Désapprendre, apprendre à apprendre: les objectifs éducatifs du XXIème siècle ?

Désapprendre, apprendre à apprendre: les objectifs éducatifs du XXIème siècle ? Éducation

Réunis à la conférence La French touch de l'éducation organisée par Leeaarn le 28 mai dernier, les professionnels de l'innovation éducative avaient un peu le sentiment d'être aux avant-garde d'une révolution. Et on les comprend : de l'explosion des cours en ligne à l'arrivée des classes virtuelles en passant par la gamification, les technologies éducatives n'avaient jamais porté autant de promesses. 

Des enseignants innovants au spécialiste des politiques éducatives qu'est Gilles Babinet, en passant par des chercheurs et de jeunes entrepreneurs comme les fondateurs de Carpe Dièse, tous sont venus partager leur vision de l'éducation avec un constat assez univoque : il est temps que le système éducatif s'ouvre aux opportunités nouvelles offertes par la révolution numérique. Le défi ? Adapter une éducation en crise aux enjeux du XXIème siècle.


Un constat : l'école doit s'ouvrir, et vite ! 

"Aujourd’hui on doit mettre à jour sans cesse ses compétences pour rester au niveau du marché. Les innovations permettent de libérer des énergies créatrices, mais les institutions n’offrent pas encore le cadre adéquat". 

C'est ainsi que l'historien du droit du travail Charles de Froment explique en partie la crise actuelle du salariat : en quelque sorte une crise de l'éducation. Un constat que partage Nicolas Sadirac, venu présenter l'Ecole 42 à Leearn :

"Notre système éducatif est juste obsolète : il a été fait pour former des ouvriers dans les usines. Ca marche très bien dans une société industrielle où l'on a besoin de gens disciplinés pour fabriquer des produits standardisés. On va vers un autre monde où on a besoin de gens plus innovants ". 

Le directeur de cette école réservée au développeurs explique qu'il ne cherche pas à enseigner mais à former des jeunes autonomes pour s'adapter à une industrie en mutation rapide. Son credo ? "Moins on en sait, mieux c'est. Par exemple, ce qu'un informaticien apprend, il doit être capable de le désapprendre aussi vite". 

Bien entendu, les innovations éducatives se font d'abord et avant tout par les enseignants. Il n'est donc peut-être pas temps, dans l'enthousiasme que procure la révolution numérique, de jeter le bébé avec l'eau du bain en sacrifiant l'école, lieu privilégié de l'accompagnement des enfants. Mais c'est bien au niveau de la pédagogie que doit venir, selon Gilles Babinet, l'innovation éducative. Le Digital champion de la France auprès de la Commission Européenne invite ainsi à dépasser les discussions technologiques qui grèvent les débats sur l'éducation numérique : 

"Comment faire en sorte que les esprits s’ouvrent ? Comment donner accès à des modes éducatifs alternatifs ? L'enjeu est au-delà de la révolution numérique".
 

Une priorité, "apprendre à apprendre" 

"On peut créer des histoires extraordinaires en permettant simplement aux gens d'accéder aux savoirs gratuitement", est venu expliquer Gilles Babinet. Pour l'entrepreneur l'accès aux contenus est fondamental pour l'éducation, et c'est justement là que se concentre en ce moment l'innovation. Le développement des MOOCs, plateformes mettant gratuitement à disposition des internautes les cours des plus grandes universités, pourrait bien "changer le paradigme capitaliste selon lequel la connaissance constitue une barrière à l’entrée"... avec des implications sociales et économiques majeures.

Citant de belles réussites éducatives, comme celle de Sugata Mitra, il explique que l'important n'est plus d'apprendre mais d'apprendre à apprendre. Et utilisés en complément des cours classiques, les cours en ligne ont selon lui la vertu de ne pas braquer l'apprentissage :

"Avec les cours en ligne on démystifie l’éducation, car on retire l’appréhension d’être face au professeur et à la classe. On peut revoir la vidéo plutôt que de demander au professeur de réexpliquer."

Mehdi Benchoufi, le fondateur du Club Jade, partage le même constat : si l'enfant acquiert des facultés phénoménales en explorant le monde par lui-même de 0 à 7 ans, "l'école l'assied pendant 15 ans. On y apprend la crainte et la soumission". Le parcours n'étant plus ludique ni exploratoire, "les enfants apprennent moins bien".

A titre de comparaison, l'éducateur évoque les serious game qui "permettent des formes d'apprentissage beaucoup plus interactives". Misant sur "l'incroyable capacité d'abstraction des enfants", l'un de ces "jeux sérieux" serait même capable de faire résoudre des équations du premier degré à des bambins de 5 ans ! Pour lui, il est donc urgent d'expérimenter un nouvel environnement éducatif : 

"L'acquisition des connaissances se fait dans le mouvement. L'ouverture des espaces, les classes de niveau, le serious gaming permettent de renouer avec le caractère exploratoire et ludique du savoir".

Mais comment l'école peut-elle tirer parti de ces innovations pédagogiques ? Il faudrait déjà commencer par "aller plus loin que la réforme en cours", selon Gilles Babinet. Un modèle d'inspiration ? La Finlande, qui "a fait des réformes audacieuses misant sur l’autonomie". Dans ce pays, explique le Digital Champion, on troque le "one-to-many", le modèle des cours magistraux contre une architecture de classe où "les enfants se mettent en rond et collaborent au processus éducatif".

Tommy Tommy Pouilly le 13/06/2013

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1 Comments


François Elie

Pour ceux qui veulent creuser un peu plus sur la question de l'école.
www.fetons-linux.ch/.../logiciel-libre-et-education

le 15 June 2013 à 2h16

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