Éducation

Stephen Heppell : donner la parole aux digital natives pour faire progresser l'apprentissage

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Pendant deux jours, nous vous faisons vivre les meilleurs moments du BETT 2013. Intervenant très attendu dans l’arène, Stephen Heppell est un habitué du BETT. Au cours de la dernière décennie, ce professeur spécialisé dans les nouveaux médias à l'université de Bournemouth en Angleterre s’est imposé comme l’un des plus grands experts de l’éducation « numérique » en Europe. Entre deux interventions, il a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions.

Précurseur, Stepen Heppell s’est lancé dans l’aventure de l'éducation et du numérique dès le début des années 90 avec  Ultralab, le premier centre européen de recherche sur les technologies de l'apprentissage.

Chaque année pendant quatre jours, ce pionnier enchaîne les présentations devant les visiteurs du BETT. Objectif : donner aux enseignants, aux responsables politiques et à tous les professionnels du secteur, les outils pour faire fleurir le numérique de manière intelligente dans la sphère éducative.

RSLN : Dès les années 90, vous avez intégré le numérique à différentes méthodes éducatives. Comment aviez-vous senti que le numérique pouvait révolutionner l’éducation ?

Stephen Heppell : « En vérité, nous avons commencé avant même qu’Internet ne se soit véritablement codé et démocratisé. En 1993 nous utilisions déjà le multimédia et les messages télétextes à des buts éducatifs. Personne d’autre ne faisait ça à l’époque. 

Nous avions réalisé que connecter les gens entre eux, les mettre en réseau, fonctionnait déjà bien, avant même que le World Wide Web n’arrive finalement. Mais nous avions encore beaucoup de difficultés. L’arrivée du web fut déterminante. Il nous a facilité la tâche. »

Pensez-vous que l’éducation par les outils numérique soit accessible à tous ? 

« Les projets intégrant le numérique dans l’éducation ne sont pas forcément coûteux. C’est ce que j’expliquais hier aux ministres pakistanais et lybiens que j’ai rencontrés. Les nouvelles technologies ne sont pas nécessairement onéreuses et on peut faire des choses formidables avec de  petits ordinateurs.

Dans les pays en développement, ils n’ont pas besoin de passer par toutes les étapes par lesquelles nous sommes passés. Ils peuvent utiliser directement ces outils numériques. On pourrait changer l’Afghanistan avec des écoles ! »

Ne craignez-vous pas que l’on y voit une sorte d’exportation du modèle occidental vers des pays moins développés ? 

« Ici il ne s’agit que des outils. Et le sujet n’est pas ce qu’ils ne savent pas mais bien ce qu’ils savent. Dans chaque pays on trouve de nouvelles connaissances et de nouvelles méthodes. Le but n’est pas de les changer mais de faire en sorte de les répandre et de les partager via le numérique.

Nous pouvons apprendre beaucoup de ce qu’ils savent ! Il s’agit d’apprendre tous ensemble en tant que communauté. Ici nous faisons des démonstrations de méthodes mathématiques japonaises que les élèves ont apprises par le biais de vidéos en ligne. » 

À l'échelle européenne, de quelle façon réagissent les politiques vis à vis de l'éducation et du numérique ? 

« En Europe, nous avons pour habitude de croire en ce que nous avons déjà connu et en ce que nous avons vu. Pour autant, nous en savons beaucoup plus sur la manière dont on apprend aujourd’hui. Nous avons des études sur l’aspect cognitif des technologies

Mais il y a une sorte de paradoxe chez les responsables politiques. Ils pensent « le siècle dernier nous faisions telle chose, à l’avenir faisons telle autre. » Mais tout à la fois ils se disent « voilà ce que je faisais quand j’étais plus jeune, il faut que les jeunes d’aujourd’hui aient accès à la même chose. » 

J’ai rencontré les ministres de l’éducation de différents pays de l’Union Européenne récemment, et pour moi c’était une évidence : certains regardaient vers l’avenir pendant que d’autres calquaient leur programme sur le passé. Il ne faut pas penser à créer un meilleur apprentissage pour les jeunes, mais créer un meilleur apprentissage avec les jeunes. Il faut leur donner la parole. » 

Photographie : Photo par RSLN

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