Médias

L'art génératif, qu'est-ce que c'est ?

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Décoder, décrypter et répondre aux questions de votre quotidien numérique : l’Antisèche est votre rendez-vous régulier sur RSLN. 

La semaine dernière, en allant voir l'exposition « Multiversités créatives » au Centre Pompidou, nous vous avons fait découvrir des oeuvres numériques d'un nouveau genre. La particularité de certaines d'entre elles était leur capacité à s'auto-générer. Mais qu'est-ce que cela signifie exactement ? En vérité, qu'appelle-t-on « art génératif » ? 

Une oeuvre d'art est dite « générative » lorsqu'elle se base sur des algorithmes pour se générer d’elle-même. Par quel miracle ? Les procédés sont multiples. En général, un logiciel conçu par l’artiste choisit automatiquement un nombre prédéfini d’éléments, qu’il assemble de manière aléatoire pour produire une œuvre unique et originale.

La puissance de calcul des ordinateurs actuels permet en effet d'introduire des données variables dans le processus de création. Dans quel but ? Pour Achim Menges, par exemple, l'enjeu était d'attirer l'attention sur les facteurs environnementaux qui influent le développement du vivant : sa « structure biomorphique » (ci-dessous) change de forme en fonction des variations du taux d'humidité.

Lorsqu’il souhaite ajouter un niveau de complexité, l’artiste a recours à un « moteur de jeu ». Ce type de logiciel effectue automatiquement les calculs de géométrie et de physique nécessaires à la génération des mondes virtuels des jeux vidéo. Le moteur d’un jeu en trois dimensions, par exemple, est capable de créer des images par des calculs de projection.

En transmettant au moteur de jeu des données choisies au hasard, l’artiste peut créer des vidéos mettant en scène des formes et des mouvements inattendus. On les appelle des « vidéos génératives ».

Le travail de Grégory Chatonsky est représentatif de cette démarche. Dans les coulisses, son logiciel Position 2 décompose la série de chiffres qui constitue l’adresse IP de chaque visiteur d’un site web, et les convertit en coordonnées spatiales et colorimétriques dans le moteur de jeu. A l’écran, l’espace présenté dans le logiciel se remplit de points scintillants au fur et à mesure que ce « lieu » est visité. D’une nuit sans étoile, on arrive rapidement à des constellations d’une grande densité : un façon, pour l'artiste, de suggérer que la mémoire du lieu participe de sa complexité.

Dernier exemple : Octfalls, l'oeuvre la plus récente du japonais Ryoichi Kurokawa, tente de retranscrire la puissance de la nature, entre ordre et chaos. L'artiste a ainsi suspendu par des câbles huit écrans qui diffusent images et bruits d'une cascade afin de rendre la scène la plus immersive possible. La redistribution aléatoire des vidéos, du son et des mouvements en hauteur permis par le dispositif rend ainsi compte des infinies variations que l'on peut observer au pied d'une chute d'eau.

Ainsi l'art génératif permet d'explorer la dimension du hasard dans les technologies numériques. Au centre de la démarche de l'artiste se trouve bien souvent un jeu sur les notions de bug, d'imprévisible.

Par cette autonomie qui dérange, l'art génératif nous force à nous interroger, par exemple sur le devenir des données issues de notre existence numérique – des données qui semblent nous dépasser jusqu’à pouvoir nous raconter à notre insu, comme si elles étaient dotées d’une existence propre.

Les flux technologiques redéfinissent notre rapport au temps et engendrent de nouvelles formes de fiction. Ce sont ces fictions que l’artiste entreprend de raconter à travers des projets intégrant une grande variété de supports et de procédés numériques : impressions, logiciels, vidéos génératives, et toutes sortes d'installations virtuelles.

Avec ce genre de forme d'expression, notamment, l'art numérique n'a plus rien à prouver : il a largement démontré sa capacité à englober et à questionner le contemporain. Les créations multimédia accompagnent depuis vingt ans la révolution numérique, et construisent pas à pas une réflexion sur notre comportement face à la machine, à la société de l’information et, au final, à la société en général. 

Tommy Pouilly le 16/05/2012
Tommy
Tommy Pouilly le 16/05/2012

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