Politique

Numérique et 2012 : quel est le programme de Martine Aubry ?

10

(visuel : représentation générée via wordle de la tribune « La France connectée », de Martine Aubry)

Le numérique et 2012, c'est parti, et même plutôt deux fois qu'une. Nous vous rendrons compte de manière aussi détaillée que possible sur RSLN, dans les mois à venir, de ces temps d'échanges, qui s'annoncent nombreux, riches, autour de la construction, puis la formulation, des programmes numériques des candidats à l'élection présidentielle.

Nous débutons cette séquence par un décryptage des positions numériques de Martine Aubry - qui a officiellement annoncé sa candidature aux élections primaires organisées par le Parti socialiste, ce 28 juin. Nous reviendrons également dans les jours à venir sur la convention numérique organisée par l'UMP, le 28 juin.

Trois ateliers à la Cantine, une tribune sur Rue89, puis une session « images » avec les robots de Futur en Seine. Entre le lundi 20 juin et le mercredi 22 juin, Martine Aubry et le Parti socialiste ont multiplié les événements accompagnant la publication d’un premier « programme numérique » (PDF), long de sept pages, découpé en six thématiques et 38 points – à ce stade, il s’agit plus d’idées et de grands engagements, aucune de ces mesures ne faisant l’objet d’un chiffrage.

Nous avons assisté aux deux grands événements qui ont ponctué cette « séquence », et lu en détail tous les documents produits et diffusés publiquement à cette occasion. Synthèse et décryptage.

Sur la forme : une pièce en trois actes

# Acte I - Lundi 20 juin, trois « ateliers sur les enjeux numérique », à La Cantine
 
ps-atelier
 
Ce soir là, la puissance invitante, c’est le « Laboratoire des Idées » du Parti socialiste, dirigé par le député de la Nièvre Christian Paul, par ailleurs l’un des parlementaires experts des sujets numériques au PS.
 
L’agenda du jour, comme les principaux animateurs des « ateliers » organisés, permettent de dessiner tout à la fois les axes forts d’intervention du PS sur les sujets numériques dans les mois à venir, mais également les « personnes-ressources » sur lesquelles le parti s’appuiera sur ces thématiques.
 
Au menu, donc : 
 
 
Les ateliers étaient concomitants, impossible de rendre compte des trois. 
 
Nous avons assisté à l’atelier « droits et des libertés numériques », dont l’objet principal consiste en fait en un nom, brandi comme un épouvantail : « Hadopi, hadopi, hadopi ».
 
Car, dans la salle, la Haute Autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur internet fait l’union contre elle. Les prises de paroles successives – et bien organisées – de quelques parties prenantes du dossier, principalement des éditeurs au mode de fonctionnement alternatifs, sont orientées vers l’esquisse de solutions quant à la manière de rémunérer la création artistique dans un monde numérique -- et, vous l’aurez compris, résoulement « post-Hadopi ».
 
Autre thématique abordée : la « diplomatie numérique » - et la possibilité, pour un Etat, de jouer de son influence en ligne. Avec une proposition, formulée par Emile Josselin (croisé ici sur RSLN) : la création d’une « fondation », dont l’objet serait de faire « la promotion de la cyberdémocratie » (on y revient, dans la partie sur le fond).
 
>> Bilan de la soirée ? 
 
Pas d’avancées inouïes, une grosse thématique d’opposition (Hadopi), une «participation » toute encadrée …
 
... mais également la production de textes commentables en ligne, et la preuve que le numérique en campagne, ça intéresse : La Cantine était largement pleine, un soir de semaine, pendant plus de deux heures – dans un monde numérique où le temps est rare, c’est à souligner.
 
# Acte II – Dans la nuit du mardi 21 juin au mercredi 22 juin : une tribune de Martine Aubry publiée sur Rue89
 
Un long texte, qui fait place au « je », et dans lequel Martine Aubry détaille sa relation personnelle avec l'outil numérique
 
« Le courrier électronique s'impose tard le soir et chaque matin, de bonne heure dans mes journées. J'accède à des sites qui ouvrent sur d'innombrables horizons. Chez moi ou au bout du monde, en Afrique ou en Chine, je m'informe sur des écrans que les médias nourrissent en continu.»
 
Voilà le second temps de l’offensive numérique du PS, engagé avec la publication, à 2h06, mercredi 22 juin, d’une tribune de Martine Aubry sur Rue89. Elle est accompagné par la publication du « programme numérique dans le projet socialiste, principes et propositions », produit par le laboratoire des idées.
 
Enormément de reprises pour ce texte, une entrée de « Aubry » dans les « trending topics » de Twitter, pour un texte long, présentant des propositions de fond : et oui, il faudra s’y faire, avec cette tribune, le net est utilisé comme espace de diffusion des idées dans la campagne.
 
Même si, évidemment, les reprises médias insistent sur un point principal. Devinez lequel ? La proposition d’abrogation de la loi Hadopi, évidemment -  alors que le texte avance pourtant d’autres thématiques (on y revient, encore).
 
# Acte III – Mercredi 22 juin dans la soirée, au Centquatre, dans le cadre de Futur en Seine
 
Des robots, des ordinateurs, des créateurs : oui, la région Ile-de-France regorge de talents, et, comme on vous le détaillait, c’est l’objectif du festival Futur en Seine que de le « révéler » au grand public.
 
Dans la soirée du mercredi 22 juin, Martine Aubry est donc venue à la rencontre de ces créateurs, innovateurs, entrepreneurs, à l’occasion de l’inauguration du « village des innovations ».
 
Sur le fond, aucune avancée : la première secrétaire du PS se contente en fait de répéter, à cette occasion, des éléments de sa tribune aux caméras et aux radios ... . Bref, la production de belles images pour accompagner les positions de fond, en somme, et remplacer les captures d’écran de la tribune : 
 

FuturEnSeine2011-1392-BD

Dans l’ensemble de cette « séquence », un élément fort à noter : les médias traditionnels sont clairement, et largement, en retard sur le web, qui devient, contrairement aux prédictions de certains, un espace sur lequel le débat s’engage sur le fond, sur le complexe, sur des documents bruts, alors que les médias « traditionnels » n’en retiennent que des bribes, déjà traitées, notamment par les agences de presse.
 
Les commentaires déposés sur les versions « ouvertes à participation » des éléments de programme, ou les longues réactions à la très détaillée tribune de Martine Aubry, témoignent par ailleurs d’un certain désir de participation – encore timide toutefois.
 
Une certitude : sur les sujets numériques au moins, la précampagne 2012, côté fond, se marrie plutôt bien avec le « en ligne ».
Sur le fond : Hadopi, des infras, de l’entrepreneuriat, de la privacy, la neutralité du net, de la diplomatie numérique
 
On vous parle des enjeux du numérique à longueur d’année sur RSLN. Logique que l’on passe en revue les propositions de fond avancées dans les différentes publications des derniers jours.
 
En un coup d'oeil, cela pourrait donner ceci :
 
représentation du premier programme numérique du PS, via Wordle
 
Et, lorsque l'on entre dans le détail des thématiques :
 
  • « L’abrogation [d’]Hadopi »

C’est la principale mesure retenue. Le PS promet l’abrogation des « lois […] telles Hadopi et Loppsi », pour « mettre fin à la guerre au partage ».
 
Des pistes alternatives sont proposées pour « le financement [de] la création », autour de deux leviers : 
 
1 - une « contribution des internautes et [des] prélèvements sur les fournisseurs d’accès à internet et les opérateurs de télécom », 
 
2 - parallèlement à une « intensification de la lutte contre la contrefaçon en ligne », avec un «accroissement des effectifs et moyens des unités spécialisées ».
 
  • Une connexion internet « partout et à tout moment » dans les espaces publics.

On retrouve dans ce volet des mesures visant à généraliser l’accès aux réseaux, notamment le déploiement de la fibre optique avec un objectif de permettre « un accès au très haut débit pour tous d’ici dix ans » .
 
Mais on y retrouve également la possibilité de se connecter à internet « partout et à tout moment dans les espaces publics », ou la création d’un forfait de connexion à internet à dix euros mensuels, « permettant l’accès au net seul […] et libre d’être rompu à tout instant ».
 
  • L’entrepreneuriat numérique incité
 
Pour permettre un soutien « des équipes et des entrepreneurs innovants », le PS propose deux mesures principales : 
- la création d’une « banque publique d’investissement », chargée de « soutenir les jeunes entreprises », avec la création d’un « statut fiscal et social favorable » pour les « jeunes entreprises en pleine croissance»,  type « Jeunes entretiens innovantes ».
- la création d’un « Small business act » - cette loi américaine, qui favorise les petites et moyennes entreprises, en leur réservant certains marchés publics.
 
  • De la privacy

Il n’y a pas d’entrée dédiée consacrée aux questions de vie privée en ligne, mais plusieurs mesures proposées portent directement sur ce sujet.
 
Le PS propose ainsi « un renforcement des missions et du budget de la CNIL », et même « son doublement, si on lui affecte la totalité du financement de l’Hadopi ». 
 
Le fameux « droit à l’oubli » est également proclamé comme le fondement de l’une des « grands principes d’une société de l’information ouverte », aux côtés du « droit au respect de la vie privée et à la protection des données personnelles ».
 
  • Garantir la « neutralité du net »
 
« L’existence de réseaux libres et ouverts et le caractère de bien commun essentiel des infrastructures numériques sont devenus des conditions à protéger », proclame le programme diffusé par le PS sur ce point.
 
  • L’esquisse d’une doctrine pour une diplomatie numérique


L’aspect « démocratie numérique » fait également l’objet d’une entrée entière du programme. 

On relève quelques éléments de gouvernement2.0 cher à Serge Soudoplatoff – et notamment la réaffirmation de l’engagement des pouvoirs publics dans une politique opendata, qui doit concerner «Etat, établissements publics et collectivités territoriale », mais également les « entreprises en situation de monopôle, délégataires de services publics ou dont l’activité pose des questions particulières sur l’environnement ».
 
Autre point novateur et à relever : le PS esquisse dans ce document l’esquisse d’une « doctrine » relative à la diplomatie numérique. On vous copie-colle l’intégralité de cette piste : 
 
« La diplomatie numérique de la France doit appuyer les progrès de la démocratie, en relation avec les ONG, les fondations, et les communautés d’internautes. La création d’une « Fondation e-démocratie », organisme indépendant, permettrait d’organiser efficacement le soutien à la cyber-démocratie dans le monde (hébergement de sites censurés, kit de protection contre la censure, redéploiement des réseaux en cas de coupure, internet sécurisé…). »
 
 L’inspiration de cette proposition est claire : elle est directement adaptée des doctrines actuellement développées par le département d’Etat américain d’Hillary Clinton, sur le pouvoir d’internet comme élément de contestation des régimes autoritaires - lire son discours sur « la liberté d’Internet » du 21 janvier 2010, en français et en PDF. Lors de l’atelier du 20 juin à La Cantine, cette inspiration a d’ailleurs été clairement revendiquée.
 
Ces théories sont largement relayée par certains grands « gourous » US, version Clay Shirky.
 
  • Les grands absents 
 
- Les enjeux de l’éducation numérique / l'éducation au numérique sont relayés à un seul « bullet point », inclut dans la thématique « liberté et neutralité du net ». On y lit que le PS souhaite un « enseignement renforcé des technologies du numérique et de leur usage à l’école et en formation continue, pour assurer aux citoyens une maîtrise des nouveaux langages de communication et de création ». 
 
- On ne lit rien dans ces propositions autour de la santé numérique, thématique pourtant mentionnée par Martine Aubry dans sa tribune, et où les enjeux sont lourds.
 
> Pour aller plus loin, on vous recommande : 
 
Sur RSLN : 
 
 
Sur le net : 

- Martine découvre le web, réaction du blogueur Authueil sur Atlantico
- Le dossier « All is digital ! », de nonfiction.fr

Antoine Bayet le 29/06/2011
antoine
Antoine Bayet le 29/06/2011

10 Comments


versac

Excellent billet sur le programme numérique de Martine Aubry sur ... Rsln ! http://t.co/QCn4ngK

le 29 June 2011
nodesign

“@versac: Excellent billet sur le programme numérique de Martine Aubry sur ... Rsln ! http://t.co/JElJhxX

le 29 June 2011
RSLNmag

[analyse] Le numérique et 2012, c'est parti. Quel est le programme de @martineaubry ? http://bit.ly/md2c8p

le 29 June 2011
francoisquinton

bientôt la même chose avec l'ump ? RT @rslnmag: [analyse] numérique et 2012. Quel est le programme de @MartineAubry ? http://bit.ly/md2c8p

le 29 June 2011
christianpaul58

RT @versac: Excellent billet sur le programme numérique de Martine Aubry sur ... Rsln ! http://t.co/QCn4ngK

le 29 June 2011
nbelloni

RT @versac: Excellent billet sur le programme numérique de Martine Aubry sur ... Rsln ! http://t.co/QCn4ngK

le 29 June 2011
PsSaintGermain

RT @versac: Excellent billet sur le programme numérique de Martine Aubry sur ... Rsln ! http://t.co/QCn4ngK

le 29 June 2011
bjanique

RT @RSLNmag: [analyse] Le numérique et 2012, c'est parti. Quel est le programme de @martineaubry ? http://bit.ly/md2c8p

le 30 June 2011
fcauchi

Numérique et 2012 : quel est le programme de Martine Aubry ? (RSLNMag)http://t.co/eIYbC0D

le 30 June 2011
AlixRougevin

Numerique et 2012 : quel est le programme de Martine Aubry ? http://t.co/i7UKxUa

le 30 June 2011

Ajouter un commentaire


Loading
biuquote
  • Comment
  • Preview

S'abonner à la newsletter

Votre adresse email sera uniquement utilisée pour vous envoyer la newsletter de RSLN. Microsoft ne l'utilisera pour aucune autre communication, qu'elle soit commerciale ou institutionnelle. Microsoft ne vend ni ne loue ses listes d'abonnées à des tiers.