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Bernard Stiegler : l'économie de la contribution... ou le chaos ?

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"La société contemporaine est devenue massivement indigne" du fait des dérives du capitalisme, juge le philosophe Bernard Stiegler dans une interview accordée à l'Express à l'occasion de la sortie de son livre "Pharmacologie du Front National". Sa thèse ? Le FN entrera au gouvernement dans les années qui viennent, si on n'agit pas rapidement. Pour éviter ce scénario, il propose d'accélérer la mise en oeuvre d'une économie contributive, fondée sur le numérique, seul moyen selon lui de maintenir les savoirs et de valoriser les hommes afin de les éloigner de l'extrême droite. 
 

Le problème : un modèle à bout de souffle

Si les Français sont 40% a se déclarer en accord avec les idées du Front National, c'est qu'ils "savent très bien que le modèle du XXe siècle est épuisé et attendent des responsables politiques un discours clair sur ce point". Il ne faut pas les diaboliser, prévient Bernard Stiegler, mais comprendre qu'ils souffrent - et leur souffrance les conduit à s'en prendre à des boucs émissaires (immigrés, fonctionnaires, étrangers), provoquant l'adhésion aux idées du FN par un mécanisme régressif :

"Quand on est maltraité, on tend à maltraiter plus faible que soi. Lorsqu'il s'agit d'une souffrance collective, le groupe se met à désigner un autre groupe comme la cause de ses malheurs, selon la logique du pharmakos (la victime expiatoire en Grèce antique)". 

Au coeur du problème selon lui, le fait que le modèle de consommation qui était synonyme de progrès tout au long du XXème siècle est devenu un consumérisme nocif : 

"C'est la logique de ce que Platon appelait un pharmakon : un remède qui peut toujours devenir un poison. C'est aussi ce que Paul Valéry, Sigmund Freud et Edmund Husserl constatent entre les deux guerres mondiales - au moment où le fascisme puis le nazisme s'emparent de l'Europe". 

"Quand le pharmakon devient toxique, on cherche un pharmakos", conclut le philosophe - et la boucle est bouclée. Aujourd'hui comme en 1929, on trouve une "insolvabilité généralisée" qui a "dégradé les consommateurs sur les plans physique et psychique". Quatre ans après, c'était l'arrivée d'Hitler au pouvoir : et si le Front National répétait l'histoire ? Bernard Stiegler le craint en observant la révolution conservatrice, "fondée sur l'idée qu'il valait mieux liquider l'Etat et financiariser le capitalisme"... et qui a engendré selon lui le chômage de masse.
 

La solution : une nouvelle donne industrielle

Pour Bernard Stiegler, un nouveau modèle industriel doit être fondé en France et en Europe sur une toute autre logique, qu'il nomme économie de contribution : "Les réseaux numériques ne fonctionnent que parce que les internautes alimentent le Web. Cette infrastructure rend possible une économie de partage des savoirs", explique-t-il.

Alors que l'automatisation menace l'emploi salarié, il s'agit de redistribuer les savoirs en recherchant la "capacitation" des gens - cet esprit de "débrouillardise" grâce auquel, à misère égale, "les habitants du Bangladesh (ont) un taux de mortalité plus bas que ceux de Harlem à New York". Dans cet esprit, "le régime des intermittents du spectacle est un bon modèle qui permet d'alterner travail et création".

Pour former en masse les Français au numérique la France doit, avec l'Europe, "offrir chaque année et dans toutes les disciplines des centaines de bourses de thèses consacrées à l'impact du numérique sur toutes les formes de recherche et d'enseignement". Ces thèses devraient permettre de mettre en oeuvre de "nouveaux instruments du savoir" à l'école, dans la société et l'économie pour "faire la transition entre le consumérisme et le nouveau modèle industriel".

Pour en savoir plus, vous pouvez lire ici, sur le site de l'Express, l'intégralité de l'entretien avec Bernard Stiegler. "Pharmacologie du Front National", son dernier livre, est disponible notamment ici - ou dans toute bonne librairie de quartier.

Tommy Pouilly (@5h55) le 25/09/2013
Tommy
Tommy Pouilly (@5h55) le 25/09/2013

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