'ai besoin de trente tonnes d'engrais, et toi ? ». Si on s'y met à plusieurs et qu'on atteint un certain seuil, on peut lancer un appel d'offres et obtenir de meilleurs prix... il y a un vrai besoin ! Ceux d'entre nous qui font de la vente directe, comme les viticulteurs, sont aussi ravis. Et puis, le numérique nous aide à mieux vivre des externalités parallèles de nos activités, comme les gîtes ruraux, les week-ends à la ferme...

Alors, les agriculteurs sont à la pointe des usages numériques ?

Pas tous, bien entendu. Moi, je suis présent sur tous les réseaux, j'adore ça : on me surnomme « l'ageekulteur » ! J'ai même été caricaturé par le Sans-culotte, un journal local. Mais je ne suis pas tellement une exception, vous savez, nous sommes par exemple la première profession qui s'est emparée du minitel... Pour nous, les nouvelles technologies sont souvent un moyen de rompre l'isolement.

Et ce que les gens ignorent souvent, c'est que nous utilisons des outils très sophistiqués. Nos tracteurs sont tellement bourrés d'électronique aujourd'hui, que lorsqu'ils tombent en panne, nous ne pouvons plus les réparer nous-même. Demain, ils pourraient être connectés... Même chose dans les étables, avec la robotisation de la traite !

Après, nous avons nos pratiques et nos usages, et les spécificités de notre métier, qui font qu'on n'utilise pas le numérique comme toutes les autres professions. Par exemple, on a une activité nomade : on est dans la nature, on ne passe pas nos journées dans un bureau ! Alors, on a un fort besoin de réseaux mobiles, comme la 3G.

 

Vous êtes aussi le Secrétaire général de la FDSEA 85, la Fédération paysanne de Vendée, où vous vous occupez de... numérique ?

A la FDSEA, je m'occupe du journal : Inf'Agri85. On fait tout nous mêmes : régie publicitaire, print, notre chaine vidéo... on a même un développeur parmi nous. C'est ça aussi, la mentalité paysanne ! Mais c'est très créatif. On arrive quand même à 40 000 vues par mois sur un département de 4000 agriculteurs... et on sait que deux tiers des connections sont notre cœur de cible.
 

Alors, le numérique est-il aussi un moyen de défendre la profession, pour vous ?

Oui, tout à fait. J'ai commencé à le comprendre au moment de la polémique autour de la vache folle : les informations étaient tellement déformées, et les médias nous ont fait tellement de mal, que ça m'a donné envie de m'en emparer...

Aujourd'hui, avec les réseaux sociaux, quand l'information est déformée, on peut faire quelque chose pour rétablir la vérité. Par exemple, la polémique récente autour de Doux, le volailler : Xavier Beulin, notre Président, avait été maladroit en parlant de l'affaire sur Europe 2. Il avait fait le « buzz », un mauvais buzz. Pourtant, à la FNSEA, nous ne cherchons pas à faire du buzz, mais nous construisons de l'influence : le numérique nous sert à valoriser un important travail de fond. Alors, en entrant dans le débat avec un vrai argumentaire, on a réussi à effacer le reste !

C'est cela, je crois, qui fait la puissance de la Fédération : on est un réseau physique avant tout. En Vendée, il y a 240 communes, et 240 Présidents de syndicat locaux, qui sont des interlocuteurs privilégiés du maire. Il en faut, des accords, pour arriver à ça... Là dessus, le numérique n'est pas un palliatif, mais un auxiliaire, un supplément.

Malgré tout, on est face à un vrai changement de paradigme : pour moi, la révolution numérique est comparable à l'invention de l'imprimerie... elle installe des courants remontants, plus seulement descendants. Si une organisation comme la nôtre ne s'empare pas du numérique, c'est lui qui s'emparera de nous, et il va nous détruire ! On est très pyramidaux, dans un système en nébuleuse. Alors, on doit garder nos fondamentaux, en s'adaptant.
 

Et à vous, personnellement, que vous ont apporté ces outils ?

Une double ouverture d'esprit : pour moi, et pour les autres. L'essentiel, c'est ce que ça permet de créer IRL, dans « la vraie vie ». A commencer par de belles rencontres : parfois, des connaissances sur les réseaux deviennent de vrais amis, comme ce viticulteur à qui j'ai rendu visite récemment, et à qui j'ai rendu hommage sur mon blog. Comme je tweete beaucoup, j'ai même pu organiser un twittapéro, chez moi, à la ferme !

Alors, franchement, je ne crois pas aux discours des gens qui disent que ça nous coupe des conversations. Pour moi, tout ce qui est en ligne revient toujours à la vraie vie, car c'est ce qui nous intéresse tous : le numérique, ça crée du lien social !  

Tommy Pouilly (@5h55) le 14/09/2012
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Tommy Pouilly (@5h55) le 14/09/2012
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