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La « vraie vie » n'est-elle qu'un mirage ?

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Nous avons déjà eu l’occasion de vous parler de la thématique de la déconnexion. Ils sont nombreux, ces auteurs qui, comme Sherry Turkle, racontent leur nostalgie d’un monde où la convivialité se passait d’outils numériques.

« Je passe les étés dans un chalet à Cape Cod, écrivait-elle récemment, et depuis des décennies je marche dans les mêmes dunes. Il y a peu de temps encore, les gens marchaient la tête haute, en regardant l'eau, le ciel, le sable, et parlant entre eux. Maintenant, ils marchent souvent la tête baissée, en pianotant sur leur téléphone portable. Alors je dis : levez les yeux, regardez-vous les uns les autres, et commençons la conversation ! ».

Dans The New Inquiry, Nathan Jurgenson remarque que ce discours est devenu à la mode :

« Nous sommes très fiers de notre lutte pour ne pas laisser nos téléphones portables prendre une place trop grande dans nos vies, dit-il. A chaque fois que je sors dîner quelque part, c'est un sujet de conversation. Le summum de cette éducation à l’abstinence est un jeu très populaire : le premier qui sort son smartphone à table doit payer l'addition. En général, tout le monde s'accorde pour dire que c'est génial ».

De son côté, l'auteur s'interroge : « comment avons-nous pu faire collectivement le deuil de ce qui existe en abondance ? ». 

Pour sa part, il donne donc un tout autre ton : pour lui, cette tendance que nous avons à valoriser le hors-ligne comme quelque chose de plus « authentique » - comme en témoigne par exemple l’expression « IRL », In Real Life, pour désigner la « vraie vie » - est une invention récente, qui nous amène à « fétichiser » un réel qui n'existe pas

> Le hors-ligne existe-t-il ?

Le problème, selon lui, c'est que cette conception repose sur une idée reçue : le en-ligne et le hors-ligne conçus comme deux choses clairement distinctes - deux réalités parallèles. La notion même de « cyberespace » est basée sur cette utopie. En réalité, dit-il, l'information numérique n'a rien d'un « ailleurs » : c'est bel et bien une part de l'unique dimension qui constitue le monde, plus que jamais intriquée dans le réel, et d'une façon si fine qu'on parle désormais d'une seule « réalité augmentée ».

Ainsi, juge Nathan Jurgenson, « Facebook, c'est le réel » : beaucoup de ce qui se passe dans nos vies se retrouve dans ses pages. Et en même temps, « c'est le carburant de nos vies sociales ». Pour lui, les médias sociaux sont donc plus qu'une chose à laquelle nous nous connectons, c'est quelque chose que nous portons en nous :

« Lorsque Sherry Turkle marchait dans les collines de Cape Cod, elle respirait le grand air, sentait la brise, et regardait les vagues... avec Facebook à l'esprit. L'intérêt de ce moment de soi-disant déconnexion était donc, en partie, un produit de la connexion... De plus, il a servi à nourrir son argumentaire - un peu comme beaucoup de nos moments d'exception sont aujourd'hui le sujet de nos statuts Facebook »

Il n'en fallait pas plus à l'auteur pour conclure qu'en fait, nous n'avons jamais attaché autant d'importance à nos bons moments que depuis que nous les racontons sur nos réseaux. Nous sommes tous avides d'expériences, explique-t-il. Et l'introspection n'a jamais été autant valorisée. 

Alors, certes, « nous ne pourrons jamais totalement déconnecter »... mais en revanche, nous ne perdrons jamais la saveur des moments suspendus, prédit-il.

Dans ce cas, que penser du combat de ces amateurs d'authenticité ? Nathan Jurgenson juge qu'ils font preuve d'élitisme en prétendant que leur vision est un modèle de la « vraie vie ». Car ce faisant, ils chercheraient surtout à se démarquer d’une « masse » qu'ils jugent « piégée ».

« Dans son article, Turkle prend pour acquis non seulement son chalet de Cape Cod, mais aussi son accès à un espace naturel privilégié, conclut-il. Et ce faisant, elle ne réalise pas que les autres aussi ont besoin d'un média pour exprimer ce que leurs vies ont de significatif à leurs yeux... ».
Tommy Pouilly (@5h55) le 02/07/2012
Tommy
Tommy Pouilly (@5h55) le 02/07/2012

1 Comments


randon

Comme souvent face a un dilemne, il faut chercher une voie médiane ou une troisième voie.
En effet l ' évolution de nos modes de vie interroge essentiellement notre rapport à l'autre,  à l'altérité.
Pour ceux qui ne desireront ou ne pourront pas s' uploader définitivement dans le cloud il est impensable de poursuivre un développement intellectuel et émotionnel sans une relation au corps. D'abord son propre corps mais aussi au corps de l'autre : langage non verbal, corporel, espace vital,  mimétisme et opposition qui nous permettent de mettre en oeuvre le magnifique complexe biologique qui nous constitue.
Il convient donc de limiter les excès du phubbing en rappelant la richesse inegalable de la renvontre reelle en presentiel. Pour autant il n'y a aucune raison de limiter l'exploration et l'usage de ces nouvelles dimensions technologiques qui, maîtrisées et objectivées ne peuvent que participer au développement de l'individu.

le 28 June 2014

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