Ce que les données révèlent du pouvoir des réseaux

Ce que les données révèlent du pouvoir des réseaux Médias

En tant que vice-président de la R&D de la startup SocialFlow, Gilad Lotan est chargé de comprendre comment l'information se diffuse. Au Personal Democracy Forum 2012, il est venu remettre en question quelques idées reçues à ce sujet. Et notamment, dans la lignée de Kevin Slavin ou de Miriam Meckel, notre foi sans bornes dans les réseaux, les données et les algorithmes.

Voici les principales leçons de cette présentation énergisante : 

> Les données ne disent pas forcément la vérité

Gilad Lotan commence par faire part de son agacement, lorsqu'il lit des articles qui se proposent de répondre en quelques lignes à des questions telles que : « Quels sont les meilleurs moments pour partager sur Facebook ou Twitter ? ». Pour lui, cette sur-simplification d'un problème complexe trompe le public : posée aussi largement, cette question ne peut être traitée qu'à l'aide de généralités. Or, dit-il, « quand vous voyez une généralisation, c'est toujours de la désinformation ».

Le coeur du problème, selon lui ? Le fait que l'on pense généralement que « si c'est basé sur des données, c'est forcément vrai ». Les données sont toujours présentées comme une autorité en soi, et nous pensons qu'elles se suffisent à elles-mêmes pour nous enseigner des choses. Mais pour Gilad Lotan, cette facilité apparente est une erreur. Nous ferions mieux de nous intéresser au contexte dans lequel elles sont présentées, en nous demandant : d'où viennent ces données ? Et quel genre d'échantillonnage a bien pu mener à la conclusion que l'on nous propose ?

 

> Nos réseaux sont un prisme entre nous et le monde 

Ce dont la plupart de ces études ne tiennent pas compte, continue Gilad Lotan, c'est la façon dont les gens s'organisent en réseaux, et dont l'information se diffuse à travers ces réseaux. Il ne suffit pas de mettre une bonne vidéo en ligne pour qu'elle trouve son audience : en fait, dit-il, il faut que la bonne audience soit attentive au bon moment, pour que l'information soit virale. Comme on ne peut pas exiger de quelqu'un qu'il vous accorde son attention, tout ce que l'on peut faire pour optimiser nos contenus est d'essayer de comprendre notre audience et notre réseau.

Car chaque réseau est unique, et réunit des personnes différentes selon l'heure de la journée, l'activité, le niveau d'engagement... mais finalement, à quoi, et comment accordent-elles leur attention ? 

« Observer les informations qui circulent avant d'en délivrer à son tour, c'est comme regarder à droite et à gauche avant de traverser la rue, explique le chercheur : on peut prendre de bien meilleures décisions ».

Pour illustrer cette idée, Gilad Lotan reprend l'exemple de Kony 2012, cette vidéo qui a fait le tour de la planète avec plus de 100 millions de vues en quelques jours. En observant, comme l'avait fait danah boyd, la façon dont la vidéo s'est propagée, le chercheur a pu remarquer qu'il y avait derrière la diffusion de ce média un véritable mouvement organisé. En fait, les réseaux qui l'ont porté existaient déjà avant que la vidéo soit mise en ligne, et c'est cette « structure cachée » qui a fait le succès de la vidéo.

 

> Nous ne sommes pas égaux dans le monde des réseaux

Au moment de la mort de Whintey Houston, « les médias ont été mal informés, déclare Gilad Lotan, et ils ont surestimé le pouvoir des réseaux ». En effet, l'annonce du décès de la chanteuse s'est faite sur Twitter, par la nièce de la femme qui a découvert le corps, 45 minutes avant l'annonce officielle. Tout le monde a salué la réactivité du réseau social : « le scoop est encore venu de Twitter ! ».

Mais pour le chercheur, personne n'a remarqué l'essentiel : certes, ce message a été posté avant que tout le monde apprenne la nouvelle... mais il ne s'est pas répandu. Ce n'est que lorsque les sites d'actualités people ont commencé à diffuser l'information, qu'elle s'est effectivement propagée dans le monde entier.

« Donc, concut Gilan Lotan, même si vous avez l'information la plus brûlante, cela ne signifie pas que vous serez en mesure de la divulguer au monde entier. Vous devez toujours avoir le bon réseau connecté à elle pour que l'information puisse prendre son envol ».

Autrement dit, même en ligne, « les réseaux ne forment pas une méritocratie : nous ne sommes pas égaux en leur sein, et certaines positions sont plus avantageuses que d'autres ».  

 

> Comment s'en sortir ? En comprenant la curation par les algorithmes 

Dans notre vie quotidienne, nous nous laissons parfois porter par des systèmes qui décident à notre place de ce à quoi nous devrions accorder notre attention. Des algorithmes nous suggèrent du contenu basé sur nos amis, nos réseaux... mais comment tout cela est-il calculé ?

Dans la liste des mots-clés présentés comme les « tendances » de ces derniers mois sur Twitter, on trouve la mort d'une célébrité ou un show télévisé, mais pas le mouvement Occupy Wall street. Tandis que certains soupçonnent la censure, pour Gilad Lotan, cela révèle simplement la façon dont fonctionnent les algorithmes qui définissent pour nous les tendances du web : ceux-ci sont conçus pour ne prendre en compte que les événements qui s'imposent massivement sur les réseaux, en générant un grand nombre d'occurences sur un temps court. Tandis qu'un sujet de préoccupation grandissant, mais plus diffus - comme un mouvement social - passera toujours inaperçu, même s'il s'installe de manière durable dans le paysage informationnel.

Pour cette raison, le chercheur nous suggère de nous interroger sur le pouvoir que nous donnons aux algorithmes - et à l'importance que nous accordons. Car au-delà de leur aspect mathématique, les algorithmes ne sont pas neutres : ils portent des valeurs politiques. 

Au final, le message du chercheur est clair : pour évoluer intelligemment dans un monde de données, nous devons bien comprendre comment les algorithmes orientent nos choix, et apprendre à apprécier à sa juste valeur ce qui émane des réseaux. Et si, face à une complexité trop organisée, le prochain défi d'Internet était finalement de laisser une place à l'imprévu ?

Ce débat vous intéresse ? Voici la présentation de Gilad Lotan dans la vidéo ci-dessous (en anglais) :

Tommy Tommy Pouilly le 12/07/2012
Photographie

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