Économie numérique

La nouvelle fracture numérique n'est pas technologique, elle est humaine

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« Il y a une nouvelle fracture numérique aux États-Unis, et cela n'a rien à voir avec un manque d'accès aux ordinateurs et à Internet ». C'est l'idée qu’est venue défendre, au Personal Democracy Forum 2012Cheryl Contee, porte-parole en ligne de la communauté afro-américaine et cofondatrice du blog Jack and Jills Politics, qui propose « un point de vue de la bourgeoisie noire sur la politique américaine ».

Loin d’être technologique, cette fracture a en réalité un visage humain, attaque celle qui était venue nous expliquer qu’il fallait « remettre l’humain au centre des échanges ». La cause ? L’immense fossé entre les compétences des minorités mal insérées dans le système scolaire, et les exigences du monde du travail dans le secteur high-tech :

«La fracture s’explique par un déficit de formation et un manque de travailleurs qualifiés, alors qu’on ne manque ni de talents potentiels, ni d'emplois »

A titre d’exemple, elle cite San Francisco, où seulement quinze lycéens noirs ont opté pour le calcul l’année dernière, matière pourtant indispensable à une carrière dans les nouvelles technologies. Dans le même temps, le nombre de postes vacants au sein des entreprises high-tech a triplé l'an passé : dans ce bassin d’emploi très dynamique, les employeurs manquent donc de main-d’œuvre qualifiée.

> Exclusive, la Silicon Valley ?

Alors, qu’est-ce qui décourage les étudiants à se lancer dans ces carrières ? Elle dénonce le poids des « clichés », en rapportant les mots d’un capital-risqueur à une conférence à laquelle elle a assisté :

« Regardez les plus grands entrepreneurs. Ils semblent tous être de jeunes hommes blancs, un peu ‘nerds’, qui ont abandonné Harvard ou Stanford, et qui n'ont absolument aucune vie sociale. Lorsque je rencontre quelqu’un qui correspond à ce modèle, il m’est facile de décider d'investir. »

Pourtant, il est évident que les meilleurs inventeurs se trouvent aussi dans les minorités. Cette idée, Cheryl Contee la défend en citant Elijah McCoy, un fils d’esclave noir qui a grandement contribué à améliorer la machine à vapeur au tournant du XXème siècle. Celui-ci avait dû lutter pour trouver les investissements nécessaires pour ses travaux. « 150 ans plus tard, rien n’a vraiment changé », déplore Cheryl Contee : les jeunes sont « découragés d’avance » de participer un jour à la révolution numérique, s’ils ne correspondent pas au modèle sur lequel la Silicon Valley a bâti tous ses mythes.

De telles idées reçues façonnent un secteur plutôt dur envers les minorités : selon une étude de la Fondation Kauffman, seulement 4 à 9% des financements par capital-risque a été accordé à des femmes entrepreneurs, rappelle-t-elle.

« Donc, si comme moi, vous êtes une femme qui a été couronnée de succès dans ce domaine, c’est que vous avez dû manœuvrer, et être innovante au-delà de toute imagination ».

> Encourager l’apparition de nouveaux talents

 Ainsi, alors que l'accès Internet à haut débit n’est  généralement plus un problème, ce sont les compétences nécessaires pour démarrer une entreprise et le capital nécessaire à la réussite dans le secteur des nouvelles technologies qui restent difficile d’accès aux femmes et aux personnes de couleur.

Pour remédier à cette situation, Cheryl Contee appelle tous les acteurs du secteur à faire des efforts d’inclusion. Il s’agit tout autant de voir « au-delà des apparences » que de favoriser l’apparition de nouveaux talents : les grandes entreprises de haute technologie pourraient investir dans des formations gratuites ou à faible coût pour enseigner la programmation ou la robotique. Les petites entreprises pourraient embaucher davantage de stagiaires. Aux enseignants, la charge d'inspirer les enfants dans le domaine de la science. Quant aux élus, ils doivent diriger les financements vers les programmes de formation aux nouvelles technologies et vers l'éducation en général.

> Et en France ?

Dans l’Hexagone, le diagnostic de Cheryl Contee a également de quoi inspirer nos dirigeants : quand 140 000 jeunes en situation d'échec sortent peu à peu du système scolaire sans qualifications, ce sont 70 000 emplois qui restent vacants dans le secteur numérique.

Pour réduire cette fracture, Fleur Pellerin, l’actuelle ministre déléguée aux PME, à l’innovation et à l’économie numérique, indiquait lors de notre rencontre « Quelle école pour demain ? » vouloir miser sur la formation des professeurs. Nos politiques sont attendus également sur le terrain de l’e-éducation : un « grand plan » dans ce domaine avait été annoncé par Vincent Peillon, aujourd’hui Ministre de l’Education Nationale.

En attendant, les initiatives privées ne sont pas en reste, comme celle de Zup de Co qui, avec la Web@cadémie, offre aux jeunes « décrocheurs » des formations à la programmation qui s’avèrent précieuses à leur intégration sur le marché du travail.

Retrouvez l’intégralité du plaidoyer de Cheryl Contee dans la vidéo ci-dessous (en anglais).

Tommy Pouilly (@5h55) le 10/07/2012
Tommy
Tommy Pouilly (@5h55) le 10/07/2012

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