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Microsoft Research : les secrets de la créativité (2/3)

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A l'occasion de la sortie de notre nouveau magazine papier, on vous emmène en trois billets dans les coulisses de Microsoft Research. Après la présentation des laboratoires et des chercheurs, seconde étape : les secrets pour favoriser une atmosphère propice aux découvertes.

> La liberté de recherche comme postulat de départ

Depuis sa création en 1991, Microsoft Research (MSR) fonctionne sur le modèle d’une université à l’américaine. Les maîtres mots sont multidisciplinarité, transversalité et liberté.

Les réactions des chercheurs sont enthousiastes : « Il n’y a qu’ici que j’ai pu avoir cette sensation d’autonomie totale », affirme Nathalie Riche, 30 ans.

La jeune femme, qui travaille depuis trois ans sur des systèmes de visualisation au sein du groupe de recherche VIBE (Visualization and Interaction for Business and Entertainment), résume ainsi l’ambiance MSR :

« Ici, on a des projets un peu fous, on discute avec des gens aussi fous que nous, et on arrive à trouver des idées... pas si folles que ça ! »

Pour elle, la recette MSR est simple :

« Personne ne vous pousse à faire vos recherches en relation avec les produits. Ici, on est libre de faire ce qu’on veut. Et pour un scientifique, c’est un formidable postulat de départ. »

Cette liberté d’action posée comme un axiome a essaimé un peu partout dans le monde au fil des années, notamment dans la Silicon Valley, en Israël, à Bangalore (Inde), et même jusqu’à Pékin. Premier centre de R&D Microsoft à avoir été créé hors des États-­Unis, dès 1997, MSR Cambridge, en Angleterre, est aujourd’hui l’un des plus importants centres de recherche en sciences informatiques d’Europe, avec près de 120 chercheurs, toutes disciplines confondues :

« Nous embauchons beaucoup de gens intelligents, explique Andrew Blake, le directeur de MSR Cambridge, et ensuite nous faisons en sorte qu’ils aient toutes les ressources nécessaires à portée de main, au sein de l’organisation la plus légère et la plus ouverte possible. »

Ainsi, il n’est pas rare que chaque chercheur travaille sur au moins deux ou trois projets à la fois. Une « culture ouverte » qui permet aux bonnes idées d’émerger de manière spontanée.

> Objectif : recruter les meilleurs chercheurs

Une partie du succès de MSR tient à sa capacité à repérer les meilleurs chercheurs en sciences informatiques. Microsoft Research compte désormais 850 titulaires d’un doctorat et plusieurs centaines de doctorants.

Au fil des années, MSR a noué plus de vingt-­cinq partenariats avec les universités parmi les plus prestigieuses de la planète. Ses chercheurs proviennent d’horizons très divers : informatique, mais aussi sciences physiques, mathématiques, biologie, ethnologie, voire psychologie. C’est grâce aux sociologues maison que les ressources du storytelling issues du monde du jeu vidéo ont pu être intégrées de façon plus systématique dans l’interaction entre l’utilisateur et le logiciel. Résultat : des outils avec lesquels l’utilisateur peut communiquer d’une façon particulièrement intuitive et ludique.

Savoir expliquer le maniement de l’outil, c’est bien. Mais avoir des « idées folles », c’est mieux :

« Il y a quelques mois, je me baladais dans les bureaux de MSR, raconte Nathalie Riche. Tout à coup, je tombe en arrêt devant ces dizaines de tableaux blancs sur lesquels les chercheurs griffonnent leurs trouvailles. J’ai fait une étude dans quatre-vingt-dix bureaux, photographié et analysé des centaines de diagrammes, pour aboutir à l’idée d’un tableau blanc intelligent. Un instrument capable non seulement d’enregistrer vos graphiques et vos données au fur et à mesure que vous avancez dans votre raisonnement, mais aussi de terminer ce que vous êtes en train de faire à votre place ! »

Dans la phase de construction d’une application produit, les interactions entre chercheurs et développeurs sont permanentes et nombreuses. Comme partout ailleurs, la coopération à Microsoft est liée aux réseaux d’amitié au sein de l’entreprise. Une affaire de communication et de confiance.

Dans les années 2000, Steve Bathiche, directeur de l’Applied Sciences Group, imaginait Surface, une table dont le plateau est constitué d’une surface multitactile, et qui est finalement sortie en 2007. Vous vous rappelez la table dans Minority Report, de Steven Spielberg, et la manière dont le personnage joué par Tom Cruise y fait défiler des informations d’un geste de la main ? Eh bien, c’est elle.

Mais si Steve Bathiche a pu aboutir au produit aujourd’hui commercialisé, c’est aussi parce qu’il discutait depuis des années avec son ami Andy Wilson, un chercheur de MSR Redmond qui travaillait de son côté, et depuis longtemps, sur les interfaces gestuelles. 

> De nombreux échanges entre les groupes produits et les Labs

Revenons aux Labs. Leur rôle est de faciliter le transfert de technologie en rassemblant en mode projet, sur une période courte – de six mois à deux ans –, des chercheurs détachés de MSR, des ingénieurs détachés des groupes produits et des designers. Au terme de la mission, une technologie ou un nouveau service a quitté la nébuleuse de la recherche fondamentale pour s’incarner dans un produit, et chacun regagne son bureau d’origine.

Adossés aux équipes produits Office, les Office Labs entretiennent ainsi des liens permanents avec la recherche fondamentale via Jim Oker, le directeur de la gestion des programmes de recherche, véritable « agent de liaison ». Mais sans obligation de résultat :

« Avec Jim, tous les mois, on passe en revue les dernières technologies sur lesquelles les chercheurs travaillent en se demandant comment les intégrer aux produits, explique Brett Brewer, le directeur des Office Labs. Parfois il nous appelle et nous dit : “Hey ! On travaille là­dessus, ça pourrait vous intéresser, non ?” Ou bien on tombe sur l’une de leurs publications, ça nous inspire, et on réfléchit à des applications concrètes pour leurs trouvailles… » 

Autre électron gravitant autour du noyau dur de la recherche fondamentale, les FUSE Labs (pour Future Social Expe­riences Labs), créés en 2009 et situés à la fois à Redmond et à Cambridge (Grande­ Bretagne).

« À l’origine, l’idée des FUSE Labs est venue directement des chercheurs de MSR, qui voulaient mettre en place un cycle de recherche appliquée à l’espace social », explique Allen Jones, un chercheur des FUSE Labs travaillant à Cambridge.

Et puis, toujours dans l’optique de faciliter le transfert de technologie, trois laboratoires de recherche appliquée ont été mis en place : à Aix-­la-­Chapelle (Allemagne) en 2003, au Caire (Égypte) en 2006, et en Israël en 2008. Ce sont les Advanced Technology Labs, destinés à tirer le meilleur parti des talents présents dans toutes les régions du monde…

> Des partenariats noués dans le monde entier

Enfin, dans la recherche fondamentale comme dans la recherche appliquée, MSR a conduit une politique de partenariats en mettant en place des laboratoires communs avec de grands centres de recherche à travers le monde. 

Ainsi, un partenariat conclu en 2006 entre MSR Redmond et l’Université de Trente, en Italie, a donné naissance au projet CoSBi (Computational and Systems Biology), qui vise à développer des outils logiciels pour la modélisation et l’analyse des données médicales et biologiques.

En France, le laboratoire commun MSR Cambridge-­Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique) a été constitué, en 2006 également, pour se consacrer à la recherche fondamentale en logique et en mathématiques, avec notamment des applications dans le domaine de la sécurité informatique. Enfin, en 2008, c’est avec le Barcelona Supercomputing Center (BSC) que MSR a noué un partenariat afin que les deux structures développent en même temps des architectures de calcul massivement parallèles et les logiciels qui vont avec.

Dès l’origine, Microsoft a fait en sorte que la recherche fonctionne de manière ouverte. Au sein de la société, il existe même un groupe dont la mission est de nouer des liens avec la recherche publique et privée. Dirigé par le vice-­président Tony Hey, Microsoft Research Connections est chargé non seulement d’établir des partenariats avec les universités et d’autres centres de recherche, mais aussi de mettre continuellement à disposition les outils développés par MSR. CodePlex.com, le site open source de Microsoft, héberge ainsi près de 500 projets fournis par les développeurs maison. De quoi créer de nouvelles accointances, et peut-­être susciter de nouvelles vocations.

Et quelles collaborations, quelles synergies avec la recherche française ? Réponse vendredi, dans la suite de notre série, ou dès maintenant dans le magazine ci-dessous !

> RSLN #11 - Microsoft Research : le futur s'invente aujourd'hui

RSLN le 27/06/2012
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RSLN le 27/06/2012

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