Internet est un monde merveilleux

Internet est un monde merveilleux

Le web social est un univers merveilleux : sur nos timelines, que de bons moments s'affichent ! « Voyez un peu comme ma vie est cool », semblons-nous vouloir dire à la face du monde. Et à en juger par leurs statuts sur les réseaux sociaux, nos anciennes connaissances, elles aussi, semblent toujours se porter à merveille.

Sauf, quand, parfois, un tweet de détresse vient à percer cette profusion de sentiments positifs. C'est alors que se crée le malaise : que dire, comment réagir ? Est-ce qu'un statut négatif mérite d'être « liké », partagé, commenté ? Nous n'en savons rien : le plus souvent, c'est le silence qui s'ensuit. 

Dans Bits.blog, le blog « technos » du New York Times, Jenna Wortham s'interroge sur cette étrange dictature du « bon sentiment » qui règne sur les réseaux. Y a-t-il en effet une place pour parler de choses graves ? Comment, par exemple, partager sa douleur suite à la perte d'un être cher ?

Il existe, bien entendu, des « lieux sanctuaires » sur Internet, où l'on peut parler de la mort et honorer la mémoire des défunts. Mais ce que remarque Jenna Wortham, c'est qu'aucun des réseaux sociaux n'a été fait pour véhiculer des messages négatifs. « Nous sommes encouragés à nous vanter de nos vies, et à ne présenter que le meilleur de nous-mêmes », relève-t-elle. Et pour cause : le principe de base des réseaux sociaux n'est-il pas que nous devons rendre nos publications « sexy » pour qu'elles soient partagées ?

« Quel investisseur, quel annonceur voudrait soutenir un réseau social fait pour des vidéos ou des commentaires de deuil, de larmes ou de désespoir ? » demande la blogueuse.  

Au-delà de notre tendance à « polir » notre image en ligne, on tombera d'accord avec elle sur le fait qu'il est difficile de « prendre toute la mesure d'une émotion intense en 140 caractères » :

« Au mieux, nous aurons l'air peu inspirés de préférer Internet à un appel téléphonique, un e-mail ou une lettre manuscrite pour pareil cas ».

Et Jenna Wortham de souligner que les forums restent, d'entre tous les lieux du web social, les plus adaptés aux sujets graves : « on s'y sent comme dans un petit bureau faiblement éclairé, entouré d'étrangers échappés du monde ».

En attendant, si le « monde merveilleux » qu'est Internet n'est pas une « dimension à part », il peut bel et bien servir de refuge, parfois : quand certains voudraient y voir le lieu d'une société idéale, d'autres font l'hypothèse que la connexion est un remède à la dépression.
A l'opposé, Thierry Crouzet considère que « les sites sociaux démultiplient nos appétits de comparaisons tout en étant des outils cognitivement pauvres voir déficients, favorisant le brouhahas des conversations sans fin, plus que la coopération ». Et plus que l'empathie ?

Ainsi le débat n'est pas clos : Internet nous rend-il plus solitaires ou au contraire, plus sociables ? En réalité, Internet n'est pas au centre du débat, comme le rappelle ce très bon billet d'Hubert Guillaud. « Comment s'organise, et se réorganise la solidarité entre les individus ? » C'est bel et bien une question de société, au sens le plus large.

Tommy Tommy Pouilly le 05/07/2012
Photographie
  • ParadisePar Jason Kessenich via Flickr (licence CC)
  • Eden GardensPar Andrew Middleton via Flickr (licence CC)

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