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Économie numérique

Ces nouveaux lieux qui s'approprient la culture du web

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Entrez, c’est ouvert. Pas de papiers à montrer, encore moins de portiques de sécurité à passer : sous la grande nef du 104, tout le monde est bienvenu. Un lieu hautement symbolique donc, pour la soirée consacrée à « l’occupation de l’espace public », organisée jeudi 24 mai par la web radio Silicon Maniacs. Et c’est la première table ronde, intitulée « du centre d’art aux fablabs : l’innovation au cœur des espaces publics », qui a particulièrement retenu notre attention.

Les nouvelles technologies et l’explosion du numérique ont en effet entraîné dans leur sillage une foule de nouveaux comportements, qui commencent à (re)modeler les espaces de travail et de rencontres traditionnels. José Manuel Gocalves, directeur du 104, le revendique ainsi :

« Notre but : nous emparer des mots et des méthodes du web ».

Une méthode partagée par ses homologues derrière les micros : Nathanael Sorin Richez, responsable de La Cantine, Antoine Van Den Broek, co-fondateur de la Mutinerie, Olivier Gendrin, Fab manager au Fac Lab et Camille Pène, responsable communication du Labo de l’édition.

Mais comment s’y prennent-ils pour « humaniser, donner de la chair » aux méthodes et aux valeurs du numérique à travers les différents lieux, très récents pour la plupart, qu’ils représentent ?

> L’ouverture, critère essentiel

Tout comme un bon site Internet est un site que l’on peut consulter depuis n’importe où, sur n’importe quel support, le premier critère fondamental qui doit structurer ces lieux est l’ouverture, l’accessibilité :

« Nous devons être des espaces de rebonds et pas d’enfermement vis-à-vis de l’espace public traditionnel », tranche le fondateur de La Cantine, une structure innovante au cœur de Paris, dans laquelle nous avons déjà couverts de nombreux événements.

Pas besoin de montrer patte blanche à l’entrée. Il doit y avoir le minimum de barrières pour le curieux qui veut découvrir l'un de ces endroits. Un peu à la façon des lecteurs d’un forum, qui lisent en toute liberté quelques « topics » avant de se mettre à leur tour à publier. Olivier Gendrin, un des responsables du Fac Lab de l’Université de Cergy-Pontoise, ne dit pas autre chose :

« Nous répondons aux impératifs de l’Open innovation. Les fab labs, qui respectent une charte, sont par définition publics, ouverts à tout le monde, et disponibles pour être ‘hackés’ ».

Camille Pène, du Labo de l’édition où l’on invente « le futur du livre », nuance toutefois le tropisme très grand public de ses deux collègues :

« Ce serait inexact de prétendre qu’un lieu comme le notre s’adresse à tous. Nous parlons d’abord à une communauté de gens intéressés », précise-t-elle.

Parallèlement, José Manuel Gocalves veut que le 104 soit un « abri », et dispose d’ailleurs de la surface, 40 000 m², pour répondre à cette ambition. Toutefois, laisser sa porte ouverte à tous les projets, toutes les envies, est-ce réellement conciliable dans les faits ?

« Bien sûr, quand on a 400 artistes qui travaillent en permanence, un public de curieux et d’autres qui viennent s’approprier l’espace, il faut réaliser des ajustements, concède le directeur. Nos équipes sur place doivent agir avec nuance et recadrer, par exemple, des manifestations qui empiètent sur les créations des autres. Et toujours laisser la place à la discussion ».

 

> La collaboration au centre des préoccupations

Autre caractéristique majeure de la « culture web » appliquée au monde physique, la collaboration entre les individus. Jouer le rôle de « connecteur », c’est ce que s’applique à faire Antoine Van Den Broek à la Mutinerie, où le coworking, un espace de travail partagé, est la règle :

« On essaye de rendre la vie d’entrepreneur plus agréable. Le coworking, c’est une façon de s’habituer à de nouvelles sociabilités. Avec le web, on a tendance à faire davantage confiance aux amis d’amis, voire à des inconnus. C’est acquérir les bons réflexes pour rencontrer autrui », détaille le co-fondateur de ce lieu qui a moins de trois mois.

Travailler ensemble, un concept cher là encore au monde des fablabs :

« Nous devons être des lieux où des gens de différents univers puissent se rencontrer, sans quoi ils ne se seraient jamais croisés ! Et qu’ils passent de projets personnels à des projets plus collectifs, ça c’est l’idéal », commente Olivier Gendrin.

Un message reçu et mis en application du côté du Labo de l’édition :

« Nous sommes avant tout un lieu d’accueil pour les initiatives du monde du livre, où auteurs, éditeurs, lecteurs viennent se rencontrer », explicite Camille Pène. La preuve que cette alchimie fonctionne ? « Pas un seul des événements organisés cette année n’est de notre initiative : tout a été programmé par nos membres ! »

Pour Nathanael Sorin Richez, le collaboratif est une des marques de fabrique de La Cantine. Maintenant, il s’agit de changer d’échelle et de « cultiver de nouveaux réseaux, de l’intelligence collective, plus seulement à l’intérieur de ces lieux, mais entre eux ».

 

> Et la gratuité alors ?

Si l’ouverture et la collaboration étaient deux traits communs à l’ensemble de ces structures, la question de la gratuité crée, de fait, des lignes de fractures entre elles.

Alors que l’essence de la culture web, à l’image d’un Wikipedia, repose sur un principe de partage désintéressé, ces nouveaux espaces entretiennent des coûts autrement supérieurs que le simple hébergement d’un site. Et tous ne sont pas bâtis sur le même modèle économique.

Là où La Cantine et la Mutinerie demandent à leurs adeptes de payer un abonnement, le 104 vit davantage des subventions et de la monétisation d’événements culturels ponctuels. Quant au Faclab, il doit encore faire preuve de sa pertinence au sein de l’université qui l’héberge. Pour pérenniser son modèle, Olivier Gendrein nous confie que le lieu va tenter de monétiser son savoir faire, notamment par le biais de la création d’un diplôme.

Ceci dit, l’ensemble de ces endroits proposent régulièrement des rencontres, des « barcamps », des événements - ou, comme c’était le cas au 104, des soirées spéciales - souvent gratuits et ouverts à tous. Un bon moyen pour les découvrir sur place et s’en faire sa propre opinion, loin des écrans.

> Pour aller plus loin : 

Jason Wiels le 29/05/2012
jason
Jason Wiels le 29/05/2012

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