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Économie numérique

Assises du numérique : former les Européens aux emplois de demain

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Nous vous en parlions récemment, les Assises du Numérique ont réuni les professionnels du secteur les 29 et 30 novembre derniers au sein de l'université Paris-Dauphine. Outre les services et les objets connectés, la formation et l'emploi ont été au coeur des problématiques soulevées lors de l'évènement. Compte-rendu.

« Nous sommes en retard en matière de diffusion du numérique dans l'éducation ».

Cette fois, c'est Louis Gallois, le « monsieur compétitivité » du gouvernement qui le dit. Car le numérique a beau traverser toutes les sphères de la société, il exige que la population y soit formée afin d'en faire un levier pour la croissance et l'emploi. Aux Assises du Numérique, les professionnels se sont prononcés en faveur d'une action commune à l'échelle européenne.

> Un secteur des plus dynamiques

Si le numérique est un secteur d'avenir, c'est d'abord parce qu'il ne serait pas concerné par le chômage - ou en tout cas moins que les autres. C'est en tout cas ce qu'affirme Guy Mamou-Mani, Président de la fédération Syntec Numérique, qui a tenu à le souligner en tordant le coup à une « idée fausse », selon laquelle les 35 000 informaticiens au chômage seraient une plaie pour le secteur :

« Les données dont nous disposons sur l'emploi numérique sont fausses, explique-t-il. Les 364 000 emplois dont on nous parle dans le monde des logiciels et des services, et les 150 000 emplois dans le domaine du numérique se basent en réalité sur le code NAF informatique des entreprises, que la grande majorité des start-up n'adoptent pas. 

Alors certes, si on rapporte les 35 000 informaticiens au chômage à cette donnée, cela fait 10%, ce qui est beaucoup... mais si le secteur compte en réalité 1 million d'emploi - ce qui est probable - on tombe à 3%... ce qui correspond au plein emploi ! ».

Ce n'est pourtant pas l'avis de tout le monde, notamment après les derniers chiffres révélés par le Ministère du Travail. Mais pour lui, ce chiffre correspond aux recompositions nécessaires du secteur, avec des informaticiens qui peuvent parfois mettre du temps à redevenir employables lorsque, par exemple, ils doivent se former à une nouvelle génération de normes informatiques. Ce qui n'empêche pas de « tout faire pour assurer l'employabilité de ces gens » : pour Guy Mamou-Mani, développer une véritable filière de formation numérique en France reste une priorité.

 

> Repenser le système éducatif pour des profils plus qualifiés

Eric Hazan, Directeur Associé du cabinet Mc Kinsey & Company, souligne trois éléments essentiels à la naissance d'un écosystème numérique dans un pays : le capital humain, les infrastructures et le climat des affaires.

Si la France veut conserver sa place parmi les grandes puissances mondiales, elle doit passer à la vitesse supérieure en matière de numérique, explique Philippe Forrestier, directeur général adjoint de Dassault Systèmes : pour attirer et retenir les talents au sein de l'Hexagone, il nous faut repenser notre système éducatif à la lumière des besoins économiques de demain, notamment en matière de technologies.

« 90% des emplois vont être touchés par l'informatique dans les années à venir, confirme Françoise Gri, Présidente de ManpowerGroup France. Une partie de ces métiers va être définitivement remplacée par d'autres. Donc on ne peut pas dire que qui que ce soit ne sera pas concerné ».

On dit souvent que la France manque de profils qualifiés dans les domaines du numérique, notamment au sein des start-ups. C'est aussi l'avis de Marie Ekeland d'Elaia Partners, qui préside par ailleurs France Digitale :

« On a vraiment du mal à recruter. Nos start-ups recrutent, mais le retour principal est le suivant : "on n’arrive pas à recruter des profils qui correspondent aux compétences qu’on recherche".

Et ce n’est pas seulement au niveau des ingénieurs qu’on a ce manque, mais dans toute la chaîne des compétences numériques : le community management par exemple. Ce sont des formations qui ne sont pas suffisamment enseignées dans le supérieur. »

 

> Les salariés de l'entreprise 2.0, ces « mutants »

Manager un monde de l'emploi numérisé, c'est un vrai défi, annonce Françoise Gri. La chef d'entreprise entrevoit beaucoup de changements à venir :

« On parle beaucoup de cette entreprise 2.0 qui va intégrer de nouveaux acteurs, des entreprises parfois très spécialisées, et un manager qui va devoir orchestrer ces compétences parfois externes, réunissant trois générations de salariés qui n'ont pas la même vision, ni la même appétence sur l'équilibre entre travail et vie privée. 

Le manager a besoin de comprendre ce monde, de l'utiliser pour travailler sur les comportements. C'est un coach, mais il n'est pas devin et ne sait pas tout : c'est un chef d'orchestre qui reste largement à inventer ».

Pour appuyer ce management, on se basera sur des compétences, plutôt que sur des savoirs-faire. Pour Françoise Gri, c'est un enjeu de croissance :

« On ne conçoit pas l'usage numérique comme un savoir-faire de base, c'est un problème. Il y a une responsabilité fondamentale de l'éducation nationale à ce sujet. Apprendre tout au long de la vie, c'est encore plus critique dans le monde digital vers lequel nous nous projetons ».

Ce n'est donc pas pour rien que Denys Chomel, le co-fondateur d'Hétic, parle de son école comme d'un « élevage de mutants ». On n'y développe pas seulement des compétences, dit-il, mais on y cultive une hybridation. Il s'agit de sortir de la pensée éducative actuelle trop organisée en silos : celle qui, par exemple, laisse croire aux jeunes qu'un spécialiste du numérique est forcément un ingénieur, dont la formation doit passer par les mathématiques - une « curiosité française », selon lui.

« On accueille dans nos écoles des gens qui n'ont pas de souvenirs du monde d'avant Internet. Leur génération à eux, ce n'est même pas le 1.0, mais déjà les réseaux sociaux. Il y a des choses qu'ils ne comprennent pas, ils nous demandent par exemple : pourquoi stocker ce qu'on peut avoir en flux ?

Alors, comment fait-on coïncider les valeurs de l'entreprise, et organisationnelles, auprès de ces jeunes gens qui ont Internet dans le poche ?  »

Pour le formateur, il n'y a pas de doute : ces jeunes gens « pensent en Cloud, en colonie et en accès permanent ». C'est l'unique mode de fonctionnement, adossé à une valeur cardinale : l'audience et la notoriété. Or, « dans l'entreprise actuelle, rien ne valorise leur audience et leur notoriété. C'est un problème ». 

 

> L'échelle pertinente : l'Europe ?

Mais à l'heure de la mondialisation, les professionnels s'accordent à dire qu'il n'est plus possible de raisonner à l'échelle nationale. La France ne possède pas un marché domestique suffisamment puissant. L'enjeu majeur d'aujourd'hui est donc de poser les bases d'une industrie numérique à l'échelle européenne. 

« La France n’est pas une unité géographique pertinente dans le numérique », explique Jean-Pierre Rémy, directeur général du groupe Pages Jaunes. 

Pour diriger et développer un business numérique à l’international, il y a selon lui trois éléments à observer :

- La force du marché domestique, « et là l’échelle nationale n’est pas suffisante, il faut penser à un niveau européen, même si les marchés européens ne sont plus à égalité aujourd’hui ».

- La capacité à lever des capitaux et à financer son activité : « Dans le numérique, il faut développer un profil financier qui attire les investisseurs, ce ne sont pas les aides publiques qui vont nous aider ».

- Les ressources humaines : « Là, les choses doivent encore se voir au niveau européen. La compétence est une chose, mais ce qui est encore plus important est l’esprit d’entrepreneuriat. Il faut des gens qui osent développer, engager, prendre des risques, et ce à une échelle européenne ».

Mais le développement de l'économie numérique n'est pas le seul chantier qui attend le secteur à l'échelle européenne. Il y a aussi toute une dimension réglementaire : 

« En Europe, on est en train de recréer des barrières nationales dans numérique à cause des normes technologiques, prévient Thibault Kleiner, membre du Cabinet de Neelie Kroes, la Vice-Présidente de la Commission Européenne : on doit s’atteler au problème du manque d’Europe, et pour commencer, on a besoin de standards européens ».

C'est donc aussi à ce niveau que doivent se régler les questions de sécurité des données « dans les nuages ». Le Cloud, qui pourrait représenter 3,8 milliards d'emplois et 250 milliards d'Euros à la croissance européenne d'ici 2020, est en effet une chose trop sérieuse pour rester enfermée dans une réglementation nationale, comme le préconisent les partisans d'un « cloud souverain »

Car comme l'a rappelé le Directeur des Affaires Publiques de Microsoft France, Marc Mossé, « on sait depuis Tchernobyl que les nuages traversent les frontières ». Et si les questions de sécurité des données ne sont pas à prendre à la légère, l'ouverture et la confiance restent au coeur de cette économie...

Economique, et réglementaire donc. Dans ces deux dimensions du numérique, il n'y a donc pas de doute : c'est (aussi) à l'échelle de l'Europe qu'il faut agir, si l'on veut développer des politiques efficaces.

RSLN le 04/12/2012
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RSLN le 04/12/2012

3 Comments


Paul Lacroix

"Si le numérique est un secteur d'avenir, c'est d'abord parce qu'il n'est pas concerné par le chômage.
Guy Mamou-Mani, le Président de la fédération Syntec Numérique, a tenu à le souligner en tordant le coup à une idée fausse, selon laquelle les 35 000 informaticiens au chômage seraient une plaie pour le secteur (...)".

C'est totalement HONTEUX de la part de MICROSOFT de désinformer ainsi à la suite du Syntec Numérique !!!
Ce n'est pas parce que Guy Mamou-Mani raconte absolument N'IMPORTE QUOI que vous devez faire pareil : çà saute aux yeux en effet qu'il confond les "emplois IT" (550 000 d'après l'INSEE, chiffre indiscutable) avec les "emplois tous métiers confondus de la filière numérique" (autour d'un millions).
Le véritable taux de chômage des informaticiens est de 6.5% en France, la presse professionnelle elle ne s'y trompe pas...


le 06 December 2012
RSLN

Bonjour Paul, nous en avons précisé ce passage pour bien préciser que ce sont des déclarations de Guy Mamou-Mani et que cette position est loin de faire l'unanimité.

le 06 December 2012
Kristof

Je partage l'appéciation de Paul : il est inexact et humiliant pour les chômeurs de l'informatique de laisser croire que "si le numérique est un secteur d'avenir, c'est d'abord parce qu'il n'est pas concerné par le chômage" comme vous le dites sur un ton AFFIRMATIF.

Je vous invite de toute urgence à lire ceci : www.lemondeinformatique.fr/.../...penurie-202.html

le 06 December 2012

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