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Markus Barnikel, Carpooling : « il faut briser l'élitisme de la consommation collaborative »

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« La consommation collaborative est encore un mouvement élitiste. Nous devons briser cela ». C'est ce qu'explique à OuiShare Markus Barnikel, CEO de Carpooling. Pour lui, le covoiturage est l'un des exemples les plus convaincants pour initier les gens à l'économie du partage. 

Les choses changent, dans le domaine de la mobilité. La voiture est de plus en plus décriée pour sa cherté, son impact sur l'environnement et sur l’éloignement de l’habitat, du travail et des loisirs - on estime que l'étalement urbain est responsable de la disparition de la surface d'un département français sous le béton tous les sept ans. Surtout, c'est le mode de transport le plus inefficient qui soit : le nombre de voitures sur les routes congestionne les abords des villes alors que chaque véhicule n'est occupé que par 1,2 personne en moyenne en Europe - c'est ce que rappelle Markus Barnikel pour qui « le covoiturage permet un meilleure usage de la capacité des véhicules ».

En cherchant à rentabiliser ainsi un objet qui reste inutilisé 92% du temps, les adeptes d'autopartage valorisent l'usage au détriment de la possession, et dessinent de nouvelles perspectives. 

Des pratiques émergentes

Dans tous les pays, le covoiturage est entraîné par le mouvement global d'augmentation des pratiques de consommation collaborative, explique OuiShare, pour qui l'accès à Internet via les smartphones et la crise économique ont joué un rôle important pour ouvrir à nouveau l'esprit des gens au partage. Markus Barnikel explique :

«Les gens sont prêts à payer pour un service qui leur permet d'économiser beaucoup d'argent, est pratique, bon pour l'environnement et leur permet de rencontrer des gens... Tous les utilisateurs ont des motivations différentes, mais dans l'ensemble le concept est convaincant à un grand nombre de personnes. »

Ces pratiques varient d'un pays à l'autre : l'entrepreneur note un modèle français stimulé par les collectivités, qui ont porté les projets Vélov-Vélib puis Autolib. En Allemagne, on attend davantage le changement du côté des collectivités, explique-t-il. D'autres marchés sont intéressants pour des raisons historiques, comme la Pologne qui a une tradition de l'auto-stop développée sous la domination soviétique. Aux Etats-Unis enfin, les villes taillées pour la voiture individuelle ne rendent pas le marché du covoiturage facile, mais celles qui ont une plus grande tradition du transport en commun comme New York, San Francisco ou Seattle ont un bon potentiel selon Markus Barnikel.
 

Les constructeurs jouent le jeu

Qu'est-ce qui pousse un constructeur automobile comme Daimler - qui a investi 10 millions de dollars dans Carpooling - à intégrer ces usages qui pourraient faire baisser les ventes de voitures ? Markus Barnikel explique que c'est une occasion pour les fabricants d'atteindre des clients qu'ils n'auraient pas autrement :

« Parmi les 70 personnes qui travaillent dans nos bureaux à Munich, un seul a une voiture. Les autres viennent soit en vélo, à pied ou avec les transports en commun. Beaucoup de ces gens sont prêts à utiliser, ou même à acheter une voiture s'ils peuvent la partager ».

Par ailleurs, une voiture plus utilisée s'use et se change plus vite : c'est ce qu'expliquait Thierry Viadieu, directeur du programme « Nouvelles Mobilités » de Renault au forum Ile-de-France 2030 le 22 février dernier. Prenant acte de la transformation des usages, le constructeur français s'intéresse aux systèmes embarqués et équipements facilitant le partage des véhicules. 
 


Un service de mobilité intégrée jusqu'au dernier kilomètre

Pour le CEO de Carpooling, l'avenir des mobilités est à l'intermodalité. Son entreprise construit des partenariats avec des transporteurs de différents horizons : en Allemagne, le service de covoiturage est ainsi le second vendeur de billets de train suite à son rapprochement avec la Deutsche Bahn.  

Pour sa plateforme, il imagine un système social, intermodal qui permet aux utilisateurs de réserver toutes les étapes de leur voyage avec un seul service intégré. L'intérêt d'un tel système : permettre aux gens de comparer les différents modes de transport en fonction de critères tels que le prix, le temps de trajet ou les émissions de CO2... et offrir des solutions de mobilité globale et intégrée de porte à porte.
 

Prochaine étape : le covoiturage en temps réel

Imaginez : au moment d'entrer dans votre voiture, vous indiquez votre destination au système de navigation. Connecté à Internet, celui-ci calcule votre itinéraire. Ensuite, tout au long de votre déplacement, il vous met en relation avec des piétons qui, croisant votre chemin, cherchent justement un trajet dans la même direction... pour un prix modique, vous avez ainsi rentabilisé votre trajet ; quant au piéton et à tous ceux qui ne disposent pas d'une voiture, c'est pour eux une formidable explosion de l'offre de mobilité.

Un projet utopique ? Pas pour Markus Barnikel, qui cite Lyft.me ou Sidecar, qui aident déjà les gens à trouver des trajets pour les courtes distances dans les zones urbaines. Mais l'entrepreneur estime que la masse critique nécessaire est encore loin d'être atteinte pour que le covoiturage atteigne sur les trajets du quotidien sa performance acquise sur les longs trajets.

Pour l'avenir, Markus Barnikel est en tout cas très optimiste : 

« En 1999 les gens disaient "Internet est juste un effet de mode, c'est pour une élite urbaine, les gens ne l'achèteront pas". Aujourd'hui j'entends la même chose à propos de la consommation collaborative... et je pense que l'histoire va se répéter encore une fois. » 

Tommy Pouilly (@5h55) le 04/03/2013
Tommy
Tommy Pouilly (@5h55) le 04/03/2013

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