Éducation

Au 104, de jeunes designers modèlent leur avenir

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Pour que le design français parle haut et fort, il doit parler d’une même voix. C’est parti de ce constat qu’Alain Cadix, directeur de l’Ecole nationale supérieure de création industrielle (ENSCI), a rassemblé début septembre ses étudiants avec ceux de l’Ecole de Design de Nantes et du Strate Collège le temps d’une université d’été commune.

Pendant une semaine, dans un atelier du 104 à Paris, carte blanche a été donnée à ces jeunes designers pour penser le design de demain. Documentaire vidéo, publicité créative, proposition d’un festival du design itinérant : les productions ont été nombreuses et imaginatives.

Pour Dominique Sciamma, directeur du développement et de la recherche à Strate Collège, l’enjeu de ce nouveau rendez-vous est de taille :

« Nous voulions affirmer que le design est nécessaire, et que nous sommes les plus légitimes pour le représenter. On ne peut réussir à innover sans les designers », expose-t-il.

> Quand le design fait sa pub…

Le hic, c’est que le grand public ne sait pas toujours ce que recouvre la notion de « design » et ce, alors même que « nous sommes entourés par le design, mais nous ne nous en rendons pas compte », souligne Alain Cadix.

Parmi les initiatives prises par les étudiants, un petit groupe de huit d’entre eux a donc décidé de faire œuvre de pédagogie afin d'expliquer les contours parfois flous de leur discipline.

A l’aide de bouts de cartons, de ficelle et d’un message, « le design vit ici », ils sont partis à l’assaut de la rue. Bouches de métro, arrêts de bus, commerces, lampadaires, chantier, vélib’ ou même « pôle emploi », aucun recoin du XIXème arrondissement n'a échappé à cette audacieuse publicité sauvage.

Une vidéo de cette aventure urbaine devrait d’ailleurs être mise en ligne bientôt sur un blog dédié à l'événement, accompagnée de l’ensemble des autres travaux.

> ... se questionne

Emilie et Caroline, deux autres étudiantes, ont préféré resté sur place, dans une des nombreuses salles spacieuses cachée dans dans les entrailles du 104. Un lieu propice à une réflexion commune, qui a débouché sur de nombreuses interrogations :

« Nous avons voulu récolter les questions qui questionnent, et ouvrent des possibilités. Nous pensons que le design doit poser les bonnes questions avant d’apporter des réponses », résument-elles.

Sur plusieurs mètres de haut et de large, elles ont donc collé des affichettes qui traduisaient l’humeur de cette semaine. Un manifeste grandeur murale, qui ne demande « qu’à être complété avec le temps ».

« Comment se constituer une culture industrielle si tout est délocalisé ? » ; « le design remboursé par la sécu ? » ; « si le bon design est invisible, comment le mettre en lumière ? », pouvait-on lire.

Comment mieux concevoir, et comment le faire en France, voilà des désirs que Loïc, étudiant en 5ème année à l’ENSCI, a lui aussi voulu exprimés. Sur une page, sobrement intitulée « Lettre Ouverte à l’attention des dirigeants, politiques et entrepreneurs français », il explique ce que veut dire être un jeune designer aujourd’hui.

Plein d’espoirs et pourtant déjà déçu par ses premières expériences professionnelles, il souhaite une chose simple, mais visiblement dure à obtenir : rester en France pour travailler à de « grands projets qui fassent rêver ». Est-ce encore possible, dans un contexte marqué par un fort pessimisme sur l’avenir de la jeunesse ?

> … et apporte ses réponses

Oui, semble lui répondre en écho un trio d’étudiantes depuis leur stand, qui en appellent « à la collaboration des agents actifs », comprendre « de tous les créateurs ». Il existe bien des salons du mariage et autre « fête de l’andouillette », alors pourquoi pas un festival du design, qui rassemblerait tous les acteurs du milieu ?

« Il faut décloisonner les métiers de la création. Petites agences et grands industriels ne se parlent pas aujourd’hui. En créant une sorte de biennale, qui pourraient aller de ville en ville chaque année, on pourrait rassembler tout le monde au même endroit », propose Juliette.

De quoi aussi permettre aux jeunes diplômés de rencontrer des recruteurs sur place.

> Objectif 2013

Pour un premier coup d’essai, les idées étaient déjà là, même si « nous sortons de cette semaine avec plus de questions que de réponses », conclut Alain Cadix. Cap désormais sur 2013, avec de nouvelles ambitions hors de nos frontières, puisque des écoles étrangères pourraient être conviées à cette toute jeune manifestation.

Jason Wiels le 11/09/2012
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Jason Wiels le 11/09/2012
Photographie :

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