Entretien avec David McCandless : l'information par la visualisation

Entretien avec David McCandless : l'information par la visualisation Blog

Quand on évoque la datavisualisation, en télévision, publicité, presse ou Internet, il est difficile de ne pas parler de David McCandless. Pionnier du design d'information, il est le prochain invité des Rencontres RSLN organisées dans le cadre des Techdays au Palais des Congrès le vendredi 14 février prochain (entrée libre, inscription ici). 

Autrefois spécialisé dans les jeux vidéo, David McCandless s'est peu à peu diversifié. Depuis la publication de son livre « Information is beautiful » en 2009, il est devenu l'une des références internationales du journalisme de données. S'il navigue entre différents secteurs, le « pape de la datavisualisation » répète toujours la même règle : les données doivent transmettre une véritable information pour être traitées et permettre ainsi de raconter une belle histoire.

RSLN : Ces dernières années, vous avez multiplié les projets et les réalisations. Si vous deviez en sélectionner deux, parmi les plus marquants, ce serait lesquels ?

David McCandless : Journaliste et écrivain, l’un des plus gros projets de ma vie - pour le moment - a été mon livre « Information is beautiful », une collection de plus de 200 infographies et visualisations de données. Les chiffres et les données sont mis en valeur graphiquement pour que tout le monde puisse les comprendre. Le langage visuel ici explicite des modèles, des informations qui ne seraient pas nécessairement compréhensibles dans un texte. Pour moi c’était comme une cartographie d’informations. Le livre a très bien marché : nous en avons vendu 100.000 exemplaires et il a été traduit en 10 langues. Je suis flatté d’avoir eu autant de succès. Ça a été l’une des expériences les plus importantes de ma vie.

J’interviens également dans de nombreuses conférences, j’aime travailler avec les gens pour les aider à explorer leur créativité. Dans le design d’information, on doit être concis et manipuler les données pour qu’elles soient intelligibles visuellement, qu’elles aient de l’impact et surtout, qu’elles racontent une histoire. C’est une nouvelle forme d’expression.

Comment définir le design d’information ?

Quand on parle de design d’information, on parle soit de data-visualisations, soit d’infographies. Mais la distinction reste souvent floue entre les deux. Dans le cas des data-visualisations, on utilise des données informationnelles que l’on met en forme en utilisant des outils dédiés. Quand on collecte et qu’on organise ces visualisations dans une série, et qu’on les lie ensemble, on obtient un « graphique narratif » où on peut explorer une idée. Ces deux formes utilisent le design d’information. Donc c’est l’idée que l’on peut traduire le langage de l’information à savoir des mots et des chiffres, dans le langage du design d’information visuel qui se base sur les couleurs et les topographies. Ce sont deux langages différents pour l’information.

Là où l’on trouve la forme la plus pure de design d’information, selon moi, c’est sur le web. Notre niveau de confiance est corrélé à la manière dont l’information est mise en forme. Regardez un site Internet avec une mauvaise mise en forme, vous serez moins susceptibles de croire ce que vous y verrez que si le site était mieux travaillé graphiquement. Donc les deux travaillent main dans la main. C’est un nouveau langage que nous parlons maintenant : celui des « informations visualisées ».

Pourquoi avoir choisi cette voie d'information ?

J’ai commencé en 2007, j’étais journaliste, et à un moment donné, je me suis senti submergé par les informations. J’ai donc cherché un moyen de mettre de l’ordre et de leur donner du sens. C’est là que j’en suis arrivé au design d’informations et aux graphiques. En vérité, j’ai été surpris que les gens aient été aussi enthousiastes. Mais j’ai décidé de me lancer et de traiter ces données de manière journalistique.

Pour vous, quelle est la recette d’une datavisualisation réussie ?

Je dirais qu’il y a quatre ingrédients pour une bonne visualisation de données. Ils se divisent en deux catégories : l'information et la visualisation.

Pour l’information, il vous faut deux choses : une très bonne donnée, c’est-à-dire une donnée juste, qui a du sens et qui transmet véritablement une information, bien cherchée, une « belle donnée. » et elle doit être intéressante, elle doit avoir une portée, une révélation, quelque chose qui lui donne de l’énergie : « une belle histoire ».

Pour la visualisation, le design doit être fonctionnel - on ne doit pas se perdre dedans - soit « une belle fonctionnalité » et ça doit être beau ! De belles couleurs pour « de beaux graphiques ».

Pouvez-vous nous parler de votre livre « Information is beautiful» ? Pourquoi avez-vous choisi de faire un livre pour parler de votre expérience de l’innovation dans le design d’information ?

Quand j’ai commencé mon livre, je n’avais pas encore de site. Je ne pensais pas que mes visualisations seraient si populaires sur le web. J’ai mis un an et demi à faire le livre et quand j’ai débuté, tous les libraires le refusaient en Angleterre parce que c’était un concept trop « high ». Puis j’ai décidé de poster certaines visualisations sur le web, et ça a été la folie : les gens étaient tellement enthousiastes ! Je ne m’y attendais pas, mais ça m’a motivé encore davantage. En très peu de temps des millions de personnes ont vu ces visualisations. Finalement au départ, j’ai choisi le format du livre parce que je pensais que c’était ce que les gens faisaient.

Vous avez travaillé pour quelques entreprises, dont General Electrics. Pourquoi être passé des médias aux entreprises ?

Quand j’ai commencé à mettre mes visualisations en ligne, beaucoup de gens les ont consultées, j’ai donc été contacté par plusieurs entreprises pour communiquer ou pour explorer leurs données. General Electrics étaient l'une d'entre elles. J’étais curieux et intéressé, elles étaient nombreuses à avoir de bonnes idées. Et elles avaient le budget pour faire des choses intéressantes. Le journalisme de données, ça peut prendre beaucoup de temps, c’est un travail intense. C’est vraiment bien de pouvoir être soutenu et d’avoir le temps et l’argent pour explorer ce que l’on a et tester de nouvelles idées.

Quand vous débutez la réalisation d'une datavisualisation, qu’est ce qui est différent entre celle d'un média et celle d'un projet pour une entreprise ?

D’habitude quand je travaille pour moi, j’ai tendance à me retrancher dans une cave et à n’en ressortir qu’avec quelque chose de fini. Avec une entreprise c’est plus ouvert et collaboratif, il faut partager le travail et on discute des directions que l’on va adopter. Mais c’est vraiment intéressant ! Il y beaucoup d’expérimentations possibles. Il n’y a pas de standards ou de règles. Les infographies, si elles sont bien faites, permettent vraiment d’accrocher l’attention et de communiquer de manière efficace. Nous vivons dans un monde avec un flux d’informations très important, c’est une logique de grignotage. Les dataviz et les infographies permettent de la consommer plus rapidement. Et ça, ça concerne aussi bien les individus que les entreprises, c’est aussi plus facile à partager.

Dans cette logique d’adaptation à la consommation et à la digestion rapide d’information, pensez-vous qu’une dataviz/infographie puisse raconter une histoire profonde et longue ?

Je pense que c’est une question de mise en forme. C’est presque comme manger un pudding, c’est très dense, vous en avez beaucoup dans un espace réduit. On peut vite être saturé. Donc tenter de raconter une histoire trop longue pourrait faire perdre l’efficacité de la visualisation. Avec des « motion-infographics » ou des visualisations interactives vous pouvez par contre en raconter plus. C’est une question de condensation de l’information, l’idée première est de donner une information courte et efficace.

De nos jours, les entreprises font face à des enjeux liés à la Big Data. Comment la datavisualisation peut aider à comprendre les changements dans le monde et comment ça peut nous aider à comprendre la révolution de la Big Data ?

Les visualisations permettent de donner un sens à la somme colossale de données que nous créons. Ça permet de comprendre les informations plus simplement dans la vie de tous les jours, notamment pour ceux qui veulent analyser et faire de la recherche. Les informations sont plus facilement saisissables. Et ça permet à des entreprises, notamment aux plus grosses, d’être visibles et de raconter une histoire les concernant. Les données sont un matériau que l’on peut manipuler. Si vous les traitez de la bonne manière, vous les faites s’épanouir. C’est un peu comme des graines et une fleur.

Pour venir écouter David McCandless à Paris le 14 février, inscrivez-vous ici ! Pour ceux qui ne pourront être présents, nous en reparlerons sur RSLN.

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