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Médias

« Programmer ou être programmé » (3/3)

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Dernière partie de notre lecture estivale consacrée à l'ouvrage de Douglas Rushkoff, « Les dix commandements à l'heure du numérique ».

> Retour vers l'article précédent, dans lequel l'auteur nous rappelle l'importance d'avoir le choix, de ne pas avoir une confiance aveugle dans les modèles mathématiques et pourquoi il faut parler en son propre nom.

7. « Ne vendez pas vos amis ! »

Dès les débuts d’Internet, les scientifiques qui avaient accès au réseau passaient du temps à discuter de leurs centres d’intérêts. Des bavardages sans intérêts ? Non, c’est l’essence même d’Internet, rétorque Douglas Rushkoff :

« Les entreprises spécialisées dans le social networking se trompent : le Net n’est pas en train de devenir un média social, il l’est déjà. »

Si cette socialisation est une richesse selon lui, il redoute la marchandisation des liens qu’entretiennent les gens entre eux.

« Le danger est que les réseaux sociaux basés sur la logique actuelle du ‘quelques centimes grâce à vos amis’ perdurent suffisamment longtemps pour que leurs principes corrompus s’imposent et soient acceptés par les utilisateurs », prévient-il.

Ce qui n’est pas encore tout à fait le cas puisque, pour l’instant, les utilisateurs expriment régulièrement leur colère face aux changements des conditions d’utilisation. Des protestations qui ont finalement moins à voir, pense-t-il, avec « la violation de leur intimité » qu’avec, justement, « la monétisation de leurs amis ».

Mais est-ce que ce sera encore le cas avec « les gamins qui ont grandi à l’ombre de ces réseaux » ?

Pour Rushkoff, les marques qui se contentent de mener « la course aux fans » se trompent de stratégie :

« La vraie manière d’avoir une démarche sociale, si elles le voulaient, ne serait pas de chercher à accumuler davantage d’amis ou d’abonnés, mais plutôt de faire en sorte que leurs amis et abonnés le deviennent entre eux. C’est comme cela que l’on peut créer une culture via un média en réseau. »

8. La vérité contre les mythes

S’il a bien un domaine où Internet est complètement vertueux pour le théoricien américain, c’est celui de la transparence.

« Publiez quelque chose de faux en ligne et cela finira par être reconnu comme un mensonge. »

Le principal glissement qui s’est opéré entre médias traditionnels et Internet est celui de l’interactivité. Et cette interactivité permet de d’échanger, de discuter, voire de remettre en cause les « discours » ou les « mythes » qu’entretiennent les acteurs, quels qu’ils soient – élus, entreprises, institutions, individus.

Avec le Net émerge la possibilité, auprès d’un large public, de remettre en cause toutes formes de langage déconnectées de la réalité. Avant, les gens « achetaient ces biscuits-là parce qu’ils racontaient qu’un elfe les avaient fabriqués dans sa forêt » : aujourd’hui, « cette fiction n’a plus lieu d'être » explique Douglas Rushkoff.

« Ce qui compte, c’est que ces biscuits soient sains, utilisent des ingrédients naturels, respectent une logique de développement durable, ne fassent pas appel à une main d’œuvre exploitée. »

De ce constat, il tire deux enseignements :

Du point de vue des entreprises, « la manière la plus facile de vendre », car la plus compatible avec la culture web, est désormais « de produire de la qualité ».

Côté utilisateurs, mieux vaut être de ceux qui disent la vérité, parce que « ce sont eux qui améliorent le rapport signal/bruit et qui font figure d’autorités reconnues au sein du média numérique ».

9. Partager plutôt que voler

Après le contact et la transparence, une des autres caractéristiques propre au Net est le partage. « Un principe du partage et d’ouverture », hérité de la façon dont fonctionne le numérique, par le partage des ressources et la distribution des tâches entre les serveurs du réseau.

Cependant concède l’auteur, difficile de faire la différence entre partage et vol, tant la frontière peut paraître mince dans l’univers numérique. Mince mais réelle : si le monde physique existe en quantité « limitée », et donc « sa rareté requiert de le protéger », le contenu numérique lui peut « être copié en quantité illimité, gratuitement. »

En prenant l’exemple du musicien, il souligne qu’il faudrait pourtant bien trouver un moyen de « payer le musicien qui lui a consacré du temps et de l’énergie à produire une musique » que l’on apprécie. « Un coût qui devrait être partagé de façon équitable par tous ceux qui l’écoute », mais c’est une « notion qui nous reste étrangère ».

La preuve ? Les millions d’utilisateurs quotidiens de Wikipédia ne se soucient guère de sa santé financière, alors que le site de partage de connaissances, parfois à la limite de la faillite, fait régulièrement appel à la générosité de tous.

Un moyen de sortir de cette impasse, même s’il ne la développe que peu dans son livre,  serait de multiplier les nouvelles sortes de monnaies. Plus précisément, des « monnaies internet » ou « e-monnaies ».

Contrairement à l’argent classique « basé sur la rareté de l’emprunt », qui profite aux plus grosses structures, les monnaies virtuelles se fondent sur « l’abondance de la production, ont tendance à favoriser l’échange et permettent un transfert de valeur directement du consommateur au producteur, sans l’intermédiaire d’une autre structure [les banques]. »

10. « Programmer ou être programmé »

Le dixième et dernier précepte à l’ère numérique proposé par Douglas Rushkoff reprend l’argumentaire général de son ouvrage :

« La programmation est le nerf de la guerre d’une société numérique. Si nous n’apprenons pas à programmer, nous risquons de l’être nous-mêmes » réaffirme-t-il.

L’argument tient-il, quand on sait qu’on peut conduire une voiture, sans savoir en réparer le moteur ? Quelques techniciens font, après tout, très bien cela à notre place.

« Mais où cela nous a-t-il conduit ? », rétorque Rushkoff, soulignant que chaque technologie a ses biais, et qu’aujourd’hui on découvre l’impact hautement nocif de la voiture sur l’environnement, magistralement ignoré pendant de longues années.

Dans le cas du numérique, ses biais, ses tendances, sont d’autant plus importants à saisir qu’ils peuvent, bien plus que conditionner nos déplacements, nous conditionner « nous-mêmes ». Et ce, dans toutes nos facettes, évoquées par le livre : notre emploi du temps, notre rapport aux lieux, notre identité, la réception de l’information, etc.

Autrement dit pour Rushkoff, vous feriez bien de vous intéresser au monde numérique... car lui s’intéresse déjà à vous. 

Jason Wiels le 30/07/2012
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Jason Wiels le 30/07/2012

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