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Santé

Les métiers transformés par le numérique : les médecins connectés

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Alors que le numérique n'en finit pas de modifier la sphère privée, il fait aussi apparaître des changements radicaux dans la pratique des métiers, tant sur l'organisation que sur l'approche même du métier. Le premier épisode de notre série Métiers et numérique présentait Hervé Pillaud, agriculteur qui recourt au quotidien au numérique. Nous nous penchons cette fois sur deux sites de conseils médicaux en ligne. Les changements ? La relation entre patients désireux d'être orientés dans leur parcours de soin ou encore curieux sur des réflexes d'automédication et médecins.

Aujourd’hui alors que le succès des forums de conseils n'est plus à démontrer, il existe sur la toile des sites de conseils de médecins. À l'instar du forum Atoute, Médecin Direct fondé en 2008 et le plus jeune Ma santé Net créé en 2012 sont un point de rencontre entre questions médicales et interrogation des internautes sur le web. Différence notable : si les premiers permettent à tous de répondre aux uns et autres, le second est davantage recentré sur la relation entre médecin(s) et patient. Marc Guillemot, l'un des co-fondateurs et webmaster de Médecin Direct  et le professeur Gabriel Perlemuter, professeur d'hépatologie à l'hôpital Antoine Béclère de Clamart et co-fondateur avec son père de Ma Santé Net, oeuvrent chacun pour un service de santé en ligne et ont accepté de répondre à nos questions.

Informations vérifiées et déserts médicaux

Dans leur pratique au quotidien, l'un et l'autre ont pu observer que les patients étaient de plus en plus informés sur leur pathologie. Marc Guillemot raconte :

« Les patients arrivent avec dix feuillets imprimés de ce genre de site [forums de conseils, NDLR] et en disant “voilà ce que j’ai docteur” ! » 

Et effectivement, les patients sont bien plus au courant qu'il y a trente ans et la relation que le professeur Perlemuter entretient avec sa patientèle lui a permis de constater que quand ils viennent le consulter, la connaissance du patient « change la relation médecin-malade »  :

« Les choses ont changé depuis le Sida - moment où les populations malades ont commencé à s'informer davantage - et le numérique a accéléré les choses. Nous avons eu l'idée de créer le site parce que les patients ramenaient parfois des informations contradictoires en consultation et ces informations n'étaient jamais validées par des médecins. » 

Le système permet à l'un et l'autre site de donner des informations fiables - un des arguments à la création du service - et les raisons pour lesquelles il était nécessaire de créer ce genre de service se rejoignent pour les deux professionnels. En premier lieu, ils permettent de pallier la démographie médicale disparate selon les régions et endroits de l'Hexagone. Ensuite vient pour le professeur Perlemuter le stress des patients pendant la consultation :

« Les patients ne posent pas toujours les questions qu'ils souhaitent poser et Internet permet de les désinhiber ou en tout cas qu'ils le soient moins. » 

Pour Marc Guillemot, le délai d'attente des spécialistes a été l'un des facteurs clefs au moment de la création du service. Aussi « on n'est pas forcément obligé d’aller tout le temps chez le médecin, même si on en a un sous la main »  ajoute-t-il.

Le cabinet virtuel

Ni télé-consultation ni télémédecine, les médecins des deux sites sont pourtant bien des professionnels. Leur rôle : conseiller sans prescrire ni faire de diagnostic. En véritables aiguilleurs médicaux et baroudeurs du web, la vingtaine de médecins de Médecin Direct assure ses tours de garde : 

« Ils prennent le temps de répondre, ils exercent leur métier de médecin et rédigent les conseils. Aucun médecin n’est à temps plein et ils exercent tous dans des cabinets ou en hôpitaux. Les médecins ont des gardes de durées variables. C’est une clinique virtuelle. » 

Au même titre que les médecins classiques, les médecins « virtuels » ont un diplôme, exercent ou ont exercé la médecine et de la même manière que peut s'organiser un staff à l'hôpital, ils communiquent entre eux.

« Les médecins de Médecin Direct échangent sur un site dédié et font des formations à partir de cas pratiques, en reprenant à posteriori des questions pour voir s’il n’y avait pas un moyen de mettre en place autre chose que ce que qui pouvait être fait » précise Marc Guillemot.

 

Le principe d'un conseil en ligne est - presque - le même que sur un forum : le patient pose une question et un médecin lui répond. Gratuitement si sa mutuelle est partenaire de Médecin Direct et moyennant finance depuis le 1er février pour Ma Santé Net (comme l'avait fait Médecin Direct à ses débuts). « Le site est monté sur notre temps libre et financé par nos fonds propres » justifie le professeur Perlemuter :

« Pendant quasiment un an, il était entièrement gratuit, mais nous fonctionnons sur nos fonds propres. Nous n'arrivions plus à conserver le site gratuit pour assurer les frais de fonctionnement et à partir du premier février de cette année, nous sommes passés au paiement - modique - à la question. Il existait avant ce passage un service premium qui assurait une réponse plus rapide. Et nous avions aussi trop de questions pour un nombre limité de médecins, peu de médecins acceptent de faire du bénévolat. »

Mais qui sont ces patients ?

Ils viennent de Belgique, d'Afrique, du Canada et de presque tous les pays francophones raconte Gabriel Perlemuter qui précise que les patients de Ma Santé Net « ont en moyenne 25 ans et sont surtout des femmes » :

« Les questions posées tournent beaucoup autour de la grossesse et de la gynécologie. La majorité cherche des conseils rassurants ou des orientations pour savoir quel médecin consulter.»

Sur Médecin Direct, même constat : il y a plus de femmes que d'hommes et plus de demandes en pédiatrie. « On a beaucoup de questions sur les médicaments et on a clairement aussi un besoin en sage femmes - notre gynécologue est bien débordé ».

Remplaceront-ils les médecins de ville ?

En Suisse il existe MedGate, un service similaire à ce que les deux sites proposent en France. Seule différence, les médecins de MedGate pratiquent la télé-consultation et peuvent à ce titre prescrire des médicaments et poser un diagnostic. « Dans un cas sur 10, c'est une urgence et dans les cas restants, un sur deux se termine sans que la personne n'aille chez le médecin », raconte Marc Guillemot. Quant au remplacement des médecins de villes, les deux professionnels sont unanimes : les services de conseils en ligne ne remplaceront jamais une consultation avec un médecin traitant ou un spécialiste. Marc Guillemot explique :

« L'un de nos médecins est ophtalmo à la retraite. L’ophtalmologie c’est sa vie, il a dû arrêter de travailler. Mais il s'ennuyait donc il est venu travailler avec nous. Ce n’est pas un geek au départ. Nous avons aussi de jeunes généralistes beaucoup plus attirés par le web qui se disent qu’ils ne peuvent pas laisser passer l’opportunité d’aider sur le web pour faire leur métier demain d’une autre manière qu’aujourd’hui. [...] Médecin Direct ne remplacera jamais le médecin traitant : c'est un autre moyen d'accès. »

L'idée est de pouvoir - un jour - « modifier le parcours de soin, de le fluidifier et de limiter un certain nombre de papillonnages médicaux » précise Marc Guillemot quand Gabriel Perlemuter voit encore plus grand :

« À terme, nous aimerions être un complément de la consultation et permettre de faire des visioconférences avec les internautes, transmettre des résultats d'examens biologiques ou des images radiologiques. L'évolution potentielle vers un véritable hôpital virtuel avec des retombées non seulement en terme de qualité des soins mais également économiques sont évidentes. Nous avons déjà des contacts pour réaliser des partenariats. L'arrivée d'investisseurs permettra de nous développer pour obtenir les retombées économiques de la e-santé. »

Tout un programme !

Claire Berthelemy le 28/02/2013
Claire Berthelemy
Claire Berthelemy le 28/02/2013

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