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Médias

Le cinéma à l'heure du numérique : de l'art et des essais

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Au milieu des dizaines d’événements organisés lors de Futur en Seine, une table ronde sur l’avenir du cinéma a particulièrement retenu notre attention. Frédéric Borgia, délégué général de l’association cinéma 93 et animateur du débat, a demandé à ses invités, tous issus du monde des cinémas indépendants, d’imaginer quelle pourrait-être la salle de cinéma de demain.

Selon lui, les envies des cinéphiles ont aujourd’hui changé :

« Les gens ont besoin d’un lieu qu’ils veulent plus convivial, plus accessible. Ils veulent que leur ticket donne accès à plus qu’une simple séance. »

> Pellicules numériques

Adieu l’historique « 35mm », le numérique est désormais la norme. Dans les cabines, la plupart des exploitants ont effectué leur mue, puisque plus de 4000 des 5500 écrans français sont équipés à ce jour de projecteurs numériques.

Un investissement qui, malgré le coût estimé à environ 70 000 euros par écran, a été rendu possible même dans les salles d’art et d’essai, grâce au soutien financier combiné du Conseil National de la Cinématographie, des collectivités et des municipalités.

Pour Annie Thomas, directrice et programmatrice du Trianon, le passage au numérique offre plusieurs avantages, même si elle a choisi de garder aussi son ancien matériel, « au cas où » :

« L’argent économisé dans l’acquisition des copies physiques peut être dédié au frais de communication. Comme certains films ont peu de visibilité, il faut les soutenir », explique-t-elle.

Comment ? « J’ai envie en tant qu’exploitant de répandre une parole, de jouer notre rôle de passeur auprès du public. On a notre site Internet et on essaye d’assurer une présence quotidienne sur les réseaux sociaux. C’est une chance de connaître les films avant notre public : créons une histoire autour d’eux. »

Autre petit plus apporté par les outils numériques : la possibilité de projeter facilement ses propres bandes-annonces, « pour parler des festivals et de nos propres événements. »

La 3D, qui existe en fait depuis les années 50, n'est que la partie émergée de la révolution numérique en cours au cinéma

> « Donner envie de sortir de chez soi »

Dominique Toulat, directeur de la Ferme du buisson, à Marne-la-Vallée, dresse un constat sévère contre ceux qui se plaignent que le secteur du cinéma indépendant souffre :

« Si l’on parle de cinéma en crise, arrêtons de dire que c’est la faute des autres (à cause du DVD, d’Internet, de ceux qui téléchargent) et remettons nous en question : que peut-on faire pour donner envie de sortir de chez soi ? », lance-t-il à ses collègues.

Selon lui, ce constat « pousse au changement » les cinémas indépendants. A l’occasion de travaux dans son cinéma, Dominique Toulat a donc décidé de créer, à la place d’une troisième salle, « un espace de postes de visionnages. »

Ces derniers diffusent des contenus dans le but d’enrichir le passage au cinéma du spectateur avant et après le film : courts-métrages, interview de réalisateurs, vidéos artistiques, films amateurs etc.

Pourquoi aller jusqu'à se priver d’une salle supplémentaire, qui aurait permis de diversifier la programmation ?

« Je pense qu’aujourd’hui, les salles doivent s’articuler comme des liens hypertextes, car nous avons l’habitude d’être à plusieurs niveaux en même temps. Moi aussi je veux proposer cette capacité dans la réalité : c’est ce que j’ai essayé de reproduire en créant plusieurs espaces. »

Annie Thomas note que le numérique est aussi un bon moyen de s’adresser aux plus jeunes, alors que le public des salles d’art et d’essai est plutôt âgé - « la cinquantaine, diplômé, fonction publique ». C’est ainsi qu’elle a proposé un concours de courts-métrages sur téléphone portable, pour reconquérir et mieux comprendre les moins de 25 ans.

« I like cinema », des films à la demande... projetés en salle !

> Do you like cinema ?

Toujours dans cette idée de ramener le public dans les salles de quartier et se différencier face aux multiplexes, Pierre-Nicolas Combe, directeur et programmateur de l’Entrepôt, a lancé le site « I like Cinema ». Le but ? Que les spectateurs puissent créer leur propre séance dans le cinéma en bas de chez eux.

« Cette initiative part de trois constats : il existe une offre de film très abondante, la France possède de nombreuses salles de proximité et les changements technologiques entraînent de nouvelles façons de regarder un film », remarque-t-il.

Pour déclencher la projection de l’œuvre que vous souhaitez, il suffit donc de créer votre compte, de sélectionner un cinéma partenaire et de réunir un seuil minimal d’amis et de curieux en faisant sa publicité sur les réseaux sociaux. Une sorte de contre-programmation collective, qui vous donne une deuxième chance de voir ce fameux film que « vous aviez raté ».

Ces initiatives prises de ça et là préfigurent, peut-être, des changements plus radicaux encore. En avril 2012, Francis Ford Coppola confiait à Critikat ceci :

« Puisque les films se transforment en fichiers informatiques, pourquoi se restreindre au niveau du montage ? On pourrait très bien imaginer que je puisse composer mon film en direct, avec des musicien par exemple. Je pourrais très bien reprendre Apocalypse Now et en faire quelque chose de nouveau. »

Bref, beaucoup de pistes restent à explorer : avis aux développeurs cinéphiles.

Jason Wiels le 26/06/2012
jason
Jason Wiels le 26/06/2012

1 Comments


Berlin

Vraiment passionnant !
Pour prolonger la question, je vous conseille l'excellent "Le livre à l'heure du numérique, Pratiques et Public", sous la direction de Michaël Bourgatte et qui vient de sortir !

www.amazon.fr/.../ref=sr_1_1

le 24 September 2012

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