Est-ce que l'on apprend mieux en jouant? débat

Apprendre, c'est toujours un peu jouer

contributeur Florent Maurin Journaliste à Bayard Presse et auteur du blog dédié au jeu vidéo « Je perds donc je pense » sur Lemonde.fr (http://newsgames.blog.lemonde.fr/) le 28/10/2011

Le système scolaire, par exemple, est bâti comme un jeu vidéo. On y trouve des niveaux (les classes), des « boss » à battre (les contrôles), un système de « scoring » (les notes), et quand on est confronté à un « game over », on reprend la partie à la dernière sauvegarde (mais au lieu de « quickload », on appelle ça « redoublement »).

 

Chaque matière a sa propre logique, ses propres règles du jeu, qu’on maîtrise de mieux en mieux à mesure qu’on fait des erreurs et qu’on en tire les leçons. Mario peut-il sauter dans ce fossé rempli de lave ? Non, et le game designer vous le fait comprendre en vous enlevant une vie. La racine carrée de 4 est-elle 3 ? Non, et le professeur de maths vous le signifie en vous retirant un point.


Mais ce constat ne s’applique pas qu’au système scolaire. Quand vous vous initiez à la conduite, essayez de ne pas respecter les règles du jeu (elles sont rassemblées dans un bouquin nommé « code de la route »)… Vous risquez de voir l’écran de « game over » assez rapidement.
 

La seule chose qui sépare souvent, dans leur structure, les jeux des autres formes d’apprentissage, c’est l’amusement. Et justement, d’après le game designer Raph Koster, « c’est le fait de résoudre des problèmes qui rend les jeux fun. » Autrement dit, jouer, c’est apprendre en s’amusant tellement qu’on oublie qu’on est en train d’apprendre.
 
 
PS : d’autre part, pour illustrer cette question, ce jeu (lien) me semble être assez intéressant.

On en parle sur Twitter


2 Comments


Dubitatif

Ce qui me gène dans cette comparaison, c'est que -par nature- le jeu n'a théoriquement pas d'incidence sérieuse sur la (vraie) vie du joueur. Alors que l'école, si. Un game designer peut imaginer l'impact de cette différence sur la prise de risques, par exemple.Par ailleurs, on pourrait imaginer aujourd'hui un jeu vidéo sur une centrale nucléaire et je ne vois pas l'intérêt qu'il y aurait alors à spéculer sur le fait qu'une centrale nucléaire est "bâtie comme un jeu vidéo".Rendre "ludique" (et donc rendre attractifs) a posteriori des dispositifs socialement, historiquement ou politiquement construits me parait dangereux. Attention: les joueurs en général ne se méprennent pas et savent bien que - par exemple - un jeu (fun) de guerre ne rend pas la "vraie" guerre fun. C'est pourtant ce que semble suggérer cet article, qui au demeurant est stimulant et m'a conduit à me poser des questions Wink

le 08 September 2011 à 8h00
Florent Maurin

Ravi que ma participation au débat RSLN vous ait stimulé ! Même si manifestement, je n'ai pas été suffisamment clair pour me faire totalement comprendre, et je m'en excuse.Mon but, dans ce court texte, n'était pas particulièrement de préconiser de rendre l'école ludique. Dans l'absolu, je ne serais pas contre cette idée (au contraire), mais je sais aussi tous les travers que comporte la tendance actuelle, qu'on désigne par le terme "gamification", et qui vise à tenter de "motiver les troupes" dans l'exécution d'une tache en appliquant des logiques de jeu extrinsèques à une structure déjà existante. Souvent, ça marche à court terme, mais il manque le principal : un vrai sens. Mon but, en fait, était simplement de signaler que le "système" école et le "système" jeu vidéo sont beaucoup moins éloignés qu'on pourrait le penser au premier abord. Et que même si, au final, on apprend des choses en jouant et on apprend des choses à l'école, je jeu vidéo réussit là où, parfois, l'école échoue : il récompense la progression dans l'apprentissage par du plaisir.Néanmoins, pour reprendre rapidement les points de votre réflexion :- "le jeu n'a théoriquement pas d'incidence sérieuse sur la (vraie) vie du joueur. Alors que l'école, si. " Je suis en désaccord total avec cette assertion, mais c'est sans doute une question de point de vue. Je dirais simplement qu'étant joueur depuis mon plus jeune âge, je suis à peu près certain que le jeu vidéo a eu une influence très forte sur ma manière de voir, de percevoir et de penser le monde. Au même titre que les romans que j'ai lus, les films que j'ai vus... et l'enseignement que j'ai reçu. Comme l'explique Julien Llanas, ce que l'on apprend en jouant n'est pas du même ordre que ce que l'on apprend en s’asseyant sur des bancs d'école. Mais pour moi, les deux sont tout aussi "sérieux".- "je ne vois pas l'intérêt qu'il y aurait alors à spéculer sur le fait qu'une centrale nucléaire est "bâtie comme un jeu vidéo". A vrai dire, moi non plus. Mais la différence entre une centrale d'un côté, et le JV et l'école de l'autre, c'est que le JV et l'école sont fondamentalement deux outils d'apprentissage (d'où le débat présent organisé par RSLN, et d'où mon analogie), ce que n'est pas une centrale nucléaire (la preuve étant que les hommes ne retiennent pas les leçons que leur donnent les centrales - cf. l'actualité récente... Wink ).- "un jeu (fun) de guerre ne rend pas la "vraie" guerre fun" Et un jeu fun d'école ne rendrait pas la vraie école fun, je suis bien d'accord ! Ceci dit, si on transformait la guerre en jeu, c'est-à-dire si on lui enlevait la mort, les soldats ramperaient-ils moins vite dans la boue ? La motivation que leur procure la peur de prendre une balle dans la tête ne pourrait-elle pas être remplacée par celle de faire gagner leur équipe "pour le fun" ? N'est-ce pas ça, le foot, "la guerre sans les morts", comme le disait Françoise Giroud ? Et à quoi ressemblerait l'école sans les 0 pointés ?

le 09 September 2011 à 7h12

Pingbacks and trackbacks (1)+

Ajouter un commentaire


biuquote
  • Comment
  • Preview
Loading