Économie numérique

« Bitcoin perpétue les défauts du système monétaire actuel »

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La banque en peer-to-peer, vous en avez certainement entendu parler avec la percée médiatique de Bitcoin. Cette monnaie virtuelle cryptée dont la quantité en circulation et la régulation sont assurées par un algorithme est de plus en plus souvent présentée comme un modèle d'échanges alternatif crédible, au service de l'économie numérique ou contre les crises financières globalisées. Pourtant, elle n'est pas sans poser de vraies questions : est-elle vraiment fiable ? Est-ce légitime qu'elle puisse faire concurrence aux monnaies nationales et que la valeur qu'elle crée échappe aux taxes qui financent l'Etat ? N'est-elle pas une aubaine pour les trafiquants en tout genre ?

Au-delà de ces questions, des voix s'élèvent dans le monde de l'économie collaborative pour dénoncer une monnaie assez peu éthique. Pour en savoir plus à ce sujet, nous avons posé quelques questions à Stanislas Jourdan, activiste et membre du collectif Ouishare. 


RSLN : Depuis que les médias s'intéressent à Bitcoin, on a l'idée qu'une monnaie virtuelle pourrait être mieux adaptée à la nouvelle économie que les devises actuelles. Mais au fait, que vient faire la monnaie dans cette affaire ? Pourquoi les geeks s'y intéressent-ils, et pourquoi faudrait-il en changer ? 

Stanislas Jourdan : Depuis la crise financière, il y a eu une grosse prise de conscience que le système monétaire est à l'origine de la crise car le design de celui-ci fausse la donne. Des gens sans formation économique – et donc plus enclins à penser différemment – ont alors commencé à s'intéresser de près à la monnaie. Parmi eux, la communauté des informaticiens y ont trouvé un intérêt particulier car ils maîtrisent le code, et ont donc les outils en main pour essayer quelque chose de nouveau. Après tout notre système bancaire est déjà virtuel, puisque seul 1 à 3% de l'argent en circulation est physique... donc si on peut modéliser des économies virtuelles dans les jeux vidéo, pourquoi pas un système monétaire qui fonctionne mieux, dans le monde réel ?

Bitcoin, c'est un concentré de culture geek : des crypto-anarchistes qui veulent créer un réseau peer-to-peer a l'échelle de la société. Pour eux, le système monétaire actuel est trop centralisé. Toutes les banques centrales appliquent les mêmes règles, les régulateurs se connaissent... La solution qu'ils envisagent par bitcoin, c'est de créer un système plus résilient, parce que décentralisé, sans autorité centrale et anonyme. Un système qui exercerait un contrôle différent sur la monnaie.
 


 

Dans un excellent papier sur Ouishare, tu expliques pourtant que Bitcoin est en réalité une monnaie injuste, qui "crée des inégalités là où il n'y en avait pas". Peux-tu résumer cette idée pour nos lecteurs ?

S.J : Du côté technique, Bitcoin a pas mal de défauts : il y a toujours moyen de frauder, et le concept d'anonymat est toujours relatif. Mais c'est sur le design même de cette monnaie qu'il y a un problème majeur à mon sens : pour créer des bitcoins, les utilisateurs font tourner un logiciel qui génère un code informatique toujours plus long et complexe. Chaque bitcoin devient ainsi un peu plus compliqué à créer que le précédent, jusqu'à la limite de 21 millions de bitcoins où il ne sera plus possible d'en créer un seul.

Cela pose deux problèmes : d'une part, d'ici 2030 il y aura de moins en moins de bitcoins en circulation alors qu'on peut s'attendre à ce que de plus en plus de biens et services soient échangés dans cette devise. Ce qui signifie que sa valeur va continuer d'augmenter, et qu'ainsi personne ne voudra les dépenser... C'est d'ailleurs l'une des découvertes de Dorit Ron et Adi Shamir : en analysant le graph de bitcoin, ces deux chercheurs ont remarqué que 59,7% des unités bitcoins sont "dormantes", c’est à dire que la majorité des pièces virtuelles sont stockées au lieu d’être dépensées.

D'autre part il y a une asymétrie dans le temps qui favorise les premiers utilisateurs. Les premiers qui étaient là ont pu créer beaucoup de bitcoins avec peu de puissance informatique, alors que maintenant il faut faire tourner longtemps son ordinateur et user beaucoup d'électricité pour en créer un seul. Ceux qui s'y mettent maintenant auront beaucoup plus de mal à faire leurs premiers échanges, ou devront être riches en euros pour avoir des bitcoins.

Ces deux problèmes sont, je crois, la raison de la fluctuation du cours de cette monnaie - et probablement ce qui va détruire le système : s'il y a un afflux de gens qui le rejoignent, la valeur du bitcoin en euros monte, mais leurs détenteurs ne vont pas pouvoir s'en servir, donc ils les renvendront très vite.  

En attendant, on a un système très inégalitaire. La même étude a permis d'établir que 97% des comptes possèdent moins de 10 bitcoins. Alors qu'à l'inverse, à peine 78 comptes dans le monde ont plus de 10 000 bitcoins chacun. D'autres chercheurs ont regardé les premières grosses transactions, et se sont rendus compte qu'elles provenaient toutes d'une seule transaction initiale, tandis qu'un seul compte - celui de Satoshi Nakamoto, l'autoproclamé "inventeur" du système - avait accaparé à peu près 980 000 bitcoins, soit 110 millions de dollars.

Autrement dit, un petit groupe de privilégiés contrôle la quasi-intégralité du système Bitcoin, en créant de l’asymétrie et des inégalités là où il n’y en a pas. C’est un système conçu pour transformer ses inventeurs en millionnaires – même si, je le concède, ce n'était pas forcément l'intention initiale !


 

A l'inverse, quels sont les principes qu'une monnaie virtuelle pourrait proposer ? En tant qu'activiste, quels défauts de notre système monétaire voudrais-tu gommer, avec quel idéal de société ?

S.J : Dans Bitcoin on trouve les défauts du système actuel. C'est une monnaie rare, basée sur l'idée que la monnaie est une marchandise comme les autres : une matière première virtuelle qui repose sur la rareté. L'absurde, c'est qu'on est dans une ère d'abondance : crise économique ou pas, on n'a jamais produit autant de richesses. La première vertu d'une monnaie virtuelle, cela pourrait être de nous aider à mieux gérer cette abondance.

Actuellement la monnaie est basée sur la dette, l'accumulation et la concentration des richesses. Elle pourrait être basée sur d'autres choses et porter ainsi d'autres valeurs. Dans un article magistral, Charles Eistenstein explique par exemple qu'une bonne monnaie virtuelle pourrait être fondante : à échéances périodiques la monnaie qu'on détient perd de la valeur, ce qui nous force à la dépenser pour faire tourner l'économie. On peut trouver à critiquer. Il n'empêche qu'un système monétaire doit, à mon avis, décourager l'accaparation. Il faut aussi qu'il reconnaisse les systèmes d'échanges informels, non marchands, collaboratifs, et valorise des activités qui actuellement ne sont pas forcément rémunérées en tant que telles.
 

Tu aurais des exemples ?

S.J : On pourrait imaginer une monnaie créée sur le principe d'un revenu de base [un revenu garanti à chaque citoyen, sans condition, de sa naissance à sa mort, NDLR] : on décide que chaque humain mérite une part de création monétaire pour sa contribution à l'économie. Pour toutes les richesses qu'on crée en renseignant des données personnelles sur Internet, par exemple. Et pas que sur Internet ! En vivant, en consommant, on fait tourner la machine économique. Un revenu de base en monnaie virtuelle pourrait rémunérer cela. En contrepartie, ce minimum touché par chacun pourrait encourager l'esprit d'entreprise, car on ne serait jamais tout à fait sans ressources pour se lancer dans un projet. 

Pour en revenir à l'idéal de société, je pense par exemple au principe de neutralité du net qui stipule que les protocoles du réseau ne doivent pas favoriser un ordinateur plutôt qu'un autre. Dans la même veine, on pourrait imaginer un système monétaire qui reconnaît chacun de ses participants comme égal aux autres. Chaque participant à la monnaie virtuelle aurait le même droit au tirage de la création monétaire - autrement dit, un système de monnaie neutre. Le problème de Bitcoin c'est qu'elle n'est pas vraiment une monnaie en peer-to-peer, car dans ce système le pair n'est pas l'humain mais l'ordinateur. Or les avocats du peer-to-peer appliqué à la société dans son ensemble ne se situent pas dans le côté techno mais dans l'humain !

Tommy Pouilly (@5h55) le 27/08/2013
Tommy
Tommy Pouilly (@5h55) le 27/08/2013

7 Comments


Merome

Et donc, en alternative à bitcoin, je propose Monnaie M : http://merome.net/monnaiem qui fonctionne déjà à petite échelle (+200 utilisateurs) et qui ne demande qu'à grandir et devenir libre. Une monnaie virtuelle assortie d'un revenu de base et qui fonctionne concrètement dès aujourd'hui grâce à une plateforme d'échange type leboncoin. Y a pas ailleurs !

le 28 August 2013
Jeff

Dans le prochain article, à vouloir comparer l'incomparable, tentez d'opposer l'Or au RSA...

"il y a toujours moyen de frauder" :  J'attends des détails avec impatience, mais ne faites pas le coup des 51% !

le 29 August 2013
Bitcoin-fan

Le processus de génération n'a pas été choisi au hasard, il résout un problème technique auquel vont se heurter durement vos monnaies "éthiques" : la validation des transactions et l'arbitrage en cas de tentative de "double spend" (tentative d'envoyer 2 fois les même bitcoins a 2 adresses différentes).
Sur un gros réseau P2P, ce problème n'a rien de trivial. (et je ne toucherai pas une monnaie virtuelle centralisée : c'est demander une catastrophe (fermeture du serveur par une autorité quelconque, incident matériel, hacking, DDoS, admin corrompu etc...))

Ce système de "proof-of-work" a été très très bien pensé, et le fait que les mineurs soient récompensés ne me dérange pas : ils font tourner le système (note : je ne mine plus moi même depuis quelque temps, il fait trop chaud la ou je suis, le PC tournant a fond transforme mon bureau en four et je n'ai pas encore mis la main sur du matériel spécialisé (les fameux ASICs)).

Quand a la critique du coté déflationniste (masse monétaire finie, voire qui finira par diminuer du fait des bitcoins perdus), je pense que vous n'y avez pas assez réfléchi : cela incite a une consommation responsable. Au lieu d'acheter tout et n'importe quoi, tu as intérêt a acheter ce dont tu as besoin et ce dont tu as réellement envie seulement. En pleine crise écologique qui ne fait que s'accentuer, ça me semble une bonne chose. Une monnaie inflationniste incite au contraire a jouer a la patate chaude avec : s'en débarrasser au plus vite avant que la valeur baisse, et donc acheter tout et n'importe quoi, et les gens amassent donc les biens inutiles (mais de valeur) au lieu d'amasser de la monnaie.

Sur le fait que ce cher Satoshi possède une bonne part des bitcoins en circulation : depuis qu'il a "disparu", ces bitcoins n'ont pas bougé, et ne vous inquiétez pas que ses adresses sont surveillées. Si le gars est aussi intelligent que ce qu'il nous a montré jusque la (le protocole relève du génie, et protéger son identité dès le début montre qu'il avait compris les enjeux), il a déjà jeté les clés de ces adresses (mais ça on ne le saura jamais, jusqu’à ce que ces bitcoins bougent, si ils bougent un jour).
En partie parce que cela pourrait permettre de l'identifier formellement (et ça il ne semble pas le vouloir, merci a lui), mais aussi parce que ça déstabiliserait fortement les marchés, compromettrait sa création et pourrait réduire la valeur de ces bitcoins a quasiment rien : c'est donc sans intérêt.
(note : je dis "il" pour Satoshi, mais on ne sait toujours pas si c’était un homme, une femme, ou un groupe de personnes, et on s'en fout un peu)

"Dans la même veine, on pourrait imaginer un système monétaire qui reconnaît chacun de ses participants comme égal aux autres." => et comment reconnait-on un participant unique ? Comment sait on que ce n'est pas encore M.Dupont qui créé son 20eme compte pour toucher un 20eme revenu de base ?
Je pose la question mais j'ai déjà vu la réponse apportée par open-udc : une sorte de web-of-trust avec un système de clés GPG (PGP ? je sais jamais). Cela me semble assez peu pratique.

Notez que je suis un partisan du revenu de base, j'ai juste du mal a le voir appliquer de façon efficace au niveau du protocole monétaire. Je vois + ça comme une surcouche par dessus, et ça rien n'interdit de le réaliser avec Bitcoin.

Je suis ouvert au débat, come at me bros ;)

le 29 August 2013
Pouet

Dans Bitcoin on trouve les défauts du système actuel. C'est une monnaie rare
C'est vraiment avoir fait aucun effort de recherche.

Dès le départ, il y a la volonté d'en faire une monnaie déflationniste, c'est à dire rare, justement pour éviter les bulles financières créées par la monnaie abondante. C'est donc radicalement opposé au système actuel.
Plus de monnaie ne rend personne riche. Plus de tomates ? Plus de pétrole ? Oui. Mais pas plus de monnaie, car elle ne sert qu'à faciliter l'échange entre tomates et pétrole.


La même étude a permis d'établir que 97% des comptes possèdent moins de 10 bitcoins. Alors qu'à l'inverse, à peine 78 comptes dans le monde ont plus de 10 000 bitcoins chacun.
C'est là encore ne pas avoir cherché à comprendre comment fonctionne Bitcoin.
Cette partie, les adresses, si elle est publique, n'indique pas la richesse des individus.
En effet, le fait de déposer ses bitcoins sur un service (comme Mt.Gox, Just-Dice, etc.) va rendre ce service riche du point de vue de l'étude, mais ce ne sont pas ces bitcoins. Encore pire, il faut savoir qu'un utilisateur a typiquement un grand nombre d'adresses, chaque transaction en créant de nouvelle (c'est assez complexe, pour faire court il faut avoir autant d'input que d'output, et du coup le « reste » non dépensé des inputs doit être envoyé quelque part, en général une nouvelle adresse qui appartient au créateur de la transaction).


Ce n'est malheureusement pas la seule approximation dans cet article. Les solutions proposées sont très vagues, existent pour certaines (Freicoin) et sont un échec. Les gens choisissent Bitcoin, et ils sont de plus en plus nombreux, et ce n'est pas un hasard.

le 29 August 2013
Stanislas Jourdan

Bitcoin fan:

Je ne nie rien des atouts de bitcoin comme concept, ni en tant que système de paiement décentralisé etc. C'est en revanche sur la règle de création monétaire que je suis en profond désaccord pour les raisons expliquées dans l'article. Je me fiche de savoir que bitcoin soit une monnaie inflationniste ou déflationniste, ce qui m'intéresse est de savoir si les participants y ont des droits symétriques. Or, toute monnaie dont la création monétaire serait arbitrairement décidée crée de l'asymétrie, dans un sens (inflation) comme dans l'autre (déflation). De même que je me fiche de la richesse de 'satoshi' et de son impact : je constate simplement que cela illustre l'asymétrie du système et les inégalités conséquentes que je dénonce.

Sur les solutions bien évidemment une alternative comme open-udc me semble bien plus intéressante, avec un trust network comme base de fonctionnement. Dans un tel système la preuve de vie est nécessaire, mais n'est-ce pas la contrepartie logique et légitime ? L'anonymat global n'a aucun intérêt à priori. Personne n'a envie de vivre dans un monde ou personne ne se connait, ça serait nier le concept même de société.

"Au lieu d'acheter tout et n'importe quoi, tu as intérêt a acheter ce dont tu as besoin et ce dont tu as réellement envie seulement. "

Donc bitcoin est une monnaie idéale pour une décroissance constructiviste ? J'y vois une forte incohérence avec l'argumentation libertarienne pro-bitcoin...

le 29 August 2013
Pouet

Donc bitcoin est une monnaie idéale pour une décroissance constructiviste ?
Consommer quand le besoin est là plutôt que par peur de l'inflation (qui crée aussi des bulles d'investissement, notamment immobilière), ça n'implique pas la décroissance.
De plus, en plus d'être complètement volontaire, Bitcoin est neutre, il n'y a pas de différence entre les bitcoins, leur création n'est pas politisée et est connue dès le départ ; difficile de parler de constructivisme.
Quant a vouloir la « croissance », concept tout aussi fumeux que la « décroissance », c'est dans les deux cas du constructivisme.

Un peu de sérieux dans l'analyse économique, faites mieux que « En vivant, en consommant, on fait tourner la machine économique. »

le 30 August 2013
Bitcoin-fan

"Je me fiche de savoir que bitcoin soit une monnaie inflationniste ou déflationniste"

Il m'a semblé que ce passage
"Dans Bitcoin on trouve les défauts du système actuel. C'est une monnaie rare, basée sur l'idée que la monnaie est une marchandise comme les autres : une matière première virtuelle qui repose sur la rareté.[...] Dans un article magistral, Charles Eistenstein explique par exemple qu'une bonne monnaie virtuelle pourrait être fondante : à échéances périodiques la monnaie qu'on détient perd de la valeur, ce qui nous force à la dépenser pour faire tourner l'économie. On peut trouver à critiquer. Il n'empêche qu'un système monétaire doit, à mon avis, décourager l'accaparation."
était une critique des monnaies déflationnistes et une apologie des inflationnistes, c'est pourquoi j'ai répondu avec une critique inverse.


"Or, toute monnaie dont la création monétaire serait arbitrairement décidée crée de l'asymétrie"

Je ne suis pas sur de comprendre ce que vous voulez dire par arbitraire. A part pour des ressources naturelles comme l'or, la création monétaire est forcement "arbitraire" : soit régulée par une autorité centrale comme les monnaies étatiques, soit par des règles pré-définies comme pour Bitcoin. Open-udc suit des règles différentes de Bitcoin, mais ça n'a rien de moins arbitraire (ou alors j'ai pas compris un truc). La différence est qu'avec Bitcoin le nombre d'unites crees est prévisible, et même prévu, ce qui peut éviter de mauvaises surprises.

"Ceux qui s'y mettent maintenant auront beaucoup plus de mal à faire leurs premiers échanges, ou devront être riches en euros pour avoir des bitcoins."

On peut, et on pourra toujours, acheter pour 20 euros de bitcoins (théoriquement 0.01 euros suffisent, mais ce n'est pas très pratique), pas besoin d’être riche.

"De même que je me fiche de la richesse de 'satoshi' et de son impact : je constate simplement que cela illustre l'asymétrie du système et les inégalités conséquentes que je dénonce."

Et j'essayai d'expliquer que Satoshi n'est PAS riche en bitcoins. Ses bitcoins sont perdus, et si ils ne le sont pas et qu'ils bougent, leur valeur prendra un sérieux coup. Quand a l’asymétrie que vous pensez que cela représente, je pense qu'elle n'est pas inhérente a Bitcoin : c'est simplement du aux difficultés a lancer une nouvelle monnaie. Au début il y a forcément peu d'utilisateurs. Les inégalités se tasseront avec le temps.


Le premier commentaire de Pouet, répondant au fait que quelques adresses concentrent d’énormes quantités de bitcoins, et que la majorité des autres adresses n'en contiennent que quelques miettes, me semble tout a fait pertinent. Ces "chercheurs" n'ont pas poussé l'analyse de la blockchain très loin.

Petit détail au passage, vous parlez d'anonymat pour Bitcoin, c'est en fait du pseudonymat. Par dessus ça certains outils (ZeroCoin, CoinJar) tente d'apporter un anonymat complet pour ceux qui le souhaitent.

"s'il y a un afflux de gens qui le rejoignent, la valeur du bitcoin en euros monte, mais leurs détenteurs ne vont pas pouvoir s'en servir, donc ils les renvendront très vite"

La seconde partie de cette affirmation me semble totalement gratuite : pourquoi ne pourraient ils pas s'en servir ?

"Il faut aussi qu'il reconnaisse les systèmes d'échanges informels, non marchands, collaboratifs, et valorise des activités qui actuellement ne sont pas forcément rémunérées en tant que telles"

Vous devriez aimer le bitcointip bot sur Reddit, et les nombreuses (enfin nombreuses, tout est relatif) associations acceptant les donations en bitcoins. La monnaie est un outil, vous pouvez en faire ce que vous voulez.

"Sur les solutions bien évidemment une alternative comme open-udc me semble bien plus intéressante, avec un trust network comme base de fonctionnement. Dans un tel système la preuve de vie est nécessaire, mais n'est-ce pas la contrepartie logique et légitime ?"

De ce que j'avais rapidement lu d'open-udc (n’hésitez pas a me corriger) cela passerait par des "sign party", des réunions IRL ou les gens signent mutuellement leurs preuves de vie. Cela posera quelques difficultés pour les utilisateurs isolés.
J'avais aussi lu que cela reposait entre autre sur les pièces d’identités officielles (CI, passeport, etc...). Cela pose un léger problème pour les sans-papiers (je suis sur qu'une solution est envisageable et sera trouvée, mais c'est un problème qui me tient a cœur et ne doit pas être ignoré).

"Donc bitcoin est une monnaie idéale pour une décroissance constructiviste ? J'y vois une forte incohérence avec l'argumentation libertarienne pro-bitcoin..."

Je ne vois pas bien la contradiction. Les libertariens sont forcément pro-croissance ? Certains le sont surement mais ça ne me semble pas être obligatoire.

"L'anonymat global n'a aucun intérêt à priori. Personne n'a envie de vivre dans un monde ou personne ne se connait, ça serait nier le concept même de société."

J'aime ma vie privée. J'aime donc l’idée que mes transactions financières n'ont pas a être liées a mon identité réelle. Mais ça ne m’empêche pas si je le souhaite de déclarer publiquement que telle adresse Bitcoin m'appartient, a moi Jacques Dupont (et je pourrai meme le prouver en signant cryptographiquement un message).
Ce pseudonymat offre une liberté, il ne créé en rien "un monde ou personne ne se connait".

Pour finir je garderai un œil sur l'avancement d'open-udc. Après tout je peux très bien imaginer que les deux monnaies soient adoptées pour des usages différents, Bitcoin n'a pas a être le highlander des monnaies, la cohabitation est possible. (mais de ce que j'avais lu, l'avancement technique a bien du retard sur Bitcoin : le système P2P n'est pas encore en place et va rencontrer, je pense, beaucoup de difficultés)

le 31 August 2013

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