Éducation

Les dix commandements de Douglas Rushkoff à l'ère du numérique (1/3)

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A première vue, l’auteur de Programm or be programmed est un grand prétentieux. Son ouvrage, sous-titré « Ten commands for a digital age » - phrase reprise pour le titre version français du livre sortie en février 2012, Les dix commandements de l’ère numérique, fait écho au prêche d’un autre prophète avant lui.

Mais Douglas Rushkoff ne prétend pas nous révéler une vérité infaillible. Essayiste affilié au mouvement cyberpunk et théoricien de l’interaction entre culture, technologie et médias, lui qui écrit souvent dans les colonnes du New-York Times nous propose, en fait, « dix principes simples qui pourraient nous aider à tracer notre chemin à travers le monde numérique. »

Car à travers une accroche choc, « programmer ou être programmé », Douglas Rushkoff souhaite avant tout s’adresser aux non-initiés, c’est-à-dire à la grande majorité des gens qui, face aux possibilités vertigineuses offertes par le numérique, est soit désemparée, soit ne préfère pas questionner les dessous d’un monde qui leur semble, à première vue, hermétique.

> Ne pas laisser la technologie aux mains des experts

« Démocratiser la compréhension des enjeux du numérique » pourrait ainsi résumer l’esprit de son manifeste. Selon lui, à chaque révolution médiatique, seule une avant-garde comprend pleinement les possibilités offertes par le nouveau médium, tandis que les autres finissent seulement par s’emparer du potentiel de la révolution précédente :

« Les gens écoutaient pendant que le rabbin lisait ; les gens lisaient alors que d’autres imprimaient ; aujourd’hui ils écrivent, alors que la ‘techno-élite’ programme », résume-t-il.

Or, les conséquences d’un tel écart dans la maîtrise des champs médiatiques pourraient cette-fois être bien pire selon Rushkoff. Et là, il ne s’agit plus de pointer du doigt une nouvelle élite dominante, mais il explique clairement qu’à « l’ère du numérique, notre incompréhension des enjeux pourrait signifier que nous abandonnons notre pouvoir collectif naissant aux machines elles-mêmes ».

Comment garder alors notre maîtrise sur les outils, et continuer à jouir de notre autonomie ?

« C’est seulement en comprenant les implications des médias qui forgent notre manière d’être au monde que nous pouvons faire la différence entre ce que nous voulons, et ce que les machines que nous utilisons veulent pour nous – que leurs programmeurs en aient ou non conscience. »

Et, comme Douglas Rushkoff reste résolument optimiste face à ce constat sérieux, il pense qu’ « il y a une place pour l’humanité (pour vous et moi) dans le nouvel ordre cybernétique. »

Voyons alors, à la lumière de son ouvrage, comment se faire une place dans ce nouveau monde, plutôt que de finir hors-jeu.

1. (Re)prenez du temps

Pour Douglas Ruskhoff, au début d’Internet, se connecter était un acte voulu, et nous passions la majorité de notre temps « hors ligne ». Tout le monde n’était pas connecté en même temps, on se répondait par mail « comme on joue une partie d’échec » : chacun son tour, rien n’était jamais précipité.

Un monde hors du temps réel, peut-être plus lent, mais qui laissait place à la réflexion et à la possibilité de peser chacun de ses mots pour apporter des réponses les plus précises possibles entre deux individus.

L’esprit de l’ère numérique trouve d’ailleurs toujours son fondement dans la réappropriation du temps : « copier/coller, mélanger, reformer, caricatures et parodies viennent tous de la possibilité de mettre sur pause, réfléchir et remanier », raconte-t-il.

Mais ça, c’était avant. Au fur et à mesure que nos connexions Internet sont devenues « plus rapides, plus larges, moins chères », le fait d’être toujours connecté aurait pris le dessus.

Les conséquences de cette connexion permanente, nous les connaissons bien : alors que nous nous efforçons d’être multitâches, nous ne ferions en fait que passer d’un problème à un autre sans réussir à tous résoudre en même temps. L’auteur prend d’ailleurs bien la peine de préciser que « ce n’est pas tant la faute de la technologie que la façon dont nous nous en servons désormais. »

Que faire ? La solution la plus radicale consiste à refuser le diktat du « toujours connecté », ce qui est la « définition précise de l’autonomie ». Surtout, « être disponible 24h/24 auprès de sa famille n’implique pas de l’être pour tous », alerte-t-il.

Apprenez donc à ne pas être toujours « on ».

2. Soyez au bon endroit

Que se passe-t-il quand on est partout à la fois ? « En fin de compte, on n’est jamais nulle part », assène l’Américain, en parlant d'une jeune « dénicheuse de tendances » qui, à force de prétendre suivre tout le monde, s’est coupée à la fois d’une échelle de temps linéaire (premier commandement) mais aussi des lieux physiques.

Internet, et c’est sa grande force, est un réseau décentralisé puissant, qui le rend « terriblement bien adapté aux communications ou aux activités à longue distance ». De plus, il est capable de « renforcer les liens dans la vraie vie, quand ils existent déjà ».

En revanche, objecte Douglas Rushkoff, les réseaux ne sont pas toujours la solution la plus adaptée pour favoriser les échanges entre des gens se trouvant sur un même lieu. Nous devrions prendre conscience de l’effet « délocalisant » des réseaux pour que « ce qui se passe sous nos fenêtres ne perde pas de sa valeur ».

Par exemple, au travail, alors que nous sommes sur un même lieu, faut-il passer par l’intermédiation des machines plutôt que faire quelques mètres vers son collègue ? Internet, quand il ne s’agit pas de relation à longue distance, doit être une porte pour favoriser les rencontres dans « la vraie vie », mais il ne faut pas se laisser enfermer dans l’illusion que nous sommes désormais des êtres totalement ubiquitaires :

« L’ère numérique nous apporte à tous l’opportunité de reconnaître le caractère délocalisant de nos médias interactifs. Avec ce savoir, nous pouvons choisir quand nous voulons vivre et travailler dans des endroits réels, ensemble et en personne », conclut-il.

> Les commandements à suivre bientôt : le choix, la compléxité, l'échelle et l'identité (2/3)

Jason Wiels le 23/07/2012
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Jason Wiels le 23/07/2012

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