Éducation

Retour de l'informatique à l'école : "On peut l'enseigner à tous les niveaux, même avant de savoir lire"

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Depuis le 4 septembre, il est désormais possible de suivre quatre spécialités différentes en terminale Scientifique : les mathématiques, la science-physique, les sciences de la vie et de la terre et… l’informatique. Ou plutôt, l’Informatique et Sciences du Numérique (ISN), une nouvelle matière introduite cette année dans les programmes, vingt ans après la suppression de l’option informatique dispensée à l’époque dans la moitié des lycées français.

L’occasion de revenir sur cette nouveauté pédagogique avec Gilles Dowek, ancien professeur d'Informatique à l'École polytechnique et chercheur à l’INRIA.

En plus d’avoir fait partie du comité de six experts chargés de rédiger le programme de l’ISN, il a dirigé la rédaction du manuel, disponible tant en librairie qu’en consultation libre sur le Net.

RSLN : Pouvez-vous nous rappeler quelle a été la genèse de ce retour de l’informatique à l’école ?

Gilles Dowek : Depuis plusieurs années, nous étions nombreux à nous interroger sur l’absence de l’informatique à l’école. A l’heure où cette discipline revient dans les classes de nombreux pays– comme en Suisse, au Royaume-Uni, certaines régions allemandes, ou encore dans les lycées indiens et chinois –, plusieurs personnes et structures se sont emparées du sujet en France, comme Maurice Nivat de l’académie des Sciences, l’association EPI et des enseignants en facultés ou en école d’ingénieurs.

Personnellement, je suis parfois catastrophé d’avoir des élèves en informatique qui, à BAC +3, n’avaient jamais écrit une ligne de code. Ils connaissent juste le traitement de texte et le tableur. C’est donc par le concours de plusieurs personnalités, qui ont pris leur bâton de pèlerin et ont commencé à écrire des courriers à Luc Châtel, le ministre de l’époque, que s’est mis en place cet enseignement de spécialité, réservé pour l’instant aux terminales S, ce qui est un bon début.

Il y a des pays, comme l’Estonie, qui compte même inclure ce type d’apprentissage dès 6 ans.

Oui, car on peut enseigner l’informatique à tous les niveaux, même avant de savoir lire. Bien entendu, on n’enseigne pas la même chose de la maternelle au doctorat. Il y a plein de choses que l’on peut faire avec les enfants, autant devant un clavier et un écran qu’à l’aide d’activités débranchées. Avec un camion doté de quatre flèches (nord –sud–est – ouest), on est par exemple capable de faire écrire des petits programmes aux enfants.

 « Je suis parfois catastrophé d’avoir des élèves en informatique qui, à BAC +3, n’ont jamais écrit une ligne de code »

De quoi seront capables les lycéens qui auront choisi cette spécialité en fin d’année scolaire ?

Il ne s’agit pas tant de transmettre des connaissances directement utilisables dans un cadre professionnel que de les sensibiliser à un certain nombre de questions, et qu’ils aient compris les concepts fondamentaux de l’informatique.

Nous avons répertorié quatre piliers qui vont dans ce sens : la compréhension et la formalisation d’un langage, l’information (du codage d’un caractère aux bases de données), le matériel (du transistor aux robots) et enfin les algorithmes.

Ces thèmes doivent aussi ouvrir vers tout un tas d’autres questions, comme « qui a inventé l’ordinateur ? », pour bien faire comprendre que son créateur n’est pas unique. La sécurité, la cryptographie, les questions de modèles économiques (« en quoi l’information est-elle différente des biens matériels, qui eux ont un coût avant d’avoir un prix ? ») sont aussi au programme.

C'est plutôt ambitieux, à raison de deux heures par semaine…

Ça l’est, mais on a la chance d’avoir une évaluation par projet [à l’image de ce qui se fait pour les TPE] et non via un examen commun à la fin de l’année. Ce qui fait que chaque enseignant est libre d’approfondir ou non certaines parties du programme, et de donner une couleur différente à son cours.

Pensez-vous comme d’autres que ce n’est qu’un début, et que l’ISN devrait à terme s’étendre à d’autres filières ?

Pour le moment, Vincent Peillon, le nouveau ministre de l’éducation nationale, a déjà proposé d’étendre la spécialité aux L et aux ES. On reste donc très attentif à cette évolution parce que ce ne sont pas seuls les élèves scientifiques qui vivront dans la société numérique de demain. Les juristes, les archéologues aussi !

Il est donc essentiel que cet enseignement s’adresse au plus grand nombre, et ce sur plusieurs années, afin de construire couche par couche une compréhension approfondie des phénomènes informatiques.

« De 20 000 à 25 000 élèves suivent cette année la spécialité ISN »

Combien d’enseignants, d’élèves et d’établissements sont concernés par l’ISN cette année ?

Ce ne fut pas facile de former rapidement des milliers de profs à cette nouvelle discipline. Il n’y a pas encore de concours de recrutement type CAPES par exemple. Ce sont donc 1 300 professeurs de physique, de sciences de la vie, de mathématiques ou de sciences et technologies industrielles qui ont suivi des formations continues d’un ou deux ans selon les académies.

Ils sont répartis dans 700 lycées, sur un total de 2400 dans le pays. Ils sont souvent par deux dans un même établissement, ce qui est une bonne chose pour partager ses méthodes, comme ses doutes.

Sans pouvoir être plus précis pour l’instant car nous manquons de recul, on pense que 20 000 à 25 000 élèves suivent cette année la spécialité ISN. Un nombre qui reste faible pour une classe d’âge de 800 000 individus. Dès l’année prochaine, davantage de lycées devraient être en mesure de proposer cette nouvelle spécialité.

Jason Wiels le 12/09/2012
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Jason Wiels le 12/09/2012

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