La revanche télévisuelle de l'industrie de la musique?

La revanche télévisuelle de l'industrie de la musique? Médias

L’industrie de la musique, longtemps considérée comme le martyr culturel principal des changements des usages provoqués par le numérique, ne serait-elle pas en train d’enfin prendre une revanche grâce un retour de la télévision musicale ? 

Quelle place pour la musique à la télévision aujourd’hui?

Spotify, Deezer, et une foule d'autres services de streaming sont en train de devenir les moyens de facto pour les consommateurs d'écouter de la musique légalement sur Internet, et le débat continue pour savoir si c'est une bonne ou une mauvaise chose pour les musiciens. 

Mais qu’en est-il pour l'avenir de la diffusion de clips et de programmes musicaux à la télévision ? 

Les possibilités de découverte sans fin ouvertes à nous grâce à Internet ont eu des conséquences importantes sur le taux d’écoute de radios grand public et des chaînes de télévision musicales qui, à l’inverse, imposent un fil contenu de chansons et clips qui ne peuvent pas être contrôlés par le consommateur.

Avec le passage progressif des contenus de la chaîne MTV de clips de musique à une programmation majoritairement composée d'émissions de télé-réalité, ce phare culturel qui a façonné les goûts musicaux de plusieurs générations de jeunes adultes a laissé un grand vide, qui a été remplacé dans les usages par un visionnage de clips de façon aléatoire sur des services de streaming vidéo, où à l’écoute de playlists et radios personnalisées sur divers services de streaming musical.

En France, le déclin des contenus musicaux à la télévision engendré par la “révolution numérique” a été souligné par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) dans un rapport publié le jour de la fête de la musique (alors que les principales émissions musicales du service public, CD’aujourd’hui, Taratata et Chabada venaient d'être supprimées des antennes).

"Il convient d'examiner les moyens de repenser l'exposition de la musique aux heures de forte audience", estime le CSA, appelant notamment les chaînes et les professionnels de la musique à "se rapprocher" pour y réfléchir, déplorant que l'offre musicale sur les chaînes gratuites entre 20h30 et 23 heures ait baissé de 66 % depuis 2007. 

Les émissions musicales représentent actuellement près de 12 % de l'offre de programmes sur les chaînes gratuites, dont près de 7 % consacrés à des "vidéomusiques" (clips), indique le CSA dans ce rapport sur l'offre musicale entre 2007 et 2012. L'offre de musique à la télévision est concentrée sur les chaînes spécialisées : 42 % de cette offre est diffusée sur D17, 28 % sur W9 et 13 % sur M6, tandis que les chaînes publiques en assurent 15 % (3 % pour France 2, 3 % France 3, 1 % pour France 5, 3 % pour France 4 et 5 % pour France O), et TF1 2 %. Cependant, entre 20h30 et 23 heures, la musique ne représente plus que 3,5 % de l'offre de programmes, ajoute le CSA, regrettant que "la majorité de l'offre" se concentre "sur des diffusions nocturnes et matinales".

Revolt TV : un MTV 2.0 ? 

Ce pari de repenser la présence de la musique à la télévision, c'est justement celui que relève le producteur/rappeur/entrepreneur Américain, Sean "Puff Daddy" Combs et son co-fondateur Andy Schuon, avec l’annonce cette semaine du lancement d’une nouvelle chaîne de musique câblée pour l’âge des médias sociaux : Revolt TV

 

La chaîne souhaiterait justement ramener le jeune public vers la découverte musicale par la télévision et non sur internet, avec une programmation rappelant la grande époque de MTV, composée de clips, de programmes montrant les coulisses de la vie des artistes et des actualités musicales. 

“Tout comme on regarde CNN pour les dernières actualités, ou ESPN pour le sport - d’ici six mois on espère que Revolt sera la même chose pour la musique", a déclaré Andy Schuon, co-fondateur de la chaîne. "Il y a tellement de façons d'agréger et de faire sa curation musicale avec des outils numériques, mais rien de tout ça est en train de se passer à la télévision (un média basé sur la linéarité) d'une façon nouvelle et excitante."

Revolt TV compte tout de même intégrer à la chaîne certains aspects sociaux et collaboratifs propres à la consommation de contenus culturels de l'époque post-web 2.0.
Ainsi, les spectateurs seront encouragés à soumettre leurs propres contenus et à collaborer à la programmation.
Dans la vidéo d’annonce du projet Puff Daddy déclare “tout ce que vous avez à faire pour contribuer est de tweetter le lien vers votre vidéo, accompagné du hashtag #Iamrevolt, et on vous retrouvera.” 

Un Pari Risqué ?

C'est un choix intéressant : bien que la chaîne Revolt se veuille être une télévision d’un nouveau genre, elle est pourtant uniquement disponible sur le réseau câblé Américain Time Warner - une équivalence web n’est pas du tout prévue pour l’instant, mise a part quelques clips. Lancer un média aujourd’hui, à destination des 15-35 ans sans le rendre disponible sur Internet est effectivement une stratégie intéressante, compte tenu des chiffres croissants de désabonnements des chaines câblées et du fait que le nombre de jeunes qui ne possèdent même pas de télévision (consommant leurs contenus de divertissement sur internet) est de plus en plus importante.
Pourtant, il y a quand même un intérêt de la part des annonceurs pour les programmes de musique à la télévision qui résonnent avec un public jeune.
“On n’attend pas à ce que ce soit des géants en termes d’audience, mais ils restent intéressants tant qu’ils touchent ce public jeune qui est difficile à atteindre car il regarde de moins en moins la télévision traditionnelle” déclare Sam Armando, senior vice-président de la veille stratégique au Groupe Publicis.

La valeur du direct

La chaine Revolt compte en revanche profiter de l’un des filons les plus viables encore pour optimiser le tarif de ses revenus publicitaires : la diffusion d’événements en direct, comme des concerts et cérémonies de remise de prix. Car le direct ne permet pas zapper les tunnels publicitaires, comme c'est de plus en plus le cas pour des contenus enregistrés ou en VOD.

Le Directeur Général de Revolt TV, Keith Clinkscales est convaincu que la musique va encore jouer un rôle important à la télévision.
"Je ne pense pas que nous puissions revenir à une époque où les gens couraient à la maison pour regarder la première du clip de Thriller à la télévision, Mais il y a différents types de nouveaux moments que nous pouvons créer. Nous voulons faire partie du processus viral, et on peut toujours trouver 24 heures de contenus à diffuser autour de la musique”. 

Chloe Rhys Chloe Rhys le 08/11/2013

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