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La dataviz dans le champ institutionnel : de l'esthétique au storytelling

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Et la dataviz fit son apparition dans des rapports annuels et autres projets très officiels... : non, les éditeurs de beaux livres ou les designers très branchés ne sont pas les seuls à jouer la carte de la visualisation de données.

Depuis quelques années, des entreprises, des institutions, voire des politiques, ont également recours à ce genre à part entière. Pour comprendre cette évolution, nous avons identifié quatre étapes distinctes dans la manière dont la dataviz s'est peu à peu étendue aux publications institutionnelles - sans prétendre, évidemment, avoir épuisé le sujet.

L'objectif du recours à la dataviz est double : évidemment, il s'agit d'être un peu sexy, et éviter ces « longs écoulements textuels gris » vilipendés par Alain Joannès. Mais elle permet également de faire passer des messages, via une nouvelle forme narrative. Et, comme souvent, les Etats-Unis ont un cran d'avance en la matière : nous irons jeter un oeil à certains exemples récents.

1. Des expérimentations de designers

Dans la veine lancée par Nicholas Felton, dont nous vous avons déjà parlé ici, plusieurs designers se sont lancés dans la mode de la production de rapports annuels, véritables carnets de bord de leurs activités en tout genre.

Dans son « rapport 2009 », Nicholas Felton passe par exemple en revue toutes ses rencontres en quelques graphes :

C'es également le cas de Hörður Lárusson, un jeune designer de Reykjavík, dont nous vous présentons ci-dessous un projet achevé en exclusivité pour le numéro 3.3 de Regards sur le numérique. The Calendar 2004-2009 matérialise ainsi cinq années de travail par des bulles proportionnelles aux envois de mails de l’auteur. Depuis ses années d’études, jusqu’à la période où il « endosse des responsabilités, ce qui suppose plus de mails et plus de travail ».


2. Des institutions artistiques prennent le relais

Entre ce genre de travaux et la réalisation de rapports annuels d'institutions en bonne et due forme, il n'y avait évidemment qu'un pas. Les premiers qui l'ont franchi ? Les instituts de design, à l'exemple de l'Emily Carr Institute, au Canada.

En 2006, ses étudiants s'y sont essayé, lors de la réalisation de leur compte-rendu d'activité annuel :

Deux ans plus tôt, aux Pays-Bas, la fondation Mondriaan déjà eu recours à ce genre - même si, depuis, elle est revenue à des formats beaucoup plus classiques.

En voici la couverture : le cercle le plus intérieur représente l'origine des 26 millions d'euros alors collectés, les deux autres présentant, par familles, la centaine de projets financés :


3. Les grandes entreprises s'y mettent

Des acteurs plus institutionnels se sont ensuite pris au jeu : regardez donc cet aperçu de l'un des tout dernier rapports annuels du géant du luxe français, le groupe LVMH, repérée par le tumblr dbbradle :

« Les premières expériences en Allemagne datent de 2007 », nous confirmait Sven Ehmann, l'un des auteurs de Data Flow et Data Flow 2, lorsque nous avons évoqué cet aspect plus business de la visualisation de données avec lui.

4. Et la dataviz devient une arme politique...

C'est le dernier étage de la fusée dataviz institutionnelle. Le plus évident, mais, sans doute, le plus complexe : l'utilisation de la dataviz à des fins politiques.

Souvenez-vous, en novembre, quelques jours avant l'ouverture du sommet de Copenhague, nous nous étions arrêtés sur une initiative du gouvernement britannique : la construction d'un modèle de représentation du réchauffement climatique -plutôt- anxiogène et -très- responsabilisant pour l'internaute, réalisé avec l'office météo britannique et proposé à l'embarquement.

La dataviz est une arme diplomatique comme les autres : voilà ce que nous écrivions alors.

Aux Etats-Unis, cette utilisation va encore plus loin. L'un des derniers exemples en date vient de la production d'un graphique intitulé Road to recovery, par les équipes de Barack Obama.

Le pitch : diffusé en janvier 2010, ce graphique permet de visualiser les (bons) effets sur l'emploi du plan de relance impulsé un an plus tôt par le locataire de la Maison Blanche. 

A première vue, le verdict est sans appel : les années rouges de l'administration Bush ont été désastreuses, celles de l'administration Obama redresse petit à petit la barre :

 

 (fichier PDF)

Le tout est évidemment accompagné d'une vidéo, facilement embarquable depuis les plateforme de partage :

Aussitôt, plusieurs sites spécialisés dans le design visuel, dont le très respecté flowingdata.com, reprennent le graphique. Andrew Vande Moere, à la barre d'infosthetics.com, titre même sa brève d'un très louangeur : Obama Loves Infographic Movies. Bref, la viralité s'annonce parfaite : les pros du design louent, les blogueurs reprennent le matériel mis à disposition, ... .

Mais un grain de sable va venir compliquer un peu la donne : plusieurs internautes, dont l'incontournable Matthias Shapiro, à la tête du blog politicalmath, vont prendre le temps de décortiquer un peu les données livrées par ces graphiques.

Evidemment, les chiffres sont rigoureusement exacts. Mais leur mise en scène interpelle - et pour cause : le graphique produit par les équipes de Barack Obama ne représente en aucune manière une augmentation du nombre d'emplois créés, ou une baisse du taux de chômage. Ce que montre la visualisation, c'est une diminution du nombre d'emplois détruits.

Nous vous conseillons très fortement la lecture des quatre billets consécutifs rédigés par Matthias Shapiro : ils sont réellement éclairants sur la manière dont la dataviz peut être mise au service de la production d'un message dédié, le fameux storytelling.

« La dataviz a trop de pouvoir pour être laissée entre les mains de designers »

Cette tendance de fond, relativement nouvelle, est bien mise en avant dans Data Flow 2, paru en mars 2010 :

« Le designer devient auteur, et pas seulement narrateur. Toute visualisation est une interprétation. En sélectionnant les données et en choisissant la manière de les présenter, il fait apparaître un message. Cela peut paraître anodin, c’est un grand changement pour les designers graphiques.

Avant, ils travaillaient sur du matériel qui contenait déjà un message – des textes ou des images. Lorsqu’ils travaillent sur des données, en revanche, les designers définissent le message. Or, une visualisation peut être lacunaire, voire mensongère, les designers ont donc une responsabilité énorme. »

Et les auteurs de conclure :

« La visualisation d'information a trop de pouvoir et d'importance pour être laissée uniquement entre les mains de designers - ou de toute autre profession, d'ailleurs.» 

Antoine Bayet le 04/05/2010
antoine
Antoine Bayet le 04/05/2010

9 Comments


juanite

La dataviz dans le champ institutionnel : de l'esthétique au storytelling http://bit.ly/9J2pvb #visualization

le 11 May 2010
virginiemahe

Intéressant ! La dataviz dans le champ institutionnel : de l'esthétique au storytelling http://bit.ly/9J2pvb #visualization RT @juanite

le 11 May 2010
camillesturgeon

RT @virginiemahe: Intéressant ! La dataviz dans le champ institutionnel : de l'esthétique au storytelling http://bit.ly/9J2pvb #visualiz ...

le 11 May 2010
yam

RT @juanite La dataviz dans le champ institutionnel : de l'esthétique au storytelling http://bit.ly/9J2pvb #visualization

le 11 May 2010
hebiflux

sympa ! RT @yam: RT @juanite La dataviz dans le champ institutionnel : de l'esthétique au storytelling http://bit.ly/9J2pvb #visualization

le 11 May 2010
netintelligenz

RT @pr2peer: la #Dataviz : de l'esthétique du storytelling dans le champ institutionnel http://cot.ag/9jZRtC

le 29 September 2010
mathemagie

RT @pr2peer: la #Dataviz : de l'esthétique du storytelling dans le champ institutionnel http://cot.ag/9jZRtC

le 29 September 2010
Lisa Wyler

Le lien vers le tumblr qui parle du rapport annuel de LVMH ne fonctionne pas, dommage!

le 08 June 2012
Tom

Complètement d'accord avec la conclusion de l'article, les designers deviennent auteur et donc, l'objectivité inhérente aux données devient communiquée de manière subjective... l'interprétation du designer est aussi la force et l'intérêt de la dataviz !

Au passage, je fais un site sur la dataviz, si ça vous dit nous pourrions discuter de ce sujet, vous avez l'air bien au point... ça se passe ici : http://www.dataviz.im

le 02 September 2013

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