Éducation

Marc Prensky : des « digital natives » à la « sagesse numérique »

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Marc Prensky a ouvert les débats de notre journée « Quelle école pour demain ? ». Il nous explique que pour nous adapter à l’évolution rapide de nos sociétés, notre pédagogie doit changer. Plutôt que de rester la gardienne du passé, l’école doit, selon lui, se positionner à l’avant-garde des institutions qui préparent les jeunes à leur avenir. Et elle n’y parviendra qu’en faisant un pacte avec les élèves autour des technologies numériques.

> Vous pouvez revivre son intervention en intégralité, et en français, ci-dessous :

> Ces changements que l'école doit accompagner

Etre lettré hier, c'était écrire une lettre, un rapport ou un essai. Aujourd'hui, c'est peut-être écrire un email, poster sur un blog ou faire une présentation. Et demain ? Travailler dans une communauté virtuelle, faire une vidéo, créer un logiciel ?

Marc Prensky explique que notre instruction a été conçue pour un monde relativement stable, ordonné et non ambigu. Mais ce monde est en train de changer radicalement. Il se remplit de volatilité, d'incertitudes, de chaos et d'ambiguïtés.

Dans ce contexte, ce qui est intéressant n'est pas la technologie mais bien l'apprentissage. Car la mission de l’éducation, elle, reste inchangée. Avec les emails, les PowerPoint et autre Wikipedia, on voit que les noms des supports changent rapidement, mais les verbes restent : présenter, communiquer, apprendre. C'est sur eux qu'il faut se concentrer. La question centrale devient alors : quels verbes voulons-nous que nos élèves maîtrisent ?

> L’enjeu : la sagesse numérique pour tous

Pour bien vivre dans ce contexte d’accélération du changement, il nous faut étendre nos capacités, explique Marc Prensky. La technologie le fait déjà : elle étend et « libère » nos esprits. Elle continuera à le faire encore, mais seulement si nous l'utilisons avec sagesse.

C’est là le cœur de sa pensée : la sagesse numérique, c'est la capacité de prendre en compte le plus grand nombre de facteurs, les analyser correctement et s'en servir à des fins bénéfiques et utiles. Elle nous oblige à combiner ce que les cerveaux humains font bien à ce que les machines font mieux, pour arriver à la meilleure symbiose homme-machine. Elle exige donc des outils numériques.

Dans ce contexte, l’école doit d’abord trancher : que faut-il garder dans la tête ? Et que faut-il déléguer aux machines ? Ce n’est qu’une fois que les contenus éducatifs seront bien définis qu’elle pourra s’intéresser à la manière d’enseigner en tirant le meilleur parti des technologies.

 

> Tirer parti de l’aisance des jeunes avec le numérique

« Nous avons grandi avec des ordinateurs. C'est comme ça qu'on apprend ». « Si je perds mon portable, je perds la moitié de mon cerveau ! ». En reprenant ces citations d’élèves, Marc Prensky explique que les technologies sont en mesure de rendre chacun acteur de son propre apprentissage, à l’opposé des cours magistraux souvent synonymes d’ennui.

Plutôt que d’aller contre cette facilité d’usage des technologies, l’école devrait donc prendre acte des évolutions de la technique, et préparer l'avenir de l'instruction. Pour cela, elle peut proposer un partenariat entre les élèves et les professeurs, qui passe par un partage du travail.

Les étudiants feront ce qu'ils font déjà bien : utiliser les technologies pour apprendre entre pairs. Le professeur, quant à lui, se posera moins en conférencier, contrôleur ou souverain de la classe. Mais en posant les bonnes questions, en mettant les choses en contexte, il s'affichera plutôt en guide ou entraîneur, et conservera par là son rôle le plus essentiel : être le garant de la qualité de l'apprentissage.

> Demain, l’école des équilibres

Pour conclure sa présentation, Marc Prensky fait un constat sans appel : à l’heure actuelle, notre pédagogie ne tient pas assez compte des jeunes d'aujourd'hui. Mais la transformation rapide du contexte de l'éducation nous oblige à changer, à la fois les contenus de l’enseignement et la manière d’enseigner.

Pour préparer les jeunes à leur avenir, l'école de demain devra ressembler au monde d'après-demain. Pour suivre et anticiper même les transformations de la société, il faut trouver un équilibre entre différentes oppositions : entre passé et avenir dans la transmission des savoirs. Entre top-down et bottom-up, dans un mouvement d’un professeur souverain vers un guide-partenaire. Et entre pédagogie et technologie – car pourquoi enseigner des choses qui demain seront faites par des machines ?

Marc Prensky termine en avertissant l’assemblée : accompagner le changement demandera du courage. Mais l’essentiel est de rester positif !

> Pour aller plus loin : 

RSLN #2 - Bienvenue à l'école du futur !

Tommy Pouilly (@5h55) le 11/04/2012
Tommy
Tommy Pouilly (@5h55) le 11/04/2012
Photographie :

4 Comments


Frédéric Bardeau

super papier et super conf mais AMHA franchement les digital natives c'est du flan / degré zéro de l'analyse des usages : First Monday avait fait un super papier sur la pertinence de switcher de l'opposition digital native/immigrants à une typologie qui ne prend pas en compte l'âge mais le comportement (digital resident VS digital tourists)

le 11 April 2012
Blancoman

"il nous explique que pour nous adapter à l’évolution rapide de nos sociétés, il nous explique notre pédagogie doit changer." il nous explique ..il nous explique...

le 11 April 2012
Tommy Pouilly

@Blancoman: coquille corrigée, merci ! Smile

le 12 April 2012
yann

intéressant point de vue.

le 19 April 2012

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