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Société

50 milliards d'objets connectés, et nous, et nous, et nous ?

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L'Internet des objets ? « Tout simplement le thème qui suscite le plus d'activité entrepreneuriale dans la Silicon Valley cette année ! ». C'est ainsi que Loïc Le Meur justifiait la thématique du Web'12, la grand'messe des entrepreneurs du web qui s'est tenue à Paris les 4, 5 et 6 décembre derniers.

Et pour cause : on prévoit au moins 50 milliards d'objets connectés en cartes SIM en 2020. Mais au fait, pourquoi connecter des objets ? C'est un peu la question qui a réuni les experts et analystes invités cette année. 

Voici donc un panel des meilleures réponses : celles du scientifique des données DJ Patil, de l'anthropologue Amber Case et du consultant Brian Solis. Tous s'accordent au moins sur un point : l'Internet des objets, ça reste « mon » Internet avant tout. 

> DJ Patil : l'Internet des données doit nous doter de nouvelles compétences

Pour le docteur DJ Patil, chercheur en résidence chez l'investisseur Greylock Partners, on devrait parler de « données des objets », et non d'Internet des objets. Déformation professionnelle de la part du « scientifique des données » ? Pas nécessairement : le pouvoir de ces objets, rappelle-t-il, c'est qu'ils produisent des données. 

Imaginez votre grille-pain contactant de lui-même le SAV de son fabricant, lorsqu'une de ses résistances menace de lâcher. Vos plantes tweetant qu'elles ont besoin d'eau. Votre porte-clé signalant sa position par GPS, votre pilulier vous avertissant de l'oubli de vos médicaments, ou votre boite au lettres signalant le passage du facteur : c'est tout cela, l'Internet des objets, ainsi que des appareils que l'on commence à peine à imaginer - comme cet outil qui mesure en permanence l'activité physique dans le but de motiver son propriétaire.

Mais surtout, l'internet des objets, c'est nous : ce sont des processus qui nous sont associés. Nous devons toujours les garder sous contrôle, car ils agissent comme des super-pouvoirs : ils augmentent en effet nos capacités. Pour le scientifique, il faut donc penser ces processus comme un nouvel ensemble de compétences qui nous sont destinées... à condition de trouver le moyen de les intégrer au mieux dans nos vies. 
 

> Amber Case : la meilleure technologie est invisible 

L'anthopologue américaine Amber Case, directrice du centre de R&D ESRI, voit les nouvelles technologies comme un prolongement naturel de nos corps. Et pour cause : le centre ESRI réfléchit à la conception de plate-formes où l'interaction physique - le toucher - n'est plus indispensable. 

Nous avons en mains des outils qui doivent être soignés, nourris et réconfortés, explique-t-elle : avec nos téléphones, nous sommes tous des cyborgs, car l'interaction avec la machine nous sert à nous adapter à un environnement changeant.

Ces extensions physiques de nous-mêmes existent depuis l'invention des premiers outils, comme le marteau ou le couteau, qui « ressemblent à ce que nous voulons faire ». La différence, avec les appareils modernes, c'est qu'ils ne ressemblent plus à ce qu'ils sont censés faire : leurs boutons sont « liquides ». Ces appareils sont de petite taille, et ils ont un immense impact sur de multiples facettes de la vie des gens.

La première force de ces appareils, c'est de rendre visible l'invisible. Par exemple, que pouvez-vous faire dès lors que votre téléphone sait, parfois mieux que vous, où vous êtes ? Amber Case explique que nous allons voir apparaître des « boutons invisibles »qui enclenchent des actions quand le porteur d'un téléphone entre dans un périmètre. Les usages peuvent être innombrables : du suivi de collaborateurs aux alertes à la population, en passant par le marketing localisé, les informations touristiques, les services domotiques... ou simplement la possibilité de laisser à nos amis des petites notes qui se déclenchent s'ils passent à un endroit donné ! 
 


Selon l'anthropologue, ce concept est né dans les années 70, où il a été baptisé « technologies calmes » : il s'agit d'une technologie ambiante, qui agit sans se faire remarquer et qui se fait oublier. Son « input », c'est nous : en connaissant le lieu où nous nous trouvons, la vitesse à laquelle nous marchons, l'heure de la journée, etc, nos smartphones deviennent une télécommande pour la réalité. Déjà, on peut faire en sorte que les lumières s'allument et s'éteignent à notre passage dans chaque pièce de la maison, simplement parce que nos avons cet outil en poche. 

Le « Quantified Self » a lancé le mouvement : nous avons maintenant le goût et l'habitude de rendre compte de nos humeurs et nos activités à travers toutes sortes de données personnelles. Mais la collecte des données n'est que la partie émergée de l'iceberg : l'essentiel restera toujours dans l'interprétation que nous en faisons. Nous avons des quantités de données, mais sur de nombreux appareils différents. Nous devons trouver un moyen de les relier toutes, car ce sont les questions d'interopérabilité qui freinent l'internet des objets. Il faut que la connexion, la contextualisation et la mise en relation des informations se fasse de façon fluide, sans avoir besoin de code, pour nous faciliter l'accès au sens et aux idées.

Autrement dit, pour nous faire savoir quelle est la route la plus sûre pour faire du vélo, connaître les rues les plus ensoleillées ou les moins venteuses à un moment donné, la meilleure technologie est invisible, conclut Amber Case. Et l'outil doit donc être un prolongement naturel de nos corps.

> Brian Solis : inventer des expériences qui méritent d'être partagées 

Ce n'est pas parce que l'Internet se déplace vers les objets, après avoir été "social", qu'il faut oublier que c'est bien l'Homme qui est au centre de ces technologies. Brian Solis repart donc de son concept-clé, qu'il nous avait exposé il y a deux ans : l'Algorithme humain, qui (re)place l'individu et le social au coeur du processus. « Nous ne sommes pas encore allés assez loin dans ce sens  », remarque-t-il :

« Nous construisons un réseau incroyable, où les gens, les infos et les expériences se rejoignent. Les gens s'inquiètent des big data, mais c'est ce que nous faisons avec elles qui compte, c'est de faire quelque chose avec elles qui importe. L'Internet des objets connecte des appareils et des personnes... mais quoi d'autre ? Il ne faut pas s'en tenir à une étiquette qui ne nous inspire pas ».

Grâce aux flux et aux capteurs qui mesurent nos comportements quotidiens, les entreprises ont désormais la possibilité d'aider leurs utilisateurs et clients à mieux comprendre qui ils sont, ce qu'ils font et ce qu'ils veulent être. Il invite donc les investisseurs, entrepreneurs web, journalistes et autres chefs d'entreprise à ne pas faire seulement ce que la technologie permet, à ne pas donner aux consommateurs seulement ce qu'ils demandent, mais d'inventer des choses auxquelles ils n'auraient même pas pensé, proposant de nouveaux modes de vie, qu'ils ne « savaient même pas qu'ils voulaient » :

« Vous avez le pouvoir de définir ce que nous faisons en tant que consommateurs. Alors, plutôt que de me proposer une technologie pour répondre à chacun de mes problèmes, je vous mets au défi de m'offrir des expériences qui vont changer mon comportement ».
 

Les expériences, c'est ce qui relie toutes ces informations, ce qui crée du sens pour nous, mais qui sert surtout, au final, à nous relier entre nous. Ce sont ces objets pensés, par exemple, pour nous rapprocher de nos amis et de notre famille, et qui se concentrent sur ce qui fait de nous de meilleurs êtres humains.

Pour lui, l'entrepreneur modèle de l'Internet des objets est donc un « architecte d'expériences », qui se vit avant tout comme un hacker : il force l'apparition de nouvelles tendances en invitant les gens à le suivre vers de nouvelles expériences, qui changent la façon dont ils communiquent, pensent et d'agissent. 

« Car après tout, c'est cela, la vie : créer et vivre des expériences qui méritent d'être partagées. Tout le reste, ce n'est que des données et de la technologie ! ».
Tommy Pouilly (@5h55) le 28/12/2012
Tommy
Tommy Pouilly (@5h55) le 28/12/2012

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