Éducation

Mathématiques : les jeunes Français prêts pour les défis du 21ème siècle, selon l'OCDE

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Tout n'est peut-être pas perdu pour les jeunes Français, récemment épinglés par l'OCDE pour la relative faiblesse de leurs acquis scolaires : selon le classement international publié ce mardi 1er avril par l'organisation internationale, la France, classée 13ème sur 44 pays, est meilleure dans les exercices qui font appel au sens logique que dans les épreuves de mathématiques classiques... soit précisément les compétences requises dans un monde qui change à grande vitesse. Explications.

Pour l'enseignement des mathématiques, la France arrivait en 25ème position des pays de l'OCDE selon le classement PISA paru en février dernier. Un nouveau test effectué par l'OCDE évaluait cette fois leurs "compétences créatives en résolution de problèmes" pour déterminer dans quelle mesure les élèves sont préparés au "type de problème que l'on rencontre presque tous les jours au 21ème siècle" : des "capacités générales de raisonnement" face à des "problèmes qui ne requièrent pas de connaissances particulières". Conclusion :

« Ne pas être sur papier mais sur ordinateur motive beaucoup plus les élèves », estime Sophie Vayssettes, analyste à la direction de l'éducation de l'OCDE dans les colonnes du Parisien. Et en situation de résolution de problèmes, « ils peuvent tâtonner, s'adapter, oser essayer, apprendre de leurs erreurs ».

« Les élèves ne se retrouvent pas face à une discipline estampillée scolaire. Ce qui leur évite les a priori et les angoisses qu'on observe sur les mathématiques », ajoute au Monde Catherine Moisan, la directrice de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) au ministère de l'Education nationale.

Ce que la nouvelle a de rassurant, c'est que cette aptitude s'avère moins dépendante du milieu social de l'élève et serait ainsi distribuée aussi bien chez les "premiers de la classe" que chez les jeunes décrocheurs. L'écart entre les bons élèves et les plus faibles est en effet réduit à cet exercice : est-ce que cela n'explique pas que ces derniers tirent leur épingle du jeu dans des écoles axées sur les "compétences créatives en résolution de problèmes" et notamment la programmation ?

Que les Français aient de bonnes capacités de raisonnement est une bonne nouvelle aussi quand on sait que 65% des écoliers d'aujourd'hui pratiqueront, une fois diplômés, des métiers qui n'ont même pas encore été inventés, comme l'estimait le Département d'Etat américain du travail. Dans un monde qui change à grande vitesse, nos enfants devront surtout "apprendre à apprendre", nous expliquait Gilles Babinet, car nos apprentissages se périmeront au moins aussi vite que notre capacité à les assimiler. L'aptitude à la recherche d'informations, que la chercheuse Karine Aillerie présente comme la méta-compétence du XXIème siècle, pourrait ainsi être la clé d'une formation qui s'échelonnera tout au long de la vie.


La résolution de problèmes : les maths de demain ?

Invité à notre journée d’échanges « Quelle école pour demain ? », Conrad Wolfram, fondateur du centre de recherche Wolfram Europe, livrait déjà le constat d'une crise de l’enseignement des maths dans tous les pays du monde. Parce que ce sont désormais les ordinateurs qui font les calculs, les mathématiques ont profondément changé depuis cinquante ans : elles sont devenues plus conceptuelles, posent des questions plus complexes que l'on modélise sur ordinateur avant d'analyser les résultats.

Alors, demande le chercheur, « pourquoi perdre du temps à faire à la main ce que la machine fait mieux que nous ? » Pour lui, on peut réconcilier nos étudiants avec les maths en les libérant du calcul mental et des équations - soit 80% de l'enseignement de cette matière, pour se concentrer sur le plus intéressant : la logique et la résolution de problèmes - qui développent notre capacité à raisonner et feraient davantage avancer la science.

Selon lui, le rapprochement avec les sciences computationnelles pourrait aider à opérer cette transformation :

« Apprendre les mathématiques grâce à la programmation enseigne la compréhension et la réflexion. En effet, avec la programmation, si vous ne comprenez pas ce que vous êtes en train de faire, le programme ne fonctionnera pas. »

« Si nous voulons évaluer les élèves dans des compétences qui simulent celles qu'ils auront à développer dans le monde réel, ils devront être évalués avec des ordinateurs également », ajoutait-il encore, expliquant que la réforme de l'enseignement des maths « est essentielle et le pays qui la mettra en place passera devant tous les autres. »

Récemment, l'Estonie a validé les analyses du chercheur en lui confiant la conception du programme de mathématiques sur une école pilote. Le Danemark a autorisé Internet aux épreuves du bac. Et le Royaume-Uni a inclus la programmation au cursus des écoles primaires dans l'optique de développer une culture numérique "indispensable pour ne pas voir les entreprises innovantes se développer hors de ses frontières".

Dans le New York Times, le professeur américain Andrew Hacker prêtait à cet autre enseignement des mathématiques la capacité de développer l'intelligence critique utile au débat public :

« Il n’y a aucune raison de forcer [les jeunes] à comprendre les angles vectoriels et les fonctions. Il faudrait [plutôt] leur expliquer comment on calcule l’indice des prix à la consommation, ce qui est pris en compte et comment chaque article de l’indice est calculé – et amener à un débat à propos de quels articles devraient être inclus dans l’indice et quels poids on devrait leur donner ».

Répondant à une aptitude mieux partagée par l'ensemble des Français, ces mathématiques créatives et citoyennes prépareraient ainsi les élèves à entrer dans la vie active et à inventer les métiers de demain. Elles en feraient également des citoyens responsables, armés pour vivre dans un monde de données.

Tommy Pouilly (@5h55) le 01/04/2014
Tommy
Tommy Pouilly (@5h55) le 01/04/2014

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