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Éducation

Year Of Code : peut-on enseigner la programmation à toute une nation ?

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Critère d’employabilité, moteur d’innovations à succès et de croissance économique… les enjeux de la maîtrise du code ont déjà convaincu l’Estonie d'en enseigner les rudiments dès la primaire. C’est maintenant au tour du Royaume Uni d’annoncer ses grands projets : d'abord Year of Code, une campagne de sensibilisation à échelle nationale, puis une réforme éducative effective dès septembre 2014. Mais pourquoi vouloir convertir une nation entière à la programmation informatique ?

« Nous n’avons pas le choix »

C’est sur ces mots que Michael Gove, secrétaire d'Etat à l’éducation en Grande-Bretagne, a annoncé la mise en place de Year of Code en janvier dernier. Réunissant un consortium d'experts aux compétences variées, le projet a pour ambition de sensibiliser les Britanniques à la thématique du code par une toute nouvelle approche.  

Dan Crow, professeur d'informatique à l'Université de Leeds et conseiller pour Year of Code, en disait un peu plus au Guardian en février dernier : 

"Dans ma jeunesse, je devais écrire des lignes de code pour que l'ordinateur effectue la tâche la plus simple. Aujourd'hui, j'ai dans ma poche un ordinateur 100 000 fois plus puissant  (...) capable d'accéder simplement et quasi instantanément à un foisonnement de connaissances. (...) Nous vivons aujourd'hui dans un monde dominé par le software, dont le langage n'est autre que celui du code informatique".

Et une fois que l'on connait ses rouages, poursuit-il, "on détient un pouvoir qui n'a de limites que celles de l'imagination". Réaffirmer le pouvoir du code, c'est donc en somme l'ambition que porte le projet Year Of Code. Une ambition qui se traduira, tout au long de l'année 2014, par de multiples campagnes et événements pour promouvoir les initiatives d'apprentissage de cette nouvelle compétence.
 



Rentrée 2014 : "culture du code" au programme

En parallèle, le gouvernement britannique s'apprête à lancer une réforme éducative de grande ampleur : avec le concours de la British Computer Society (BCS), de la Royal Academy of Engineering et d’entreprises comme Microsoft, une séance hebdomadaire de « culture du code » est prévue pour un élève sur cinq dès septembre prochain. Deux millions de livres permettront d'équiper les écoles et un réseau de 400 formateurs et 1,1 million de livres sera dédié la mise en place de ressources en ligne et de workshops pour la formation des enseignants.

Pourquoi maintenant ? Car "consentir à un effort" est indispensable, soutient le gouvernement britannique, qui craint de voir les futures entreprises innovantes se créer hors de ses frontières. Mais si la compréhension des logiques de la programmation est devenue cruciale, est-il indispensable que le plus grand nombre maîtrise l'un ou l'autre de ses langages, vu leur rapide obsolescence et alors que ce travail s'automatise de plus en plus ? Une tension sur laquelle le gouvernement britannique a tranché : il s'agit moins, avec ces initiatives, de savoir coder que de comprendre comment "dé-coder" un monde de plus en plus numérisé.
 



Le code : une école de pensée

L'approche britannique s’inscrit en fait dans le mouvement plus vaste de la « pensée computationnelle », qui postule que les logiques de l'informatique théorique peuvent embrasser de multiples réflexionsSelon les organisateurs de Year of Code, le code permet en effet de « découvrir le pouvoir des sciences informatiques, de changer [sa] façon de les penser et donc de penser le monde autour de soi ».

Avec ces projets, explique Dan Crow, il s’agit bien plus de promouvoir une façon de penser que de transformer les futures générations en ingénieurs-développeurs. Mais comment faire prendre conscience à un pays entier que le code ne se résume pas qu’à un obscur langage d’informaticiens ? Pour le gouvernement britannique et pour d’autres organisations comme Code.org, la réponse consiste à sortir des démotivantes lignes de code pour y revenir avec plaisir par la culture numérique.

En France, cette vision semble également très partagée, à en croire les experts que nous avions interrogés sur la question : "Il faut fabriquer non pas des « alphabétisés du numérique », mais des « lettrés du numérique », nous expliquait ainsi Bernard Stiegler : "des gens qui sauront déléguer à la machine des activités d'écriture." Karine Dognin-Sauze, la Vice-Présidente du Grand Lyon en charge de l'innovation et des nouvelles technologies, ne nous disait pas autre chose :

« Il s’agit de donner par l’éducation, la culture, les repères essentiels et nécessaires pour ‘décoder’ et naviguer dans ce foisonnement d’information, d’interconnexion massif et ouvert mais aussi de permettre un accès plus large et aisé à ces outils par la maitrise de ces différents langages, dont le code fait partie »
 



L'importance de l'accompagnement

Ce sont finalement les moyens pour appliquer cette réforme et la capacité du corps enseignant à la mettre rapidement en oeuvre qui auront le plus fait débat outre-manche. Pour aider les 176 000 professeurs des écoles et de lycées britanniques à sensibiliser leurs élèves, la question du matériel éducatif est en effet l'une des clés du succès selon Michel Van der Bel, vice-président de Microsoft UK qui s'est associé à un éditeur scolaire pour mettre des manuels à leur disposition :

« Je suis certain qu’avec l’association des fonds, des outils et des activités, les professeurs pourront être opérationnels à l’approche du mois de septembre prochain ».

Au-delà de cette question centrale subsiste aussi l’un des points les plus philosophiques du débat : la diffusion d'une culture du numérique et du code peut-elle se passer de son volet technique et pratique ? Au regard de l’accueil mitigé de la campagne de sensibilisation, il semble que les Anglais attendent encore d'être convaincus par l’épreuve du terrain. Alors, la réforme éducative de septembre parviendra-t-elle à intégrer la culture numérique à la culture de tout un pays ? Rendez-vous en juin 2015 pour un premier bilan !

Elisa Braun le 04/04/2014
Elisa Braun
Elisa Braun le 04/04/2014

1 Comments


newsoftpclab

C'est marrant.Il voudrait une nation de codeur alors qu'ils sont pour le cloud, la tablette , les objets connectés...Contradiction totale!

le 05 April 2014

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