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Rick Rashid : « Microsoft Research doit bâtir de l'agilité »

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Rick Rashid, directeur général de la recherche de Microsoft Research (MSR), revient sur la recette maison qui permet au groupe de faire avancer l’état des connaissances tout en restant connecté aux besoins du marché. 

Vous êtes directeur de la recherche chez Microsoft. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Mon rôle est de superviser l’organisation globale de la recherche chez Microsoft, et d’encadrer le fonctionnement des dix sites de recherche fondamentale dont nous disposons à travers le monde. Je fais en sorte que nous continuions à recruter les meilleurs chercheurs, et aussi que nous parvenions à les retenir parmi nous en leur offrant un environnement de travail où ils ont les moyens de poursuivre leurs recherches avec le plus haut niveau d’excellence.

Y a-t-il une culture Microsoft Research ? Quelle est la philosophie qui anime le travail des chercheurs chez Microsoft ?

Notre mission est triple. Avant toute chose, nous devons nous donner pour horizon de faire avancer l’état des connaissances dans les domaines de recherche que nous avons choisis. C’est capital.

Ensuite, nous devons travailler main dans la main avec les groupes produits pour assurer le transfert des technologies inventées en recherche fondamentale vers les produits et les services qui seront commercialisés par l’entreprise.

Enfin, nous devons constamment explorer de nouvelles possibilités technologiques pour faire évoluer ces produits et services de façon qu’ils restent en phase avec les besoins du marché, y compris et surtout des besoins que nous ne connaissons pas encore. C’est une agilité indispensable à construire afin que l’entreprise Microsoft puisse rester compétitive et saisir les nouvelles opportunités.

Selon quels critères les chercheurs de Microsoft Research sont-ils recrutés ? 
 
Nous sommes perpétuellement à la recherche de scientifiques dont les travaux ont eu un impact important dans leur domaine de compétences, et dont on pense qu’ils sont en mesure de faire progresser l’état des sciences informatiques. Nous recrutons des personnes avant de recruter des spécialistes d’un domaine en particulier. Tout simplement parce qu’à l’heure actuelle il est très compliqué de prévoir quels seront demain les domaines de recherche clés, même à moyen terme. Notre stratégie consiste donc plutôt à recruter des chercheurs qui ont prouvé au fil de leur carrière qu’ils étaient capables d’identifier les domaines porteurs d’avenir. Et à partir de là, on leur fait confiance
 
Si vous deviez choisir un projet de recherche récent que vous considérez comme une success-story pour Microsoft Research, lequel auriez-vous envie de citer ?
 
Je crois que tout le monde s’accordera sur le fait que Kinect est une parfaite success-­story. C’est le résultat d’une collaboration fantastique entre Microsoft Research et les équipes de la Xbox. De notre côté, ce sont quatre laboratoires différents qui ont contribué au développement de Kinect, dans quatre domaines de recherche : le traitement audio, la reconnaissance de visage, le machine learning, et la reconnaissance de mouvement. C’est vraiment le résultat d’un travail d’équipe, et nous sommes fiers de cette réussite dans un secteur particulièrement stratégique pour Microsoft.
 
Une autre success­story récente, c’est le clavier virtuel du Windows Phone, qui a été très apprécié au moment de sa sortie. Les technologies de machine learning que nous avons utilisées nous ont permis d’en améliorer considérablement la fonction d’écriture intuitive. Là aussi, c’est le résul­tat d’un partenariat bien mené avec une équipe produits.
 
Ensuite, à MSR, il y a chaque année des dizaines de partenariats qui sont peut-être moins spectaculaires, mais tout aussi fructueux, car ils contribuent à améliorer les fonctionnalités de Windows, des services Windows Live, et d’un grand nombre d’autres produits et services. Aujourd’hui, à l’intérieur de presque chaque produit vendu par Microsoft, il y a un peu de technologie qui a été développée par MSR. Et ça, pour nous, c’est aussi une grande réussite.
 
 
 
Dans quels domaines de recherche MSR s’investit-il le plus actuellement ?
 
Qu’en est-il des cinq années à venir ? Depuis vingt ans, notre objectif n’a pas changé : faire avancer l’état des connaissances. Mais, au-­delà de ce cap, je n’impose aucun champ de recherche prédéfini… Tout simplement parce que ce n’est pas la bonne méthode. Microsoft Research doit avant tout bâtir de l’agilité. De quoi être capable de faire face à tout, et surtout à ce qu’il est impossible de prévoir aujourd’hui.
 
Nous ne savons pas encore de quoi nous aurons besoin demain, alors nous misons avant tout sur la capacité de vision de nos chercheurs plutôt que sur des technologies. La meilleure des stratégies, c’est de recruter et de garder les meilleurs chercheurs, de façon à construire une force de frappe susceptible de se mobiliser sur de nouveaux fronts le moment venu. Ce sont ces brillants esprits qui devront être capables, demain, de faire bouger les frontières et de définir de nouveaux paradigmes.
 
Le fait de construire des partenariats avec des laboratoires d’universités s’inscrit dans cette stratégie. Ce mode de travail collaboratif avec des scientifiques un peu partout dans le monde nous permet d’explorer des domaines très pointus, car nous ne pouvons pas réunir en interne l’ensemble des domaines de recherche. À ce titre, notre partenariat avec l’Inria, en France, est un joli succès !
 
On parle beaucoup du machine learning [NDLR : les technologies d’apprentissage automatique fondées sur l’analyse de grandes quantités de données], dont les possibilités semblent illimitées. Pensez-vous que le cerveau humain puisse un jour
être dépassé par la machine ?
 
En réalité, c’est déjà le cas. Les ordinateurs sont, par exemple, bien meilleurs que les humains quand il s’agit d’emmagasiner puis de restituer des informations. Ils sont aussi plus rapides pour les classer, et plus concentrés s’ils ont à exécuter une tâche répétitive… Les ordinateurs ne connaissent pas la fatigue. Et puis cela fait déjà un certain nombre d’années que les machines nous battent à plate couture aux échecs ! 
 
Bien sûr, il y a encore de nombreuses tâches pour lesquelles l’esprit humain est irremplaçable. Et l’intelligence humaine en tant que forme d’intelligence générale, capable de s’adapter et d’analyser de nouveaux environnements, n’a toujours pas été égalée. Dans le domaine de l’intelligence artificielle, on est vraiment loin, très loin de développer une technologie qui s’en approche un tant soit peu.
 
Néanmoins, nous avons marqué des points, et le moteur de recherche Bing en est un très bon exemple puisqu’il est désormais capable de déceler l’intention de l’utilisateur derrière des requêtes générales, dénuées de contexte. La bonne nouvelle, c’est qu’il s’agit là précisément du type de défis que nos chercheurs adorent. Et ils sont nombreux aujourd’hui, à MSR, à chercher le Graal dans ce domaine…
 
Retrouvez l'intégralité de notre dossier sur Microsoft Research en ligne, ou dans notre magazine papier :  

RSLN #11 - Microsoft Research : le futur s'invente aujourd'hui

RSLN le 03/07/2012
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RSLN le 03/07/2012
Photographie : © DERBY PHOTOGRAPHY

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