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Économie numérique

Des fab labs pour changer le monde ?

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(photo : Neil Gershenfeld, par jeanbaptisteparis, flickr, licence CC)

Changer le monde grâce à des fab labs, des ateliers de création disséminés aux quatre coins de la planète. L’idée est belle – et sans doute utopique ? – mais elle a le mérite de faire réfléchir sur les processus de création à l’heure du numérique.

A la tête du prestigieux Center for Bits and Atoms du MIT, Neil Gershenfeld est l’homme qui a inventé le principe des fab labs et leur a donné leurs lettres de noblesse. Son laboratoire de recherche, unique au monde, multiplie les pistes pour faire éclater les frontières entre le monde physique et le monde numérique.

Pour prolonger cette vision, il a lancé un réseau global de fab labs à travers le monde, en pleine expansion et offrant un large accès au prototypage d’outils pour la fabrication personnelle.

C’est sur ce réseau et sur les créations qui en découlent qu’il a choisi d’articuler sa présentation sur « Le futur de la création » dans le cadre de Futur en Seine, le 22 juin dernier, au CentQuatre :

« Je décrirai la recherche émergente de processus de fabrication fondamentalement numérique, et discuterai les implications que cela peut avoir sur nos manières de vivre, apprendre, travailler et jouer » annonçait-il.

Nous y étions, et nous vous en proposons, en plus de la vidéo intégrale ci-dessous, un compte-rendu et, plus largement, une plongée dans la pensée de Neil Gershenfeld.

> Voir au delà de la révolution digitale

Neil Gershenfeld veut voir au delà de la « révolution digitale qui a déjà eu lieu » pour s’intéresser à ce qui vient « après ». Reprenant les exemples de Shannon et de Von Neumann, il montre qu’il « y a eu des révolutions digitales, dans la communication ou le calcul numérique, mais on n’a pas encore vu ce type d’avancées dans le monde physique, dans la création ».

Comment repousser alors les limites du monde tel que nous le connaissons ? C’est là tout l’objectif du Center for Bits and Atoms du MIT qui regroupent des « chercheurs qui n’ont jamais compris la distinction entre la science du tangible, du concret et celles des sciences informatiques » et essaient de faire éclater cette frontière.

> A l’origine des fab labs

L’idée centrale de Neil Gershenfeld, c'est d'« apprendre par le faire » (learning by doing en anglais). Pour cela, il a équipé son laboratoire avec toutes les technologies émergentes, allant d’imprimantes 3D à des systèmes de découpe grâce à de l’eau sous pression, pour près de… 20 millions de dollars.

Mais se pose alors le problème de l’utilisation de ces technologies. Pour dépasser la théorie et basculer dans le concret, il lui est venu une solution pour le moins originale :

« J’ai ouvert un nouveau cours, qui s’appelait modestement « Comment fabriquer presque tout ». Je ne voulais pas être provocateur, je voulais juste réunir des élèves chercheurs, curieux et intéressés.

Ils n’avaient d’ailleurs pas spécialement de compétences techniques particulières. Ils n’étaient pas la pour faire de la recherche, mais pour créer. »

Après un semestre, les projets réalisés par les étudiants étaient déjà plus qu’intéressants (à 6min30 dans la vidéo) :

  • un sac permettant de crier sans faire de bruit avant d’évacuer le bruit au moment voulu,
  • un navigateur Internet pour perroquets (si si),
  • un réveil contre lequel il faut se battre pour prouver que l'on est réveillé,
  • une machine qui crée d’autres machines…

Autant d'exemples des capacités de création des fab labs.

> « Faites le vous même ! »

Neil Gershenfeld explique qu’il a alors pris conscience que « les applications ultimes de la production faite maison sont des produits destinés à une seule personne », c’est-à-dire spécifiques à l’extrême :

« Vous n’avez pas besoin d’un laboratoire de création personnel chez vous pour faire ce que vous pourriez acheter. Parce que justement vous pourriez l’acheter. Vous en avez par contre besoin pour faire ce qui vous rend unique. »

Pour étendre cette idée, il a donné accès aux équipements : ils ont mis en place des fab labs, avec à peu près 20 000 dollars d’équipements « qui peuvent faire plus ou moins » ce que son laboratoire à 20 millions de dollars peut permettre de faire.

« Et les fab labs ont explosé aux quatre coins de la planète : ce n’était pas prévu mais ils se sont répandus, depuis Boston à l’Inde, en passant pas l’Afrique du Sud ou le nord de la Norvège, notamment grâce aux ordinateurs inutilisés. »

Il établit une différence fondamentale entre « l’accès » et la possibilité de « faire » :

« Il y a un fossé dans la fabrication plus grand que le fossé digital : et la seule manière de le combler, ce ne sont pas les TIC pour les masses mais le développement des TIC par les masses. »

C’est ainsi que des fab labs se sont ouverts dans des endroits improbables, auxquels il avoue n’avoir même pas pensé, comme dans le nord de la Norvège ou au fond du Ghana :

« Nous n’avions pas pensé que nous serions attirés par ces sites mais cela nous a mis en confiance. Il y avait cette lueur, cette joie du « Je peux le faire » dans les yeux des personnes utilisant ces labs. »

Il prend pour un exemple un fab lab, installé au Ghana :

Avant d’expliquer :

« Cette petite fille voulait absolument fabriquer un circuit imprimé, apprendre comment le fabriquer et apprendre à le programmer. Elle ne savait pas vraiment ce qu’elle faisait ni pourquoi, mais elle voulait le faire.

J’ai du être le seul surpris quand ce qu’elle venait de construire à fonctionner au premier essai. J’ai montré cette vidéo à des ingénieurs de grandes sociétés et ils m’ont avoué qu’ils ne seraient pas capables de faire ça. Parce que tout est découpé en petites tâches, sur différents sites, ils ne pourraient pas réaliser cela en un après-midi. Ce qu’une petite fille a pu faire au Ghana. »

Les utilisateurs des fab labs se sont ensuite attelés à des problèmes plus grands : de l’instrumentalisation de l’agriculture en Inde à la transformation de l’énergie au Ghana grâce à des turbines à gaz. Mais surtout, les laboratoires ont commencé à développer leurs propres inventions, explique le chercheur :

« Nous apprenions plus d’eux que ce que nous leur enseignions. Au point que certains de nos élèves du MIT sont partis faire leurs thèses dans ces pays, parce que leurs créations étaient meilleures et plus innovantes que les nôtres. »

> La création et la sagesse des foules

Le message que cherche en fait à diffuser Neil Gershenfeld est assez simple : la plupart des questions et des problèmes majeurs – la gestion de l’énergie, l’écologie, l’éducation… - auxquels le monde est confronté sont traités de manière ultra-centralisée, dans des projets gigantesques. Il appelle au contraire à raisonner avec la « sagesse des foules » :

« Les fab labs nous montrent le potentiel des milliards d’individus qui peuplent notre planète : ils ne doivent pas être là pour simplement subir la technologie, mais au contraire pour la créer.

Cette opportunité de récolter la puissance innovatrice du monde pour réfléchir, produire et concevoir différemment et localement des solutions adaptées aux grandes et petites problématiques, est fondamentale. »

> Pour aller plus loin :

Arthur Jauffret le 02/08/2011
arthur
Arthur Jauffret le 02/08/2011

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