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Environnement

Covoiturage, autopartage : la voiture à l'heure du numérique

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Les choses changent, dans le domaine de la mobilité. Alors que le prix du pétrole atteint des sommets, les jeunes générations cherchent à s'affranchir des contraintes liées à la voiture en ville, et plébiscitent de nouvelles pratiques pour se déplacer. En premier lieu, le covoiturage confirme, année après année, son succès en France.

> Le boom du covoiturage 

C’est encore l’été, et pour les vacanciers qui n’ont pas réservé leur train ou leur avion assez tôt, la voiture est souvent une solution contraignante et onéreuse. Qu’à cela ne tienne : le covoiturage permet de partager les coûts du trajet entre voyageurs, en toute convivialité.

Boostée par les réseaux sociaux, cette pratique est en plein essor. A titre d'exemple, Carpooling, « première communauté de covoiturage d'Europe », transporte plus d'un million de personnes par mois. Quant à Covoiturage.fr, l'un des sites leaders en France, il a battu en août son propre record en permettant, en l'espace d'un week-end, le transport de 348 000 personnes - soit l'équivalent de 1 000 TGV pleins : du jamais-vu depuis sa création en 1994.

Ce nouvel état d’esprit - qui au tout début, était réservé aux auto-stoppeurs, aux jeunes et aux étudiants - gagne désormais d'autres catégories de population, explique Le Figaro : signe que l'outil informatique et l'appartenance à des réseaux sociaux font désormais partie de la vie courante, les cadres, les quadras et les seniors s'y mettent aussi. La crise et l'augmentation du prix du pétrole ont fait le reste.

« Le facteur économique reste la première motivation pour recourir au covoiturage », indique Laure Wagner, de Covoiturage.fr. La convivialité arrive en deuxième position, suivie de préoccupations écologiques.

La possibilité de trouver un trajet en temps réel avec une simple connexion à Internet dessine donc, pour la voiture, de nouveaux usages… qui ne se limitent pas au covoiturage en période de vacances.

> La voiture, cet objet de partage

« Posséder, c’est dépassé ! ». Une enseigne de location de voitures n’a jamais autant eu raison de promettre à ses clients de « plaquer leur voiture pour repartir avec toutes les autres ». Fini en effet, le temps où la voiture individuelle était, pour celui qui la possède, un symbole d’indépendance et de réussite : aujourd’hui d’autres objets, tels les terminaux numériques, jouent ce rôle de marqueur social.

Les jeunes générations ont ainsi un rapport à la voiture plus utilitaire et pragmatique : selon une étude présentée par ZipCar, 55% des 18-34 ans affirme réduire son usage au profit d’autres formes de mobilités : c’est dix fois plus que l’année dernière. Et si les 25-29 ans étaient, en 1983, la population la plus adepte de l’automobile, en 2008, ce sont les plus de 70 ans !

Face à cette banalisation, ce qui semble se dessiner pour l’avenir, c’est un modèle de propriété collective de la voiture. Des services comme Autolib’ à Paris, ou Car2go à Lyon, généralisent déjà l’idée qu’une voiture peut être partagée. Dans le premier cas, l’abonné trouvera une voiture lorsqu'il en a besoin, dans l’une des bornes ad hoc les plus proches de chez lui. Dans le second, pas de lieu dédié : les voitures sont garées un peu partout dans la ville. Vous géolocalisez la plus proche à l’aide de votre smartphone, et êtes libre de l’emprunter pour ensuite la garer à votre tour, où bon vous semble.

Pour qui souhaite partager, non plus seulement des trajets, mais aussi sa propre voiture, l'autopartage « de pair à pair » est également une solution de consommation collaborative adaptée à l'automobile. Elle consiste, pour les particuliers possédant une voiture sous-utilisée, à la mettre en location pour des durées variables, via une plateforme en ligne : Buzzcar, Cityzen Car, ou encore Drivy proposent ce service. Et les constructeurs automobiles ? Ils prennent acte de cette transformation des usages, et jouent le jeu : en témoigne par exemple le partenariat entre General Motors et le site RelayRide.com, aux Etats-Unis.

En cherchant à rentabiliser ainsi un objet qui reste inutilisé 92% du temps, les adeptes d'autopartage valorisent l'usage au détriment de la possession, et dessinent de nouvelles perspectives. A ce rythme, la voiture pourrait-elle devenir un jour... un service public ?

 

> Covoiturage et autopartage, le secret d’une ville plus fluide ? 

Dans un entretien que nous avons publié en juin, le sociologue et spécialiste des mobilités, Bruno Marzloff, nous expliquait sa vision de la ville intelligente : une ville qui se fluidifie, qui optimise son fonctionnement grâce aux comportements de ses usagers très informés. 

La ville ne serait-elle pas plus vivable, en effet, si chacun pouvait connaître le meilleur itinéraire en temps réel pour chacun de ses déplacements, incluant tous les moyens de transport, et tenant compte des informations sur les conditions de trafic ? Cela pourrait bien être la fin des embouteillages, et de nombreux problèmes et nuisances liés à la voiture en ville.

Et si les voitures privées, partagées, s'inséraient dans ce dispositif ? Imaginez : au moment d'entrer dans votre voiture, vous indiquez votre destination au système de navigation. Connecté à Internet, celui-ci calcule votre itinéraire. Ensuite, tout au long de votre déplacement, il vous met en relation avec des piétons qui, croisant votre chemin, cherchent justement un trajet dans la même direction... pour un prix modique, vous avez ainsi rentabilisé votre trajet ; quant au piéton et à tous ceux qui ne disposent pas d'une voiture, c'est pour eux une formidable explosion de l'offre de mobilité.

De la science-fiction ? Pas si sûr. Pour Bruno Marzloff, c'est précisément ce qui pourrait arriver si la tendance au partage de la voiture se confirmait dans les années à venir : 

« La moitié de la mobilité, c'est de l'information. Si on agrège suffisamment d’informations en temps réel, on peut agir au niveau d’une mobilité globale, qui dépasserait les oppositions enfermantes - comme par exemple entre l'auto et les transports en commun ». 

Pour le sociologue, les services de covoiturage et d'autopartage pourraient ainsi permettre d'optimiser les capacités des véhicules. Lutter contre la figure de l'auto-soliste, qui représente jusqu'à 75% des déplacements, est en effet un moyen de réduire trafic et pollution, et améliorer la qualité de vie en ville. 

Une réflexion que partage le spécialiste d'économie des transports Yves Crozet dans M3, la revue de prospective du Grand Lyon :

 « Ma conviction est que les marges de manœuvre [pour contrer la hausse des prix du carburant] ne se situent pas dans les transports en commun, mais dans la voiture ! Aujourd’hui, il y a davantage de places libres dans les voitures que dans les trains ».

Conscientes de l'enjeu, certaines villes ont choisi d'inciter les conducteurs à remplir leurs véhicules. Regardez, par exemple, l'image en haut de cette article : ne préféreriez-vous pas conduire dans la voie du milieu, que dans celle de gauche ? Et bien, celle-ci est réservée aux véhicules ayant au moins deux personnes à bord. Avec ce dispositif, la ville de Houston espère contribuer à régler les problèmes de trafic, en... motivant ses habitants au covoiturage. 

Alors, la voiture est-elle un futur service public ? Quoi qu'il advienne, une chose au moins est sûre : les données ouvertes, disponibles à profusion, ont déjà commencé à transformer nos mobilités... et n'ont pas fini de le faire.

> Pour aller plus loin : 

Tommy Pouilly (@5h55) le 28/08/2012
Tommy
Tommy Pouilly (@5h55) le 28/08/2012

1 Comments


martin

Connaissez-vous www.trajetalacarte.com covoiturage courte distance

le 29 October 2013

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