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Société

Sugata Mitra, et l'expérience « a hole in the wall » : le révolutionnaire pacifiste de l'éducation

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(photo : Andreas Sterzing)

Pédagogue, professeur, informaticien, physicien, psychologue, philosophe… ou tout cela à la fois ?

Sugata Mitra ne se laisse pas enfermer dans la case d’une discipline. Pour l’heure, cet Indien de 59 ans enseigne les technologies de l’Education à l’Université de Newcastle, en Angleterre, où il est installé depuis 5 ans.

Quand vous lui demandez qui il est, il vous répond en plaisantant par la question qui le poursuit depuis toujours :

« Je suis de l’espèce des homo sapiens et mon métier est de chercher quel était le but des hommes quand ils sont un jour descendus de leur arbre. »

Physicien de formation, il est l’inventeur, dans les années 1980 et 1990, de multiples systèmes informatiques comme la base de données du premier annuaire téléphonique indien.

 > Une expérience révolutionnaire : « a hole in the wall »

Mais sa notoriété internationale, il la doit à l’expérience éducative qu’il a menée à partir de 1999, auprès d’enfants des bidonvilles de Delhi, et qui aurait insipiré Vikas Swarup, l'auteur indien du roman Q&A ayant servi de base au scénario du film Slumdog Millionaire.

« A hole in the wall » (littéralement « Un trou dans le mur ») est un dispositif qui donne accès pour les enfants, à travers une fente trop étroite pour une main d’adulte, à l’écran, au clavier et à la souris d’un ordinateur inséré dans le mur d’une bâtisse.

>> Regardez un reportage consacré à l'expérience :

  • Le principe de l'expérience :

Sugata Mitra voulait voir si des enfants qui n’avaient jamais approché un ordinateur de leur vie et ne parlaient pas anglais pouvaient apprendre à s’en servir, seuls, sans l’intervention d’adultes.

  • ... et ses enseignements :

Huit mois après le début de l’expérience, les enfants, âgés de 6 à 14 ans, avaient acquis, collectivement et en jouant, un socle de compétences informatiques comparables à celles d’enfants ayant suivi une formation ad hoc.

Le chercheur notait également une augmentation significative du niveau d’anglais et de mathématiques, une amélioration de l’assiduité scolaire, la diminution du taux d’échec scolaire ou encore la réduction de la criminalité infantile.

Pour s’approprier l’outil,
les enfants avaient inventé leur propre vocabulaire - aiguille pour le curseur de la souris par exemple -, appris les mots d’anglais indispensables et, très vite, découvert le surf sur Internet. L’expérience a essaimé en Inde, au Cambodge, en Afrique, pour des résultats qui s’avèrent, à chaque fois, aussi spectaculaires.

> Un chemin vers la non-violence


L’expérience a surtout révélé que l’enfant n’apprend pas seul, mais en groupe, par échange d’expérience, par imitation. Car les enfants regroupés autour d’un ordinateur ne se disputent pas, ne veulent pas interdire l’accès aux autres.

« Dans une société ignorante, le pouvoir se structure autour de la domination physique. Dans la société de l’information, je ne peux prendre par la force une information. Je dois devenir votre ami pour que vous la partagiez. C’est un chemin vers la non-violence », explique ainsi Sugata Mitra.

Bien qu’il réfute toute ambition de changer le monde, le chercheur prête à la société de l’information des vertus pacifiques. Sugata Mitra a d’ailleurs fini par acquérir la conviction que, dans un univers connecté, les enfants peuvent tout apprendre ainsi, pas seulement l’usage d’un ordinateur.

Du coup, il a importé son système en ouvrant dans 40 écoles anglaises des SOLE (Self Organised Learning Environment), en marge de la salle de classe traditionnelle (retrouvez notre dossier : Bienvenue à l'école du futur).

Aux enfants, il pose des questions, volontairement épineuses : d’où vient le langage ? comment un téléphone sait-il où je suis ? que sont les fractales en mathématique ?

Les enfants vont puiser les réponses sur le web, en suivant les règles que leur a fixées le chercheur, des règles qui vont à l’encontre de celles de l’école traditionnelle : les enfants doivent former un groupe, mais ont toute liberté d’en changer, de parler autant qu’ils veulent, d’aller écouter un autre groupe.

- « Mais on peut copier ? », s’étonnent les enfants.
- « On ne copie pas, on partage ! », rétorque Sugata Mitra.

Et d'expliquer, toujours étonné de la capacité des enfants à s’auto-instruire en groupe :

« Quand je reviens, ils me donnent des leçons de religion comparées, découvrent que la localisation par GPS repose sur la trigonométrie et ont envie de comprendre ce que c’est. »

> L’auto-organisation : une porte d’accès au savoir

S’il s’est frotté au monde de l’entreprise pendant quelques années
– il dirigea l’équivalent indien des Pages jaunes à la fin des années 1980, il s’en souvient comme l’une des pires expériences de sa vie. Ni business, ni politique, Sugata Mitra est ailleurs. Ce qui le fascine, c’est de comprendre comment des phénomènes émergents évoluent en systèmes auto-organisés.

Pour se faire comprendre, il prend l’exemple d’une tornade : des grains de poussière, au départ soulevés par le vent, finissent par prendre force ensemble en s’organisant dans un même mouvement en spirale. Loin du déterminisme de la pensée occidentale, il voit dans cette image celle de l’évolution de l’humanité. C’est le vent du vouloir apprendre qui a soulevé les humains de terre, ou plutôt qui les a fait descendre des arbres et avancer.

Aujourd’hui, Sugata Mitra voudrait pousser l’expérience « A hole in the wall » plus loin. Des enfants dans une société sans contacts extérieurs peuvent-ils apprendre à lire seuls ? Il cherche une tribu primitive sans écriture pour mener à bien cette expérience. Car la quête de ce physicien devenu spécialiste en sciences de l’éducation est métaphysique.

Il ne croit pas en un Dieu qui aurait dessiné l’humanité et son destin, mais plutôt à l’émergence spontanée d’une auto-organisation qui dépasse chaque individu et l’entraîne dans un mouvement pour former un niveau de conscience supérieur.

Quand il parle de ses recherches en cours sur la « mémoire du futur », on a quitté depuis longtemps l’ordinateur dans le mur d’un bidonville de Delhi et les découvertes des enfants qui s’en emparent. Mais Sugata Mitra, lui, continue à assembler les pièces de son puzzle.

[teaser : cet entretien est issu du prochain numéro du magazine RSLN, version papier, qui sera disponible à la mi-juillet]

> Sugata Mitra en quelques dates :

1952 : Naissance à Calcutta, Inde.
1978 : Doctorat de physique à l’Institut de Technologie de Dehli.
1987 : Directeur de United Database, premier éditeur indien d’annuaire téléphonique
1990 : Fonde puis dirige jusqu’en 2006, le centre de R&D des systèmes cognitifs de NIIT, première entreprise indienne de formation et de logiciels pour la formation.
2001- 2006 : Déploiement de plus de 500 « kiosques » sur le modèle du « Hole in the Wall », touchant plus de 150 000 enfants dans le monde.
2006 : quitte l’Inde pour l’Université de Newcastle en Angleterre.

> Pour aller plus loin :

- Un reportage de CNN sur l'expérience :

- Slumdog professor, un portrait de Sugata Mitra dans le Guardian (mars 2009)
- Innover à l’école : voyage à la New Line Learning Federation, à Maidstone, un reportage RSLN (janvier 2010)
- Bienvenue à l'école du futur !, un dossier RSLN (2008)
- L’éducation numérique en assises : compte-rendu des premières assises nationales de l'éducation et de la formation numériques (avril 2010)

Isabelle Repiton le 01/07/2011
Repiton
Isabelle Repiton le 01/07/2011

14 Comments


RSLNmag

[portrait] Sugata Mitra (@sugatam), le révolutionnaire pacifiste de l'éducation : http://bit.ly/jMDoBb

le 01 July 2011
MondeNumerique

#BlogActu Sugata Mitra, et l'expérience   a hole in the wall   : le révolutionnaire pacifiste de l'éducation http://bit.ly/j2o86U

le 01 July 2011
lemanege

Sugata Mitra, et l'expérience « a hole in the wall » : le révolutionnaire pacifiste de l'éducationhttp://tinyurl.com/68r3rmk

le 02 July 2011
CNNum

e-education : l'extraordinaire Sugata Mitra http://j.mp/jMDoBb #RSLN

le 02 July 2011
crash__

RT @CNNum: e-education : l'extraordinaire Sugata Mitra http://j.mp/jMDoBb #RSLN

le 02 July 2011
y_a_rien_a_voir

RT @CNNum: e-education : l'extraordinaire Sugata Mitra http://j.mp/jMDoBb #RSLN

le 02 July 2011
rooszjm

RT @CNNum: e-education : l'extraordinaire Sugata Mitra http://j.mp/jMDoBb #RSLN

le 02 July 2011
MiCetF

Reading:sugata-mitra_et-l-experience_a-hole-in-the-wall_le-revolutionnaire-pacifiste-de-l-education http://t.co/Q01E83W

le 02 July 2011
Elisabeth

pour aller plus loin, les deux conférences qu'il a donné à LIFT 2007http://bit.ly/QVM8Q et TEDglobal 2010   http://bit.ly/bi1OM7

le 03 July 2011
FrancoisTaddei

RT @CNNum: e-education : l'extraordinaire Sugata Mitra http://j.mp/jMDoBb #RSLN

le 04 July 2011
constanceparodi

"Quand je reviens, les enfants me donnent des leçons de religion comparée". Incroyable expérience de Sugata Mitra http://t.co/2Mg3Eyt

le 04 July 2011
SylvieLeBars

REGARDS SUR LE NUMERIQUE: Blog - Sugata Mitra, et l'expérience « a hole in the wall » . http://t.co/P5MNReb #km #apprendre

le 04 July 2011
LaCantinebyTVT

Article sur le  génial @SugataMitra le créateur du fameux #Hallinthewall qui en dit long sur l'apprentissage des TIC :http://bit.ly/jMDoBb

le 05 July 2011
hamard

Bluffant, cet indien qui bouleverse les codes de l'enseigbement et représente, à mon sens, une véritable alternative aux méthodes classiques d'appropriation des connaissances ! Un possible espoir de développement intellectuel de populations défavorisées en matière d'enseignement.
A suivre de près et à encourager, sinon à imiter ?
Un coup de chapeau car Paloma, 12 ans, mexicaine et issue d'un milieu modeste, semble promise à un bel avenir ! C'est ce que nous pouvons lui souhaiter de tout coeur.
Alain

le 08 November 2013

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