Économie numérique

L'imprimante 3D, outil d'une nouvelle révolution industrielle ?

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Le monde du web existe selon ses propres règles et principes : participation, « open source », réplication infinie des informations… mais jusqu’où ces concepts pourront-ils, à l’avenir, quitter les écrans pour envahir le monde physique ? C’est la question qui passionne les « makers », ces accros de « fabrication personnelle » qui s'engagent dans le mouvement Do It Yourself (DIY).

Ces « amateurs » se reconnaissent à leurs lieux de rendez-vous : fab labs, techshops, hacker spaces… mais aussi à leurs outils. En particulier, l'imprimante 3D est l'une de ces inventions qui permettent de donner une existence concrète aux créations numériques : un concentré de technologie, pour aujourd'hui... et d'idéologie pour demain. 

> L'imprimante en trois dimensions, pour quoi faire ?

L'imprimante 3D est une machine capable de fabriquer un objet à partir d'un fichier numérique. La plupart des logiciels de conception 3D peuvent être utilisés pour créer des modèles qui seront ensuite « imprimés » en trois dimensions. 

Le plus souvent, l'imprimante procède en superposant des couches de plastique. Mais il est également possible d'utiliser de la mousse ou du métal. En fait, toute matière susceptible d'être fondue peut être utilisée par une imprimante 3D.

Que peut-on imprimer avec cette technique ? Classiquement, les prototypes de toutes sortes d'objets « design », qui pourraient ensuite être fabriqués en grandes séries dans d'autres matières - car la stéréolithographie (la technique à la base de l'impression 3D) n'est pas spécialement adaptée à la production industrielle d'objets standardisés.

Mais avec le progrès de la technologie, il devient possible d'imprimer des objets de plus en plus complexes : lunettes, lampes, vaisselle, meubles... et même bâtiments ! Une liste qui semble s'allonger au fur et à mesure des expériences. Si l'imprimante 3D intéresse naturellement les designers, les artistes s'en emparent, pour créer des structures mathématiques ou biologiques, complexes et originales. 

Mieux encore, l'impression 3D pourrait même aider la science : les ingénieurs en biotechnologies l'utilisent déjà pour créer de nouveaux types de cellulesconstruire des veines artificielles ou améliorer les tissus vivants qui serviront, dans un futur proche, à régénérer les organes malades du corps humain.

Enfin, des inventeurs un peu fous imaginent que l'on pourra, demain, imprimer nos aliments ou même notre maison, « en moins d'une journée ». Et pourquoi pas faire imprimer un masque à votre effigie ? C'est déjà possible ici.

Alors, révolutionnaire, l'imprimante 3D ? On est autorisés à le croire, tant certains en font le symbole d'une nouvelle ère industrielle à venir.

> L'impression 3D va-t-elle déclencher une nouvelle révolution industrielle ?

A priori, l'imprimante 3D n'est qu'un outil de conception assistée par ordinateur parmi d'autres : dans les techshops, on la trouve généralement en compagnie d'autres machines, des découpeuses laser, des fraiseuses numériques... autant d'engins robotisés qui peuplent nos usines depuis de nombreuses années, et que connaissent bien les industriels.

Alors, qu'est-ce qui déchaîne les passions à son sujet ? Il y a d'abord un argument économique. L'abaissement du coût de cet équipement le rend de plus en plus abordable pour les particuliers : aujourd'hui, vous pouvez vous offrir une imprimante 3D premier prix (à monter soi-même) pour la bagatelle de 550 dollars.

Cette sensation d'accessibilité autorise à rêver, et la dimension symbolique de l'objet fait le reste : l'imprimante 3D est-elle « la prochaine génération d'imprimantes », une évolution naturelle de l'impression en deux dimensions ?  

La vision d'un outil passé de l'usine à la maison a de quoi stimuler l'imagination : à quoi ressemblera la chaîne de production industrielle lorsque tous les foyers seront équipés de ces machines ? Avec une création sur demande, pourra-t-on se passer d’entrepôts ou de transports ? La création de meubles, de vaisselle ou d’autres fournitures se fera-t-elle localement et selon les besoins ? Pourra-t-on personnaliser à l'infini les objets de notre quotidien ?

> « Dématérialisation de la production », « création simplifiée », « personnalisation de masse »... simples idéologies, ou vrai potentiel ?

Ces questions font débat en opposant, comme souvent, deux camps qui diffèrent par leur degré d'optimisme vis-à-vis des technologies. Les plus enthousiastes prophétisent un véritable changement de paradigme, dans un monde où chacun possédera, en quelque sorte, le code source de la matière, et le pouvoir de fabriquer rapidement n'importe quel objet. Un monde revenu à la production locale, puisque le fait d'expédier des produits manufacturés depuis la Chine coûtera plus cher que de les fabriquer soi-même à la maison. 

Utopique, cette vision ? Probablement, et pour une foule de raisons que Christopher Mims s'est chargé d'énumérer : tout d'abord, l'impression 3D ne permettra sans doute jamais de réaliser des objets très complexes - de la vaisselle ou des figurines en plastique, oui, mais pour votre ordinateur, cela semble encore compliqué.

Ensuite, parce qu'on ne peut pas renoncer à toutes les matières naturelles, comme le bois ou le papier, au prétexte que nos imprimantes excellent dans le maniement de matières plastiques et synthétiques, non recyclables.

« Le rêve de l’impression 3D de prendre en charge la fabrication traditionnelle, doit être qualifiée pour ce qu’elle est : une idéologie », résume Christopher Mims. 

Malgré tout, rien n'interdit de rêver, surtout lorsqu'on pense au fabuleux destin de nos bonnes vieilles imprimantes 2D : qui aurait imaginé, il y a encore quelques années, que chacun pourrait imprimer et photocopier toutes sortes de documents directement chez soi, jusqu'à dématérialiser nombre de pratiques de lecture, d'écriture et d'échange de contenus ? C'est l'argument par lequel Tim Maly répond à Christopher Mims, dans un dialogue que vous pouvez retrouver ici, présenté par Internet Actu.

> Qui possédera le code source des objets du quotidien ?

On imagine déjà le casse-tête pour adapter le droit de la propriété virtuelle à un monde où chacun pourra concevoir et imprimer ses propres objets à la maison. Imaginez que vous puissiez obtenir un objet en capturant simplement sa forme dans un magasin, avant de le reproduire chez vous. Ou qu'il vous soit possible d'avoir votre propre exemplaire de ce service à thé si design déniché par l'un de vos amis, en lui demandant de vous envoyer un fichier par email. Le fait de pouvoir ainsi « téléporter » des objets (« scannés » en un lieu, reproduits en un autre) est certes très séduisant. Mais si la simple représentation d'un objet suffit à le fabriquer, comment en effet protéger la création

On le voit, l'impression 3D cristallise un beau rêve dans l'esprit de la révolution numérique : celui de démocratiser la fabrication de produits. Mais cela reste encore de la science-fiction, tant la « culture de la bidouille » prônée par le mouvement « Do It Yourself » est encore loin d'emporter le plus grand nombre - elle reste même essentiellement un luxe d'initiés.

Et quand la création simplifiée et la « personnalisation de masse » deviendront la règle, seront-elles synonymes de « fin du consumérisme » ou au contraire, de consommation excessive ? Fera-t-on, au niveau mondial, des indigestions de plastique ? Ou bien, au contraire, trouvera-t-on tout ce qu’il nous faut pour réparer et faire perdurer nos objets préférés, tout en limitant les transports de marchandises à travers le monde ?

Ce qui est certain, c'est que le modèle de développement, plus ou moins durable, de toute la filière industrielle n'est pas inscrit dans les manuels d'utilisation des imprimantes 3D. Une affaire à suivre, donc.

Tommy Pouilly le 16/07/2012
Tommy
Tommy Pouilly le 16/07/2012

4 Comments


Réveillaud

Bonjour,
Il me semble que l’impression 3D va être une véritable révolution, le livre de Rifkin (thé third industrial révolution) en parle. Je crois que les industriels devraient commencer à intégrer cette dimension dans leur business model même.
Pour ma part, je recherche des entrepreneurs intéressés par le sujet, qui souhaiterait échanger, partager, et peut être créer un projet autour de ça !
À bon entendeur
Alex

le 18 July 2012
CA

Peut-être même plus qu'une révolution industrielle, si on commence à regarder la chose sous un angle politique : yannickrumpala.wordpress.com/.../

le 19 July 2012
Be 3D Geek

Un véritable révolution en effet, mais qui va même plus loin ! Un chercheur californien est en train de développer un système pour l'appliquer au batiment : www.culturellement-geek.com/actus/contour-crafting
Imaginez les possibilités !

le 10 August 2012
Tommy Pouilly

@ Be 3D Geek : incroyable en effet ! Merci pour votre lien, que j'ai ajouté à la liste d'exemples dans l'article ;)

le 21 August 2012

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