Suivez-nous également sur Twitter @RSLNmag
Économie numérique

Comment vivre parmi les données ?

0

Réunis le 15 juin au 104 par la FING, des experts et observateurs du numérique étaient invités à réfléchir au sens du « monde de données », qui englobe de plus en plus nos vies.

D’où vient l’explosion des « data », sait-on la quantifier, quelles possibilités ouvre-t-elle ? Bref, que faire face à cette « inondation » de données ? Pour vous éviter la noyade, retour sur les principales conclusions de la conférence.

> « Rupture ou buzzword ? »

L’explosion des données, c’est avant tout des chiffres vertigineux : 1,8 zettabytes d’information produit aujourd’hui, 7,9 prévus en 2015. Soit l’équivalent de ce que contient la bibliothèque du Congrès aux Etats-Unis… multiplié par 18 millions ! Autrement dit, l’ère des « big data » ne fait plus de doute.

Est-on cependant face à une « rupture fondamentale ou à un buzzword ? », s’interroge d’emblée Valérie Peugeot, chercheuse à Orange Labs. Selon elle, au-delà de la quantité, c’est le désenclavement de ces données qui change vraiment la donne.

L’addition des données publiques, de nos traces individuelles laissées, volontairement ou non, sur Internet et les données des entreprises rendent possible des croisements et des analyses jusque-là impensables.

« Il y a beaucoup d’attentes : que ce soit dans l’agriculture, les sciences humaines, pour anticiper la circulation automobile ou pour vendre des assurances, les données permettent de renouer avec la promesse de la prédiction, des comportements à venir. Bref, de l’oracle », analyse Valérie Peugeot.

> Des réalisations bien réelles…

Un exemple concret ? Bénédicte Tilloy, directrice générale de SNCF Transilien, a décidé à son tour de faire prendre « le train de l’open data » à son entreprise. Une décision qui n’avait rien d’évident : si elle était convaincue des opportunités que cela pouvait créer, certains de ses collègues y voyaient plutôt l’ouverture hasardeuse de la boîte de Pandore :

« Transilien, c’est l’équivalent d’un Airbus 380 transporté toutes les six secondes. Les problèmes de saturation, on connaît bien. Mais pourquoi ne pas se demander pour une fois si la foule était la solution, et non le problème ? », propose Bénédicte Tilloy.

C’est ainsi que la SNCF a recueilli plus de 2 000 idées, dont les plus prometteuses ont été ou seront réalisées lors de séances de développement collaboratives.

« Quelle est la meilleure démarche ? Se dire ‘on ira quand on sera obligé’ ou, dès maintenant, faisons de la libération des données un outil de transformation ? Même si cela consiste à reconnaître que, oui, l’entreprise ne maîtrise plus tout… », lâche-t-elle.

Julien Laugel, scientifique des données, a justement un métier dont le but est de faire « parler les données » :

« Les big data changent les modes de raisonnement. Nous avons accès au niveau de la donnée brute, atomique, un état granulaire. La différence ? Détecter des relations et des sujets jusque-là invisibles à travers les grilles de lecture classiques (âge, sexe, catégories socioprofessionnelles) », explique-t-il.

Il s’agit par exemple de dévoiler les nœuds d’un réseau, en retraçant les liens qui unissent différentes personnes, comme lors de l’affaire DSK. Ou alors de révéler l’existence d’une communauté d’intérêt, comme celle des femmes enceintes sur la plateforme skyblog, « impossible à détecter avec pour seuls critères l’âge ou même le sexe ». Voire de prévenir le déclenchement d'une pandémie.

Grâce à la baisse des coûts des dispositifs techniques de capture de l’information (téléphones, puces RFID) et les facilités de stockage, comme l'utilisation du cloud, les conditions sont meilleures que jamais pour l’analyse de données.

« Le vrai challenge aujourd’hui, c’est de trouver des gens qui allient compétences informatique et statistique. Des profils encore rares », commente Matthieu Durut, qui combine ces deux savoirs dans son travail de scientifique. 

> … qui ne dispensent pas de la réflexion

Antoinette Rouvroy, chercheuse à l’Université de Namur, émet quant à elle de sérieuses réserves sur l’ère des données. Du moins, elle met en garde sur ce qu’elle appelle l’avènement d’une « gouvernementalité algorithmique ».

« Qu’est-ce qu’un donnée brute ? Cela doit nous interroger d’un point de vue sémiotique. Ces données sont plus proches de signaux que l’on émet sur un mode animalier, dégagées souvent sans le savoir, que d’un véritable savoir », évoque-t-elle.

« Attention aux confusions entre données brutes et connaissance, surtout quand il y a un traitement automatique. Les modèles de comportements peuvent être certes utiles, mais comme ils prétendent prédire l’avenir, ils sont dans le même temps performatifs [i.e. ils contribuent à sa formation]. »

« Observer le comportement des gens, est-ce que cela revient à les laisser s’exprimer ? J’ai de gros doutes là-dessus, cela pose de vrais questions », achève Antoinette Rouvroy.

Henri Verdier, président de Cap Digital, acquiesce mais rappelle que « rien n’est écrit sur ce que nous ferons de ces données. C’est comme lors de la découverte du pétrole : rien n’est joué, ni fatal. » Même s’il est « difficile d’en dire plus, pour le moment. »

> Sommes-nous assez armés ?

Tout le monde semble en tout cas d’accord pour décrire l’ère des données comme un puissant levier de transformation.

Sommes-nous capables de l’utiliser au mieux ? Certains émettent de sérieuses réserves : François Bacilhon, président de Data Publica, est même assez pessimiste. Face aux Etats-Unis et la Chine, il trouve l’Europe bien démunie, « sans infrastructures type Facebook ou Twitter, alors que leurs équivalents existent en Chine ».

Serions-nous, européens, dépossédés de nos données privées ? « On est tout nu, à poil ! », déplore François Bacilhon.

Comment limiter alors notre retard ?

« Je ne crois pas au déluge de données, mais je crois à la carence de programme », lance Rémy Sussan, auteur et journaliste à InternetActu.

« Pour ne pas être gouverné » par les données, et avoir l’ascendant sur elles, « l’apprentissage du code, l’empowerment par la programmation » pourrait être selon lui une première piste. « Il ne s’agit pas de devenir un bon technicien », explicite-t-il, mais « d’être capable de poursuivre son projet librement », sans buter sur des aspects purement techniques.

Jason Wiels le 28/06/2012
jason
Jason Wiels le 28/06/2012

Pingbacks and trackbacks (1)+

Ajouter un commentaire


Loading
biuquote
  • Comment
  • Preview

S'abonner à la newsletter

Votre adresse email sera uniquement utilisée pour vous envoyer la newsletter de RSLN. Microsoft ne l'utilisera pour aucune autre communication, qu'elle soit commerciale ou institutionnelle. Microsoft ne vend ni ne loue ses listes d'abonnées à des tiers.