Économie numérique

« Crowdfunding », décryptage d'un phénomène en pleine croissance

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Ils s’appellent Kickstarter, Ulule ou Indiego, et ils sont les nouveaux acteurs du crowdfunding sur Internet. Ce phénomène, que l’on peut traduire par « financement participatif », permet chaque année le soutien, par les internautes qui le souhaitent, de projets de plus en plus nombreux, qu’ils soient artistiques, journalistiques, économiques ou citoyens.

Cette pratique n’est certes pas nouvelle : l’histoire des mécènes a toujours suivi celle de la création culturelle. Jadis, déjà, Louis XIV accueillait Molière et Lully sous son aile. Aujourd’hui encore, de riches entrepreneurs tels que les emblématiques Bernard Arnault et François Pinault dépensent des fortunes sur le marché de l’art.

Mais comme toujours avec Internet, l’émergence du réseau des réseaux opère un changement d’échelle. Ainsi l’acte de mécénat a pu se démocratiser en même temps que l’accès du plus grand nombre aux ressources numériques. Aujourd’hui, grâce à ces nouvelles plateformes, n’importe qui peut financer en quelques clics le projet qui lui plaît. Ne serait-ce qu’avec un euro en poche.

> Une pratique de plus en plus répandue

Si les internautes semblent motivés pour mettre la main au porte-monnaie, qu’est-ce qui pousse les créateurs à faire appel eux ? Vincent Ricordeau, cofondateur du site français Kisskissbankbank, y voit deux raisons fondamentales :

« Il y a un enjeu économique : aujourd’hui les banques ne prêtent plus, ou moins. Le financement participatif est donc vu comme un relai de croissance réel. L’autre axe est plus social, les gens ont envie d’aller au bout de leurs idées. Gagner la confiance du public, c’est aussi gagner confiance en soi », décrypte-t-il.

Et ça marche ! L’année dernière, Kickstarter, le pionnier américain en matière de crowdfunding, a permis de lever au total la coquette somme de 250 millions de dollars. On ne compte plus les projets qui y réunissent plus d’un million de dollars à eux seuls, comme le jeu vidéo Double Fine Adventure. Ou la chanteuse Amanda Palmer qui, grâce à ses cyberfans, va pouvoir se payer seule la promotion de son prochain album, un artbook, ainsi que sa tournée mondiale à venir ! Sa maison de disque ? Elle n’en a plus besoin.

La France serait, avec le Royaume-Uni, un des pays leaders en matière de crowdfunding, mais loin derrière les Etats-Unis. La plateforme de Vincent Ricordeau enregistrerait une croissance de son activité d’environ 30%... chaque mois.

« Et encore, ça va continuer à exploser », prévient-il.

> Beaucoup d’appelés, peu d’élus

Assiste-t-on à l’apparition d’une pratique si puissante qu’elle pourrait remettre en cause pas mal de certitudes dans des modèles économiques déjà bien chamboulés ? Il faut tout de même garder à l’esprit que le financement participatif n’est pas une formule magique : face aux internautes, il n’y a que peu de place pour les idées médiocres.

A titre d’exemple, Kisskissbankbank rejette deux projets sur trois qui lui sont proposés par des créateurs. Une pré-sélection nécessaire pour éviter les déçus, car avoir du succès, ça se prépare. Avant de se lancer dans l’aventure, il est nécessaire de réfléchir à plusieurs paramètres : le montant visé, la durée de la levée, quels cadeaux offrir à ses soutiens, comment expliquer clairement son idée tout en se démarquant des autres, etc.

A tous ceux qui pensent que l’avènement du financement participatif signerait la fin des intermédiaires, comme, on l’a dit, les maisons de disque, mais aussi les éditeurs de livres ou de jeux, voire les producteurs de films, il ne faut pas oublier que les plates-formes se rémunèrent également sur la création.

La plupart du temps, le montant prélevé par ces sites sur l’ensemble des dons serait d’environ 5%. Plutôt que de l’extinction, il est donc plus juste de parler de la renaissance de nouveaux intermédiaires.

« Nous ne jouons qu’un rôle secondaire, tempère cependant Vincent Ricordeau. Ce qui fait le succès de tel ou tel site, ce sont d’abord et avant tout les projets qui y sont présentés ».

Et de citer à titre d’exemple Paroles de conflits, un web documentaire sur les conséquences de la guerre, de Srebrenica à Hiroshima, qui a réuni les 18 500 euros nécessaires à sa réalisation.

Aurait-il vu le jour sans l’aide des internautes ? Si vous avez la réponse à cette question, vous savez alors si le crowdfunding constitue un simple phénomène de mode ou un changement de paradigme plus durable.

> Philanthropes ou investisseurs ?

Mais alors, si je finance l’album d’un futur Mickael Jackson ou le film du prochain Steven Spielberg, vais-je devenir riche ? Eh bien, c’est là qu’il faut faire une dernière distinction utile : en tant que mécène, vous n’avez aucun droit. Vous n’êtes ni actionnaire, encore moins le banquier du projet que vous soutenez.

Seule la logique de « don et de contre-don » prime ici, et c’est d’ailleurs pour cela que les créateurs récompensent les contributeurs par des cadeaux pour les encourager, voire les séduire : téléchargement gratuit de l’œuvre à sa sortie, dédicace, invitations VIP, etc.

Cette définition très philantropique n’est toutefois pas la seule à exister, notamment sur des plates-formes qui visent le financement par les foules non pas de projets artistiques mais de start-ups, comme wefunder. L’internaute prodigue s’approche alors cette fois plus du statut d’actionnaire. Encore faut-il qu’il soit reconnu comme tel par la loi.

C’est tout le sens d’un récent changement dans la législation des Etats-Unis, décidé par le Congrès en novembre 2011 afin de « dynamiser l’économie américaine ». Le Entrepreneur Acess to Capital Act autorise ainsi n’importe quel quidam à prendre des parts, jusque 10 000 dollars, dans des petites entreprises qui démarrent, sans que ces dernières n’aient à s’enregistrer auprès de la SEC – le gendarme boursier nord américain. Pour toucher le gros lot, ne reste alors plus qu’à parier sur le bon cheval.

Jason Wiels le 11/06/2012
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Jason Wiels le 11/06/2012

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