Médias

Les objets numériques ont-ils une âme ?

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Albertine Meunier et Julien Levesque, les artistes numériques du collectif Microtruc que nous vous avions déjà présentés, sont de retour à la galerie La Tapisserie, à Paris : vous pourrez les retrouver avec leur complice Caroline Delieutraz, du 20 au 28 juin, pour une exposition de leurs dernières créations.

Baptisé « Transmutation », le travail de ces artistes se présente comme la critique de ce que le commissaire d'exposition Etienne Gatti appelle le « scientisme numérique de l'algorithme omniscient ». Qu'est-ce à dire ? Contre la boulimie de données dont font preuve, à l'heure actuelle, ceux qui pensent que le monde peut se réduire à des formules mathématiques, le collectif pose la question d'un « animisme technologique » : les outils numériques ont-ils une âme ?

« Internet est aujourd'hui mi-humain, mi-machinique, explique Etienne Gati. Il est donc autant régi par nos croyances que par les mathématiques ». Les « Big Data » sont symptomatiques de cette hybridation : sous prétexte d'exhaustivité, elles veulent nous faire croire à la génération spontanée de corrélations pseudo-neutres. En réalité, les données ne préexistent pas aux théories, elles en sont le produit ».

Comment les objets des artistes révèlent-ils cette réalité ? C'est là que le titre de l'exposition prend tout son sens :

« Le processus de transmutation - transformer un métal vil en métal noble - vise à extraire le sens ou l'esprit d'une chose et à le réintroduire dans un corps. En somme, à re-matérialiser l'immatériel, à incarner dans des objets ce qui ne s'appréhende pas, et permettre ainsi une intime compréhension du monde ». 

Entre autre curiosités, nous avons sélectionné ces quelques installations qui témoignent de toute la poétique des artistes de Microtruc. Pour vous donner envie de découvrir in situ ce qu'ils appellent, non pas un Internet des objets, mais des « objets de l'Internet ».

> Albertine Meunier : « Hop Hop Hop, it's time to live »

Brouillant les perceptions du temps, Internet a tôt fait d'engloutir et de noyer le surfeur imprudent dans les méandres du cyberespace. Et si de nouvelles métriques nous aidaient à nous mesurer à cet espace-temps « dé-mesuré » ? C'est l'idée d'Albertine Meunier, qui propose le Hop Hop Hop et le Time To Live (TTL), de nouvelles unités et leur appareil de mesure dédié, pour quantifier le surf quotidien.

Et puis, dans nos modes de vie mobile, nous nous géolocalisons sans cesse. Mais a-t-on déjà observé la distance qui sépare deux individus en temps réel ? (X) Croisements, une installation d'Albertine Meunier et de Julien Levesque tente l'expérience : un barographe détourné, connecté à internet trace à chaque instant la courbe de rapprochement ou d'éloignement des deux artistes. Un second élément doté d'un affichage digital traduit cette valeur en un nombre de mètres qui peut être compris entre 0 et 20 000 000 : la distance entre deux antipodes. 

> Les vidéos cachées du collectif Microtruc

Les QR codes, ces petits codes 2D à scanner parfois mal-aimés trouvent, avec le collectif Microtruc et son dispositif DCODD, une raison d'être plus poétique : durant deux ans, de juillet 2008 à juin 2010, des nuages de codes QR ont été tagués sur les trottoirs de douze carrefours parisiens. Il donnent accès, via un téléphone mobile connecté à Internet, à des vidéos préparées par des complices du collectif. Celles-ci brouillent les codes et les repères de cette pratique récente, qui consiste à annoter la ville en l'augmentant virtuellement :

« En lieu et place du 'vous êtes ici', DCODD propose un 'vous n'êtes pas ici', ou un 'vous êtes ici, ici, ici et encore là bas', ou un 'vous n'êtes pas maintenant'. Le projet s'inscrit ainsi dans le décalage plutôt que dans le mimétisme avec le lieu. Les vidéos que DCODD associe au lieu par l'intermédiaire des codes 2D ne sont ni touristiques, ni documentaires, elles tendent à créer un lien dépaysant, voir déconcertant avec leur contexte de consultation ».

 

> La « Révolution » de Julien Levesque

Révolution est un petit globe terrestre qui se balade dans l'espace qui lui est alloué. Ce mobile autonome dessine des révolutions, trace des trajectoires anarchiques dans le lieu d'exposition.

> « L'explication du monde » par Caroline Delieutraz

L'explication du monde est une page web au sein de laquelle des gifs animés pédagogiques collectés sur Internet sont combinés, créant une machine absurde.

« 'L’Explication du monde', c’est Time Square à l’heure de pointe, en moins bruyant, commente Géraldine Miquelot. Des dizaines de gif animés rivalisent de créativité pour capter l’attention, même partielle, de l’internaute. (...) Créés pour rendre intelligibles des concepts essentiels, les voilà qui gigotent tels des savants trépignant devant nous, irritants à force d’envie de transmettre, comme des machines célibataires qui tournent à vide, épuisant notre attention alors même qu’elles étaient supposées la réveiller ».

Vous voulez voir à quoi cela ressemble ? Cliquez donc sur l'image... ou bien, rendez-vous à la Tapisserie avant le 28 juin.

 

Tommy Pouilly (@5h55) le 21/06/2012
Tommy
Tommy Pouilly (@5h55) le 21/06/2012

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