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FoMo ou la peur de manquer des infos : un mal 2.0, vraiment ?

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Angoissés à l’idée de passer à côté d’une info capitale sur Twitter ? Comme 56% des utilisateurs des réseaux sociaux, expliquait un article d’Aeon Magazine le 28 mai dernier. Mais la peur de manquer quelque chose (ou FoMo en anglais) n’aurait rien de si nouveau et surtout, ne serait pas aussi irrémédiable qu’on nous le laisserait croire.

Imaginez qu’au lieu des 30 minutes quotidiennes que vous consacrez à la lecture de l’actualité en buvant votre café, il ne vous reste que 5 minutes pour vous livrer à ce délicieux rituel à cause d’une réunion. Sur une échelle d’agacement de 1 à 10, vous seriez peut-être à un niveau 2. Autre scénario maintenant : un repas de famille important vous empêche de consulter votre smartphone, qui vibre pourtant de manière incessante : quelque chose se passe, mais quoi ? Impossible de le savoir avant que le repas ne soit fini. A quel niveau d’énervement vous situez-vous alors ?

Fomo, cyberdépendance etc.

Si la réponse se situe au-delà du niveau 5, vous êtes sûrement atteint de FoMo, une forme de cyberdépendance dont souffriraient 56% des usagers des réseaux sociaux, avec des conséquences non négligeables au quotidien. Stress permanent voire angoisse ontologique, épuisement physique et moral dû à la sollicitation permanente de l’attention… la FoMo serait l’un des grands maux d’une époque trop connectée et aucun psychologue ne pourrait la soigner.

Mais si l’on laisse un instant de côté les thèses déconnexionnistes qui soutiennent cet avis pessimiste,  on se rend compte qu’une part non négligeable de la littérature internationale traite en fait de cette même peur de passer à côté de… sa vie. Emma Bovary chez Flaubert, Jane Eyre chez Charlotte Brontë… Nombreux sont les auteurs qui ont décrit un sentiment qui n’a rien de propre à notre époque, car la Fomo ne serait pas simplement liée à une notification non-lue : elle renverrait en fait au processus cognitif complexe de prise de décision pour accéder au bonheur.

Est-ce grave docteur ?

Dois-je préférer passer un moment entier avec ma famille ou bien en détourner mon attention un instant pour regarder mes notifications ? Dois-je m’en vouloir de ne pas faire de marathons comme les amis que je stalke, un dimanche après-midi paresseux, sur les réseaux sociaux de photos où ils partagent leurs performances sportives avec des sourires outrageusement sympathiques ?

Derrière ces questions en apparence anecdotiques se cachent en fait des stratégies existentielles essentielles pour être heureux. Et de ce point de vue-là, la FoMo serait une forme symptomatique d’indécision maladive : obsédé par l’idée de faire les meilleurs choix possibles, le malade de Fomo serait paralysé par l’incapacité de choisir et se retrouverait ravagé par l’angoisse de ne rien faire. Et la sollicitation des réseaux sociaux n’arrangerait rien à cela puisqu’elle renverrait en permanence à l’abondance de choix de vie possibles. Un cercle particulièrement vicieux dont on ne pourrait s'échapper ? Pas forcément.

Aux grands mots les simples remèdes

La solution que propose l’article d’Aeon Magazine ? Se satisfire. Un mot inventé par Herbert Simon, prix Nobel d’Economie et chercheur pluridisciplinaire américain, qui mélange les termes « satisfaction » et « suffire » et fonde une forme de morale épicurienne. Au lieu de s’épuiser dans le perfectionnisme, il faudrait choisir les solutions qui garantissent au niveau le plus sûr une satisfaction suffisante pour une vie sereine et cesser de pourchasser toutes les opportunités qui rendraient hypothétiquement heureux.

Et pour convaincre, ou inciter à la méditation, l’article s’en réfère à la sagesse (un brin fataliste) du poète Emerson :

For everything you have missed, you have gained something else, and for everything you gain, you lose something else.

Autrement dit, pour toute photo de sportif souriant non vue, vous gagnez pas mal de sérénité et perdez... une énième occasion de perdre votre temps. 

Pour lire la réflexion d’Aeon Magazine, c’est ici.

 

Elisa Braun le 03/06/2014
Elisa Braun
Elisa Braun le 03/06/2014

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