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Santé

L'immortalité, est-ce bien raisonnable ?

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L’immortalité : le sujet est vertigineux. Jean-Michel Besnier s’y est pourtant attaqué, le 24 mars dernier, à la Gaîté Lyrique, lors d’une conférence intitulée Vers l’immortalité ?. Sans tomber dans l’apologie ou la critique de « ceux qui y croient », le philosophe, professeur à la Sorbonne et auteur de Demain, les posthumains (ed. Hachette Littératures, 2009), a su rendre cette question compréhensible et donc pensable.

Les dépenses en recherches et développement dans les NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Intelligence artificielle et sciences Cognitives), la croyance en un « homme nouveau », ou la volonté de se débarrasser du corps, comme obstacle à l’éternité, sont déjà des effets produits par cette question. C’est pour cela que le philosophe souhaite faire de l’immortalité une véritable interrogation contemporaine.

Aujourd’hui, si le rêve d’une vie éternelle n’est que pure spéculation, le progrès scientifique ouvre la porte à de nouvelles perspectives, rendant la chose, semble-t-il, « de moins en moins déraisonnable ».

« On croyait en avoir fini avec les utopies. Avec cette promesse d’une immortalité future, on assiste à leur retour », explique Jean-Michel Besnier.

> De la numérisation de l’info… à celle du cerveau

L’envie de devenir immortel existait déjà avec les métaphysiciens, dont le but était « d’en finir avec la finitude » de l’Homme. Cependant, Jean-Michel Besnier pense que l’émergence du numérique a rendu l’ère du temps plus perméable à ces nouveaux courants de pensée « éternitaires » :

« Le mouvement de numérisation du monde participe à convertir une quantité gigantesque d’informations en 0 et en 1. Ce qui renvoie à l’idée que tout est commensurable avec le numérique, que tout peut s’homogénéiser et s’interchanger. »

Un contexte qui laisse penser que le « contenu » de notre cerveau pourrait, au même titre que celui d’un livre, être numérisé et sauvegardé.

Quelles seraient alors les étapes qui, selon les partisans du transhumanisme, nous mèneraient de notre simple condition d’être humain à celle « d’homme augmenté », puis de « posthumain » ?

La première consisterait à changer les « pièces usagés de notre corps » au fur et à mesure de notre vieillissement. La suivante serait de rendre nos organes artificiels avant d’atteindre la dernière étape : « uploader » - mettre en ligne - notre cerveau sur un support plus durable que notre propre corps.

Dans ces conditions, la mort ne serait dès lors plus une fatalité, mais un choix : « celui de se déconnecter soi-même ».

> Distinguer longévité et éternité

Avant d’en arriver là, le philosophe préfère ajouter quelques sérieux bémols à cette route vers l’infini.

Tout d’abord, il ne faut pas confondre les progrès de la longévité de la vie, bien réels - bientôt, tous 130 ans ? - avec l’hypothèse de l’immortalité, qui bute techniquement sur un obstacle de taille :

« Les technosciences qui visent l’immortalité se donnent finalement comme but de supprimer l’entropie [principe scientifique selon lequel toute énergie se dégrade inexorablement]. Une affirmation qui a de quoi faire bondir bon nombre de physiciens ! », pointe Jean-Michel Besnier.

Les avantages exceptionnels conférés par cet hypothétique horizon ne doivent donc pas faire oublier de véritables réalités scientifiques. En revanche, « voyager à la vitesse de la lumière permet de ne pas vieillir », précise-t-il. Autant dire que cette perspective relève aujourd’hui plus du mirage qu’autre chose.

> « La fin de la souffrance vaut-elle la fin du plaisir ? »

Au-delà des enjeux purement techniques, reste la question de ce que serait un humain immortel. Et Jean-Michel Besnier tente d’en dresser un portrait précis.

D’abord, désir et immortalité s’excluent mutuellement selon lui. Devenir immortel, ce serait « la fin de la nature érotique de l’Homme ». Car les désirs de ce dernier ne s’expriment que dans une tension par rapport au temps, dans une volonté infiniment renouvelée, qui serait alors comblée.

Autre point : à supposer que la fin de la nécessité de mourir supprime également vieillesse et souffrance, ressentir du plaisir ne serait plus possible :

« On sait déjà grâce à la neuroscience, par l’interaction entre les antidépresseurs et la sérotonine, que supprimer la souffrance revient à en finir avec le plaisir », explique Jean-Michel Besnier.

Comme il le rappelle, dès l’Antiquité, une des aventures d’Ulysse ne dit pas autre chose. Calypso, nymphe amoureuse du héros, lui propose l’immortalité contre sa présence auprès d’elle. Plutôt que d’accepter ce « cadeau », un avenir de dieu, il préfère tourner le dos à l’éternité, et terminer sa courte mais intense vie auprès des siens.

« Si l’immortalité est désirable, est-elle pour autant souhaitable ? La question mérite d’être posée », conclut alors le philosophe.

Jason Wiels le 18/04/2012
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Jason Wiels le 18/04/2012

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