Éducation

#FUN : la France lance son Université numérique

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En février dernier, le gouvernement adoptait une feuille de route ambitieuse sur le numérique, avec une priorité donnée à la jeunesse, à l'école et à l'université. Dans ce cadre, c'est son propre MOOC (Massive Open Online Classes, une plateforme de cours en ligne) qu'a ouvert le Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche le 2 octobre dernier. France Université Numérique, c'est son nom, veut mettre "le numérique au service de la réussite des étudiants, de la démocratisation et du rayonnement de l’enseignement supérieur français". Et voici comment.

Utiliser le numérique pour faciliter toutes les étapes du parcours de l'étudiant : voici l'ambition de France Université Numérique (FUN), la plateforme de cours en ligne lancée mercredi 2 octobre dernier par Geneviève Fioraso, Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR). Orientation, formation initiale, insertion professionnelle et formation continue : aucun aspect de l'éducation n'est oublié dans ce projet que le Ministère a présenté à la presse et aux acteurs du monde de l'éducation. En 5 axes et 18 actions, il veut dessiner un nouveau rapport de l'élève à l'éducation tout en engageant la France dans la course mondiale à l'excellence universitaire.  
 

 
Un nouveau rapport de l'élève à l'éducation

C'est bien connu : les digital natives sont nés avec une souris au bout du doigt, et ce n'est pas à l'école qu'ils peuvent apprendre les compétences et l'agilité numérique nécessaire à leur employabilité dans le monde qui vient. Si cette vision idyllique n'est pas tout à fait vraie (les jeunes sont ne sont pas égaux dans leur maîtrise des nouvelles technologies, d'où l'intérêt d'ailleurs que l'école leur apprenne aussi cette compétence), ils sont en tout cas très demandeurs d'une école plus numérique... qui passe notamment par les cours en ligne, comme le montre cette infographie du MESR : 

Pour Geneviève Fioraso, la plateforme FUN sera l'occasion de pratiques pédagogiques nouvelles : une "université performante, ouverte sur le monde et solidaire, mettant les étudiants au coeur du projet pédagogique". La ministre en veut pour preuve la démultiplication des interactions constatées sur un cours de type MOOC par rapport à un cours magistral traditionnel : si dans ce dernier, on compte une dizaine d'interactions en moyenne, un cours en ligne peut totaliser 1400 posts sur les forums et 1000 sur les réseaux sociaux. 

Bien pensés, les cours en ligne peuvent autonomiser les étudiants tout en permettant d'assurer un meilleur suivi, selon François Taddei, directeur de recherche à l’Inserm et membre du Haut Conseil de l’Éducation : 

"On doit penser toute la chaîne de l'enseignement et orienter les étudiants vers les contenus qui vont les intéresser. Ce qui est intéressant avec le numérique : on va pouvoir enregistrer toutes les interactions des étudiants avec les contenus, et ainsi pouvoir savoir quand ils décrochent". 

Pour François Taddei, on peut même aller jusqu'à permettre aux étudiants de participer à la création de nouveaux cours.


Les universités pourraient ainsi réduire le nombre de décrocheurs en favorisant une culture du "oui", selon François Taddei : plutôt que de brider les étudiants dans des parcours universitaires parfois rigides - qui les amènent trop souvent à dire "non" - la multiplication des options et des parcours à la carte pourrait ouvrir davantage les universités et créer des vocations. Quand on sait que 77% des étudiants seraient incités à découvrir d'autres matières s'ils avaient accès à des cours en ligne, on imagine sans peine que l'accès à l'information et aux ressources éducatives puisse faciliter leur orientation. 

 

Un MOOC pour former aussi les enseignants ?

En 2017, 100% des étudiants disposeront de cours numériques de qualité, pour tous les parcours, a promis Geneviève Fioraso. Mais pour en arriver là, il y a évidemment du pain sur la planche. La formation des enseignants tout d'abord, question sur laquelle la Ministre travaille encore, avec déjà quelques moyens actés : 500 postes dédiés au numérique seront créés par le Ministère sur le territoire, soit 10% des 1000 créés chaque année, pour remplir notamment cette fonction. Parce que le numérique ne remplace pas l'humain, un système de tutorat est prévu dans les établissements.


Cela tombe bien : la formation tout au long de la vie fait aussi partie des priorités de la plateforme. Elle doit d'ailleurs permettre de rapprocher l'université de l'entreprise : regrettant que trop peu de sociétés fassent appel au formations universitaires pour la formation de leurs salariés, François Germinet, le Président de l'université de Cergy-Pontoise a indiqué avoir bon espoir que la plateforme FUN contribue à changer la donne "d'ici 5 à 10 ans".

Mais pour que les cours issus des MOOCs s'intègrent bien dans un monde professionnel encore largement basé sur la valeur du diplôme, la diplomation est un dossier sur lequel le Ministère doit avancer avec les grands MOOCs, a annoncé la Ministre. Actuellement, seules des certifications permettent de valider les cours suivis en ligne, ce qui ne permet pas encore de poursuivre dans des filières plus classiques après un MOOC ou de convaincre certains employeurs, par exemple.  


Lancer la France dans la course à l'innovation éducative grâce à l'innovation ouverte 

L'autre grand enjeu de France Université numérique, c'est l'ouverture du système universitaire français - aussi bien dans nos frontières, aux entreprises et à l'écosystème de l'innovation éducative, startups en tête, qu'à l'international pour placer la France dans la course mondiale à l'excellence universitaire. 

"Dans la course à l'innovation, le MOOC est un instrument de soft power, de smart power : nous sommes dans le champ de la transformation de la société" a déclaré Fleur Pellerin, Ministre déléguée aux PME, à l'Innovation et à l'Economie numérique. "Ne laissons pas de nouvelles plateformes hégémoniques capter toute la valeur dans le secteur des MOOCs", ajoute-t-elle.

Pour cette raison, FUN se veut international et s'adresse à l'ensemble du monde francophone. C'est Yamina Benguigui qui l'explique en parlant de l'attractivité du Français comme langue internationale d'enseignement. La Ministre déléguée chargée des Français de l'étranger et de la Francophonie, qui prépare le lancement à Brazzaville du programme "100 000 professeurs de français pour l'Afrique" présente les MOOCs comme un moyen de combler le fossé entre le Nord et le Sud : "C'est une révolution solidaire, c'est une révolution égalitaire qui va rapprocher les étudiants des 5 continents !"

Dans l'hexagone, la plateforme a été pensée pour mettre en réseau les entreprises. Pour Françoise Colaitis, déléguée Adjointe du pôle de compétitivité Cap Digital, FUN pourrait être un levier de développement d'une filière industrielle autour des MOOCs. 

L'un des moyens de développement de cette filière, c'est bien sûr la recherche et développement : comme Bernard Stiegler avant lui, Albert-Claude Benhamou, le délégué interministériel pour l’éducation numérique en Afrique en appelle à "faire émerger une recherche numérique mondiale autour de ces pratiques de partage du savoir". L'impact des MOOCs sur l'éducation est d'ailleurs un domaine de recherche qui s'ouvre en ce moment, notamment aux Etats-Unis.

Avec ces modalités, la plateforme FUN est-elle une bonne solution pour stimuler l'innovation éducative ? Si son lancement a été, dans l'ensemble, bien accueilli par les professionnels du secteur, certains comme Gilles Babinet, "Digital champion" des enjeux numériques pour la France auprès de la Commission Européenne, ou le Syntec Numérique, le syndicat des professionnels du secteur, ont regretté que le gouvernement ait choisi une solution "centralisée" à sa base plutôt que de compter sur l'initiative des startups. Cependant les entreprises françaises n'étaient pas particulièrement proactives dans le domaine des cours en ligne ; l'initiative France Université Numérique a ainsi le mérite de les mobiliser et de lancer une dynamique (ce sont 12 millions d'euros qui ont été dégagés sur l’actuel programme Investissements d’avenir). Une Fondation dédiée devrait également être créée début 2014, selon la Ministre.


Découvrez les premiers MOOCs de la plateforme !

En s'intéressant de près à la plateforme, maintenant, on découvre la présentation de quelques-uns des 20 MOOCs actuellement en cours de développement, et qui seront disponibles dès janvier 2014. Des partenariats avec des universités prestigieuses comme l'Ecole Centrale permettent d'assurer les contenus, quand les cours ont été pensés pour attirer un grand nombre d'étudiants grâce au concours de professeurs renommés. Le mathématicien Cédric Villani, médaille Fields 2010 et directeur de l'Institut Henri Poincaré, s'est par exemple personnellement chargé de préparer deux cours pour la plateforme, comme il l'explique dans la vidéo ci-dessous.

Parmi les cours annoncés, on note une expérience de classe inversée en première année des études de santé avec l'Université Joseph Fournier de Grenoble, un ABC de la gestion de projet avec l'Ecole Centrale de Lille, des cours de droit assurés par des professeurs de l'Université Paris II-Panthéon-Assas... A côté des sciences humaines ou de l'environnement, le numérique s'assure une belle part dans les sujets d'apprentissages avec des MOOC sur le transmédia storytelling, les réseaux mobiles ou encore la fabrication numérique.

Vous voulez vous lancer dans l'aventure ? En attendant janvier, vous n'avez plus qu'à surveiller la plateforme sur les réseaux sociaux : les inscriptions vont ouvrir dans le courant du mois d'octobre.

Tommy Pouilly le 04/10/2013
Tommy
Tommy Pouilly le 04/10/2013
Photographie : (capture d'écran)

3 Comments


Mam'selle Scarlett

Cédric Villani médaille Fields. Waouh. Ça me fait toujours quelque chose de voir se mouvoir un humain aux capacités intellectuelles hors normes.
Je n'avais jamais eu l'occasion d'entendre un médaille Fields s'écouter parler. C'est impressionnant.
Cet homme m'a fait peur. Sa broche n'y est certainement pas étrangère. Au moins sur un MOOC, cette broche nous sera épargnée.

le 07 October 2013
France 3 Limousin

Plan Université Numérique : avec son campus virtuel l'Université de Limoges a déjà une longueur d'avance limousin.france3.fr/.../...ur-d-avance-333057.html

le 07 October 2013
Jean-Paul Debeuret

Vous trouverez ci-dessous un retour d’expérience suite à l’organisation  du premier MOOC de l'entrepreneuriat www.passeportpourentreprendre.com par www.tvdesentrepreneurs.com, télévision de formation sur internet qui propose l'accès à 1000 formations enregistrées en vidéo par 300 experts et accessibles par abonnements,
Pour organiser un MOOC, il faut:
-des ressources pédagogiques adaptées principalement des  contenus en rich media ( vidéo+textes+tableaux)  et non des copies de livres mis en ligne
-une plate forme pour gérer les inscriptions, les relations avec les apprenants, les examens
-des questionnaires pour faire passer les examens
-de l'animation au quotidien pour ne pas que les inscrits s'arrêtent en chemin
En conclusion des investissements relativement lourds que nous n'aurions pas pu mobiliser si www.tvdesentrepreneurs.com, n'avait pas les ressources pédagogiques et l'expérience de la formation à distance.
Mais cela ne suffit pas:
-il faut communiquer en amont, convaincre les personnes intéressées à s'inscrire. Dans notre cas cela c'est fait sans le soutien de Pôle Emploi (40% des créateurs sont des chômeurs), sans celui de l'APCE ( sûrement jalouse de n'avoir pût monter ce MOOC) , sans celui de F Pellerin ( qui veut créer une école de l'entrepreneuriat)
-réussir à trouver un business modèle car par principe un MOOC est gratuit.

www.passeportpourentreprendre.com a été une réussite: des milliers d'inscrits, des participants satisfaits et une expérience acquise pour les organisateurs qui sera mise à profit dans le futur.
www.passeportpourentreprendre.com sera réorganisé 4 fois en 2014 et www.tvdesentrepreneurs.com organisera 3 autres MOOCs pour couvrir toute la vie de l'entreprise: www.passeportpourgerer.com, www.passeportpourdevelopper.com, www.passeportpourtransmettre.com

Apparemment la plate forme FUN sera réservée aux universités. Nous le regrettons. De plus comme le processus sera subventionné il va créer de la concurrence déloyale avec les entreprises privées.

le 16 October 2013

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