Éducation

En Afrique, le jeu vidéo « cultive l'espoir et lutte contre la violence »

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En décembre dernier, l’hebdomadaire britannique The Economist consacrait sa une au redressement de l’Afrique, « ce continent plein d’espoir ». Anne Githuku-Shongwe incarne une raison de plus d’espérer que la situation de ce continent s’améliore peu à peu. Cette ex-salariée de l’ONU a réuni ses économies pour lancer le projet Afroes en Afrique du Sud, son pays natal. Le but : développer des jeux vidéo sur téléphone portable afin de sensibiliser les plus jeunes aux problèmes qui sévissent sur ce continent (violences, viols et trafics d’êtres humains).

Nous avons pu la rencontrer lors du forum Netexplo 2012, où elle a remporté un des dix prix décernés par les organisateurs.

> Le téléphone, premier média des jeunes africains

C’est en observant son fils jouer et jouer encore sur son mobile qu’Anne Githuku-Shongwe a compris que le téléphone portable était le meilleur moyen de parler à la jeunesse africaine. A l’échelle du continent, ils sont 300 millions à en être équipés, et 28 millions rien qu’en Afrique du Sud.

« Les gens me demandent souvent comment les jeunes peuvent s’en acheter un. Je leur réponds qu’aujourd’hui ce n’est plus un article de luxe, mais bien un outil de subsistance », explique la fondatrice d’Afroes.

Pour adresser un message fort aux adolescents sud-africains, le téléphone est devenu un média incontournable : ils y passent deux à huit heures par jour, pour discuter, utiliser les applications de base, et presque un sur deux s’en sert pour jouer. D’où l’idée de « s’adapter à leur langage » en développant des jeux sur ce support.

> Casser les préjugés qui favorisent le viol

Anne Githuku-Shongwe a d’abord voulu lutter contre le viol, un phénomène grave qui ronge l’Afrique du Sud – plus de 55 000 cas dénombrés sur la période 2009/2010. Le jeu Moraba, financé par un partenariat avec l’ONU, a donc vu le jour.

Reprenant les principes de l’Umlabalaba – sorte de jeu d’échecs zoulou – chaque partie jouée sur le téléphone est entrecoupée d’un questionnaire, qui demande au jeune joueur de réagir à des situations du type « un professeur exige une relation sexuelle à un étudiant pour réussir un examen » ou « une fille prétend avoir été violée parce que » Les bonnes réponses, comme reconnaître qu’un viol doit être signalé à la police, sont alors récompensées dans le jeu et permettent de gagner la partie.

Exemple de questionnaire du jeu Moraba

Le bilan de cette expérience a été plus que positif selon Anne Githuku-Shongwe. Tout d’abord, les jeunes joueurs ont été sensibilisés à ce sujet. Des mythes peuvent tomber, comme celui qui prétend que « coucher avec une jeune vierge entraînerait la guérison du sida ». Les victimes de tels actes ont été mieux informées des recours dont elles disposent. Une jeune adolescente confiait ainsi à Afroes que, « si elle avait eu accès au jeu avant de se faire violer à trois reprises, elle aurait su comment trouver de l’aide. »

Plus encore, les réponses récoltées par ce questionnaire ludique ont permis d’établir une base de données inespérée. Les informations recueillies sont bien plus précises et massives que celles obtenues par les enquêtes en milieu scolaire, où l’implication de l’enfant est moins forte et son intérêt n’est pas en permanence relancé comme dans le jeu.

Des résultats qui font dire à l’ancienne employée onusienne que les mentalités peuvent changer grâce à ce moyen. Elle cite ce témoignage qu’elle a reçu d’un jeune homme, après avoir essayé Moraba :

« Je sais maintenant que je suis un violeur. Quand une fille disait "non", avec les copains, on pensait toujours que ce n’était pas vraiment un refus, pas un vrai "non". Maintenant je me rends compte. Maintenant, j’ai changé. »

> Jouer pour changer

Anne Githuku-Shongwe ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Champ chase, un autre jeu, financé cette fois avec le concours du Fonds pour les enfants de Nelson Mandela, entend lutter contre les agressions et le trafic d’enfants. Cette aventure, qui vous met dans le rôle du sauveur d’innocents, a déjà été téléchargée plus de 100.000 fois en Afrique du Sud.

L’enjeu est désormais de sortir des frontières sud-africaines. Afroes prévoit d’exporter Moraba dans 14 autres pays du continent avant la fin de l’année. L’entreprise prévoit également de solliciter les cinq plus grands opérateurs téléphoniques en Afrique (soit 90% des abonnés) pour mettre en place des partenariats. Il y a potentiellement 300 millions de futurs adultes à atteindre. Alors oui, Anne Githuku-Shongwe y croit : les jeux vidéo peuvent changer le monde.

Jason Wiels le 19/03/2012
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Jason Wiels le 19/03/2012
Photographie :

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