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« Ma maman m'a dit... »

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Ma mère m'a toujours dit : on ne parle pas à des inconnus. La vôtre aussi ? Et si, demain, on revenait sur ce principe grâce à l'explosion du web social, expliquant que, dans de nombreux cas, c'est au contraire une très bonne chose que d'échanger avec de parfaits inconnus ? 

C'est la question que pose le BBC News Magazine à l'occasion de la sortie d'Airtime (« temps de conversation » en anglais), une application Facebook qui propose de mettre en relation des inconnus via la webcam de leur ordinateur.

Les amateurs de ce genre de service partent d'un constat simple : au quotidien, nous avons tous des dizaines d'occasions de parler avec des inconnus. Et généralement, nous le faisons de bonne grâce. Mais ces conversations sont « rarement profondes ou authentiques », alors même qu'une idée répandue suggère que les gens sociables, qui n'hésitent pas à échanger au quotidien avec de nombreux inconnus, seraient « plus heureux », relève la BBC.

Dans ce cas, pourquoi ne pas encourager les usages des technologies qui, sur un mode ludique, nous aident à sortir de notre bulle ? 

Souvenez-vous : c'était un peu la promesse de Chatroulette, ce site qui, il y a deux ans, faisait parler de lui en proposant d'interconnecter ses utilisateurs anonymes de manière aléatoire. Si la question se pose à nouveau aujourd'hui, c'est qu'une nouvelle génération de services essaient d'exploiter cette pratique en la sécurisant davantage. On préférera ainsi parler à des amis d'amis - ou à des gens qui partagent les mêmes passions - qu'à des individus choisis sans autre règle que celle du hasard. 

Malgré tout, le doute est permis, et les sceptiques restent légion : à quoi bon passer du temps à parler avec des inconnus ? Qu'y gagne-t-on ? En a-t-on besoin, ou même envie, et pourquoi devrait-on se forcer parfois ?

 

> « Sortir de sa bulle » rend-il plus heureux ?

Le journaliste de la BBC, qui a testé l'application, explique très bien ce sentiment : un léger malaise, une vague angoisse, qui laissent une désagréable sensation que quelqu'un essaie de vous « tirer de votre bulle » via l'application, à l'heure où vous vous êtes pourtant déclaré disponible pour cela. Et des dialogues parfois hésitants, au début : difficile d'engager une conversation dans un contexte aussi inhabituel.

Pourtant, les spécialistes sont nombreux à vanter les mérites de la plus grande sociabilité : 

« Parler à des inconnus vous permet de découvrir d'autres possibilités : c'est toujours à travers les autres que nous atteignons nos objectifs », explique David Topus, auteur de Talk to Strangers.

Dans ce cas, la multiplication des interactions serait un accélérateur de sérendipité, cette heureuse aptitude à « trouver ce que l’on ne cherche pas en cherchant ce que l’on ne trouve pas », selon la formule de Philippe Quéau.

Pour d'autres, se confier à un inconnu est l'occasion d'exprimer des choses qu'ils ne partageraient pas à leurs proches (« trop proches » ?) sans vouloir pour autant recourir à un thérapeute.

Et qu'en disent les explorateurs de ce « concept d'interactions aléatoires » ?

« J'ai rencontré beaucoup de gens, je me suis fait de nouveaux amis, et même des petites amies. J'ai commencé à devenir une personne différente, moins cynique et portée sur le jugement. Et j'aimais ce que je devenais », déclare Fletcher, l'auteur d'un blog également intitulé Talk to Strangers, qui propose à ses lecteurs de « se reconnecter avec l'humanité, une personne à la fois ».

D'autres, en France, s'y étaient essayés, comme par exemple Marie Dinkle et son blog, l'inconnu du métro, qui avait rencontré un vif succès en publiant des portraits d'inconnus croisés dans le métro parisien.

« Tout le monde est solitaire. Mais j'ai découvert qu'au fond, presque aucun de nous préférerait rester assis en silence plutôt que de parler à une personne sympathique », conclut Fletcher.

Tommy Pouilly (@5h55) le 12/06/2012
Tommy
Tommy Pouilly (@5h55) le 12/06/2012

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