Santé

[Antisèche] Mais au fait, c'est quoi le Quantified Self ?

0

ANTISECHE - Décoder, décrypter et répondre aux questions de votre quotidien numérique : l'Antisèche revient sur RSLN. Au programme de cet épisode : le Quantified Self ou la mise en donnée de soi !

Internet, le réseau des réseaux, a d'abord relié les individus entre eux, mais il promet aujourd'hui de les connecter aux objets qui les entourent ou qu'ils portent afin d' "augmenter" leur vie. On parle alors de Quantified Self - ou quantification de soi - lorsqu'il s'agit de collecter et d'analyser ses données personnelles. Mais qu'est-ce qui se cache derrière ce phénomène qui se démocratise depuis plusieurs années ? Des outils ? Des applications ? Des communautés en ligne ? Des principes ? RSLN vous aide à y voir plus clair.

Recueil des données : de l'échelle industrielle à l'échelle humaine

La démocratisation des outils numériques, des ordinateurs aux smartphones en passant par les tablettes, s'est accompagnée d'un développement massif des applications pour "faire chiffre de soi". Sara Watson, chercheuse et spécialiste du Quantified Self nous expliquait ainsi dans un entretien réalisé en octobre dernier :

"De la même manière que le PC a provoqué une révolution en introduisant la puissance informatique dans notre vie quotidienne, nous sommes sur le point de connaître une révolution de données personnelles et qui nous donne un aperçu de données au-delà de l'échelle industrielle pour passer à une échelle plus personnelle, humaine."

De plus en plus d'internautes et de mobinautes deviennent donc producteurs actifs et conscients de leurs données pour leur propre usage, qu'il s'agisse de mesurer le nombre de pas faits dans la journée, les calories avalées ou encore les dépenses financières réalisées… Et les startups sont nombreuses à investir le créneau à l'image de FitBit, Workout Scheduler, ou encore Tikker comme nous l'évoquions dans un récent article.

Des milliers d'aficionados dans le monde

Le mouvement Quantified Self n'est pas nouveau. A son origine en 2007 : deux éditeurs du célèbre Magazine Wired, Gary Wolf et Kevin Kelly. Après avoir mis le doigt sur cette nouvelle tendance, les deux journalistes ont décidé d'organiser des rencontres entre utilisateurs et fabricants d'outils dédiés la mesure de soi. Les communautés QS – pour Quantified Self – ont par la suite fleuri partout dans le monde. Présentes aujourd'hui dans plus de 100 villes et dans une trentaine de pays, elles comptent plus de 21.000 membres rassemblés derrière le slogan "La connaissance de soi par la gestion des données". Un crédo qui intronise le traitement des chiffres comme un facteur d'amélioration de sa vie. Toutefois, s'ils sont déjà des milliers à s'adonner à la quantification de soi dans le monde, les chiffres ne concernent que les communautés estampillées "QS". La pratique demeure encore aujourd'hui marginale et les « quantifieurs » réguliers ne font pas encore légion.

À l'échelle nationale et internationale, les membres partagent leurs données personnelles, les analysent et les comparent. Cette mise en relation, via des plateformes dédiées comme Endomondo par exemple, leur permet de s'encourager mutuellement dans l'accomplissement de leurs objectifs et de se lancer des défis. Et les communautés vont plus loin, véritable "mouvements de questions", elles critiquent et questionnent la manière dont s'effectue l'adoption des nouvelles technologies, le recueil des données et l'usage qui en est fait.

 

Vers une « identité calculée »

Mais quel est l'intérêt d'enregistrer ses données ? Pourquoi se mesurer, se quantifier ? Peut-on parler "d'identité calculée" comme l'affirme Fanny Geoges, maître de conférences en Sciences de la communication à l'Université Sorbonne Nouvelle ?

S'ils sont nombreux à déclarer enregistrer leurs données dans une logique de transparence afin de mieux se connaître, Anne-Sylvie Pharabod, chargée d'étude chez Orange Labs, distingue trois sortes de mesures : la performance, la routinisation et la surveillance.

Selon la catégorie dans laquelle s'inscrit chacune des mesures de données, les objectifs ne sont pas les mêmes. Dans le cas de la mesure de performance par exemple, répandue pour optimiser ses activités sportives, les utilisateurs agissent selon des seuils qu'il faut atteindre ou ne pas dépasser. Les objectifs sont fixés individuellement, comme le nombre de kilomètres à parcourir en un certain temps toutes les semaines.

S'agissant de la routinisation, c'est l'acte de collecte en lui-même et la régularité de l'enregistrement des données qui prévaut. Autant d'objectifs qui permettent à l'utilisateur de se motiver et de tendre vers un certain "idéal" de vie qu'il se dessine.

Chez les aficionados du QS, le recueil des données s'impose donc comme un rituel tout aussi important que les résultats qui peuvent en sortir. Anne-Sylvie Pharabod explique ainsi :

"Parfois la mesure dépasse l'activité elle-même et devient plus importante"

 

Mais loin de se contenter d'une simple lecture des chiffres, "les quantifieurs" portent une attention tout aussi importante à leurs émotions. Dans le cas de la performance par exemple, un coureur fera tout aussi attention à ses résultats qu'à la manière dont il s'est senti pendant une course. Les chiffres servent donc de matière première aux interprétations et aux évolutions de ses pratiques ou de ses habitudes. Comme l'affirme Anne-Sylvie Pharabod :

"Se quantifier c'est d'abord changer les lunettes avec lesquelles on se regarde"

En devenant gestionnaire de ses propres données, l'utilisateur s'investit donc pleinement dans une construction identitaire dans le cadre d'un "projet entrepreneurial" de réalisation de soi.

Les données comme autobiographie

Tout comme les mots, les données permettent donc de se raconter. Enregistrée sur des outils numériques, elles nous offrent la possibilité de laisser une trace de notre passage, d'archiver notre quotidien. Elles s'imposent comme une mémoire qu'il est possible de lister et de programmer. Faire le tri dans ses données s'apparente dès lors à un geste intime. Sara Watson explique :

"Pour ces communautés, les données sont un miroir d'elles-mêmes. [...] L'analogie est souvent faite avec une autobiographie. Lors des rencontres, ils mettent en scène leurs jeux de données, disent comment ils les ont collectées et ce qu'ils en ont appris. Ils utilisent leurs données pour raconter leur histoire et savent qu'en agissant sur leurs données, ils la modifieront."

Entre autobiographie et "identité calculée" dans le cadre d'un projet de réalisation de soi, le Quantified Self s'impose comme un élément majeur dans l'éducation à la littératie numérique, c'est à dire dans "l'aptitude à comprendre et à utiliser les technologies de l'information et de la communication (TIC) dans la vie courante". Car s'ils sont toujours plus nombreux à s'adonner à la pratique, elle soulève de nombreuses questions en termes de propriété des données et de sécurité, des enjeux auxquels les communautés se sensibilisent déjà entre elles. Dans une tribune publiée sur RSLN, Francis Pisani expliquait ainsi qu'en matière de littératie numérique :"l’autoformation, individuelle ou de pair à pair, informelle par définition, est le premier pas. Elle est toujours essentielle pour se maintenir à jour, pour avancer dans ce monde en constant changement. L’éducation formelle n’en est pas moins indispensable, dans les écoles, les universités et les entreprises. Ce travail ne peut être mené à bien qu’avec la participation des institutions publiques. Il y va de notre responsabilité sociale à tous les niveaux"

Pingbacks and trackbacks (1)+

Ajouter un commentaire


Loading
biuquote
  • Comment
  • Preview

S'abonner à la newsletter

Votre adresse email sera uniquement utilisée pour vous envoyer la newsletter de RSLN. Microsoft ne l'utilisera pour aucune autre communication, qu'elle soit commerciale ou institutionnelle. Microsoft ne vend ni ne loue ses listes d'abonnées à des tiers.