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Quand la Gaîté Lyrique se prend aux jeux

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Enfin un musée où l’on peut toucher les œuvres ! Mieux, les trois commissaires de l’exposition « Joue le jeu »* nous y invitent, eux qui ont transformé les quatre niveaux de la Gaîté Lyrique en un immense terrain de jeu :

« Ce projet, on le vit en jouant, et si on ne joue pas, on peut regarder les autres visiteurs jouer, se projeter en eux... Il ne faut pas forcément être geek, ou mordu de jeux pour le vivre, il y a des jeux très simples et rien d'obligatoire évidemment, mais on se priverait d'un grand plaisir si on ne joue pas, ce serait dommage ! », explique Heather Kelley, une des commissaires et présidente du collectif Kokoromi.

De quels jeux parlons-nous ? Des jeux vidéo bien sûr, comme les nombreuses créations indépendantes sorties tout droit de l’esprit de développeurs motivés, parmi lesquels le coopératif Ibb and obb ou Fader, véritable casse-tête plutôt corsé.

Mais pas que, car tous les types de jeux sont mis à l’honneur : sociaux, physiques, sans écran, jeux de pistes, d’adresse ou même une marelle revisitée, chaque pièce est une invitation à la récréation.

Pour le directeur de la Gaîté Lyrique, ce foisonnement ludique est aujourd’hui possible grâce à l’explosion du jeu sur consoles et ordinateurs, une des activités préférées des Français :

« Le jeu est un phénomène fondamental de l'activité humaine et il est plus que jamais d’actualité grâce au numérique », commente Jérôme Delormas.

> Compétition et coopération

Ce qui frappe le plus, c’est l’hybridation de toutes ces créations ludiques, qui mêlent objets physiques et numérique pour mettre au défi les joueurs de tous poils.

Ici, c’est une balle de ping-pong qu’il faut rentrer en un temps record dans un tunnel, un joueur actionnant une pompe à air tandis que l’autre oriente le tuyau dans un dédale de polystyrène. Là, on pénètre en groupe dans une caverne sombre, en appuyant en rythme sur des boutons aux sons et aux couleurs différents.

Partout, vous êtes invités à interagir non seulement avec les jeux, mais aussi avec autrui. Même face aux écrans pour lesquels une seule manette est disponible, de petits groupes se forment : certains observent avant de se lancer, d’autres y vont de leurs conseils. On se chamaille gentiment pour prendre le pad et essayer de « faire mieux que l’autre». Et tous apprennent, ensemble.

 « Le jeu peut être tout simplement de la relation sociale, une façon d'inventer en permanence le monde ensemble, parce qu'un jeu nous place dans un imaginaire. C'est pour cela que les enfants jouent beaucoup d'ailleurs, ils inventent en permanence le monde et des mondes », insiste Heather Kelley.

Un jeu de miroirs, point d’orgue du parcours, met d’ailleurs bien en valeur cette impression que l’on tisse du lien en plus de s’amuser. Il s’agit de renvoyer des lumières, panneau réfléchissant en mains, vers une caméra qui comptabilise les points. A chaque niveau, la trajectoire des projecteurs se complique, et on est obligé de s’associer à son partenaire pour renvoyer la lumière d’abord dans son cadre et d’atteindre ainsi, indirectement, l’objectif. Astucieux et sportif.

 

Electricity comes from other planets, plus on est de fous, plus ça vit !

> Un élément « essentiel de la culture »

On ne dévoilera pas ici toutes les surprises que recèle l’exposition, même si on aurait envie de vous en dire plus sur Kinect qui vous travestit sans complexe en éléphant ou ce simulacre d’opérette qui nous enjoint à enfiler un tutu afin d’assurer le show…

Pour les responsables de l’exposition, le pari était bien de montrer que le jeu, loin d’être anecdotique, est au contraire central dans la culture actuelle. Une analyse que ne renierait pas Johan Huizinga, historien et spécialiste de la fonction sociale du jeu, qui expliquait déjà en 1938 dans Homo Ludens (« l’homme qui joue ») que

« la vraie culture ne peut exister sans une certaine teneur ludique. La culture sera toujours, en un sens,’ jouée’, du fait d’un accord mutuel suivant des règles données. Le briseur de jeu brise la culture même. »

Une chose est sûre : si vous avez du « temps à perdre » en cette période estivale, alors vous avez tout à gagner à vous rendre à la Gaîté.

*Jusqu’au 12 août 2012 à la Gaîté Lyrique, à Paris

Jason Wiels le 18/07/2012
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Jason Wiels le 18/07/2012

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