En Chine, le LOL pour contourner la censure

En Chine, le LOL pour contourner la censure Médias

Connaissez-vous l’Alpaga ? Ce gentil lama du désert de Gobi n'est autre que la version chinoise de nos LOLCats. Il est devenu une star du web dans l'Empire du Milieu, car il contribue à améliorer la liberté d'expression dans le pays. Par quel miracle ? C'est la passionnante histoire qu'est venue raconter An Xiao Mina au Personal Democracy Forum 2012.  

> Des mèmes pour contourner la censure

Le secret de son succès réside dans les jeux de mots que l'on peut faire avec son nom. Dans l’Empire du Milieu, on le nomme en effet « Cao ni ma » : cela signifie « Cheval de l’herbe et de la boue », si vous le prononcez avec les bons accents toniques. Mais dans la bouche d’un étranger peu familier de la musicalité du mandarin, les mêmes mots deviennent une grossière insulte. Les Chinois eux-mêmes ne s'y trompent pas : les homonymes, infiniment nombreux dans cette langue, servent à parler de choses censurées... sans en avoir l'air.

Si l’animal est devenu le symbole de la censure sur Internet, c'est grâce à la vidéo ci-dessous, dans laquelle on peut le voir en écoutant une chansonnette... qui a beaucoup énervé les autorités chinoises.

Au-delà des allusions graveleuses, le message politique qu'elle délivre est à peine voilé : la chanson raconte en effet, très innocemment, que les fiers apalgas ont réussi à repousser une invasion de méchants crabes. Or « crabes », héxiè en mandarin, ressemble à héxié, qui signifie « harmonie » : le mot préféré du Parti Communiste chinois.

Détourné, le mot « harmonie » était déjà devenu synonyme de « censure » sur les réseaux sociaux du pays - à tel point que lorsqu'un blogueur annonce qu'il a été « harmonisé », tout le monde comprend. C'est donc tout naturellement que le crabe est venu s'ajouter à ce vocabulaire subversif.

Si l'affront est évident, les censeurs sont impuissants à endiguer la vague : comment, en effet, censurer des millions de messages parlant de cheval, de boue et de crabes ? Vue des millions de fois, cette vidéo a réussi à faire de notre lama un produit dérivé très tendance : il est de bon ton, aujourd'hui, de s'offrir des caonima en peluche. Pour les partisans de la liberté d'expression, la cause est entendue.

 

> Quand le gouvernement chinois doit faire machine arrière 

Car si la Chine est le pays qui compte le plus grand nombre d’internautes (500 millions) et de micro-blogueurs (300 millions), c'est aussi celui qui connaît la censure la plus forte. En Chine, les adresses web et les recherches en ligne sont filtrées : si vous tentez d'accéder à un site interdit par le gouvernement, vous tomberez sur une page d'erreur, et votre moteur de recherche refusera de fonctionner pendant les minutes qui suivent.

Sur le réseau social Sina Weibo, équivalent chinois de Twitter, les mini-messages critiques envers le gouvernement sont systématiquement retirés. Et pourtant, là aussi, des mèmes sont parvenus à contourner la censure. Lorsqu'en juillet 2011, l'accident d'un train dans des circonstances douteuses avait causé la mort de nombreux voyageurs, le Ministre des chemins de fer avait commencé par donner une version des faits bien peu crédible. Un véritable raz-de-marée d'images détournées s'est déclenché sur Weibo pour se moquer de son porte-parole, lorsqu'il a déclaré : « Que vous croyiez ou non à l’explication officielle, moi, j’y crois ». C'était plus de messages que ne pouvaient en retirer les censeurs, et les internautes ont gagné : le gouvernement a été forcé de présenter un rapport sur les causes du crash. 

 

« En quoi est-ce important ? », demande An Xiao Mina. Sa réponse, c'est que les « mèmes » sont devenus un véritable mouvement culturel dans un pays où la liberté d'expression est particulièrement malmenée. Pour elle, c'est un signe d'espoir.

Découvrez son récit de ces deux exemples, ainsi que d'autres, dans la vidéo ci-dessous (en anglais).

Tommy Tommy Pouilly le 06/07/2012
Photographie
  • Panda failPar djzealot via Flickr (licence CC)
  • CaonimaPar ggarlic via Flickr (licence CC)

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3 Comments


Etta Seur

ALPAGA, pas "apalga"...

le 13 July 2012 à 12h27
Tommy Pouilly

Ah, c'est corrigé ! Merci de votre vigilance !

le 13 July 2012 à 11h27
chaton

un pays a la noix.. et nos gouvernements occidentaux font tout pour qu'on finisse comme eux !

le 06 August 2012 à 4h51

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