Culture et numérique en 2012 : les propositions émergent

Culture et numérique en 2012 : les propositions émergent Politique

Comment financer la création ? Comment gérer les téléchargements des œuvres ? C’est pour répondre à ces questions essentielles que l’Adami (administration des droits des artistes et musiciens interprètes) a réuni cinq porte-paroles des candidats à l'élection présidentielle le 22 février, au sein de la Gaîté Lyrique.

Hervé Pérard (Europe Ecologie Les Verts), Frank Riester (Union pour un Mouvement Populaire), Aurélie Filippetti (Parti Socialiste), Alain Hayot (Front de Gauche) et Arnaud Dassier (Mouvement Démocrate) ont ainsi débattu pendant près de deux heures et défendu leurs visions de la culture et du numérique en 2012.

Notons au passage que, quelle que soit la couleur politique des participants, il leur reste, aux yeux des Français, des efforts à fournir pour apparaître crédibles sur ces questions : un sondage Ifop pour NetExplo, paru le 8 février 2012, révèle que pour un électeur sur deux, aucun candidat à l’élection présidentielle « n’incarne la société moderne à l’heure d’Internet ».

Le débat a-t-il été en mesure de changer la donne ? Retour sur les positions et propositions de chacun.

> Consensus entre un « bien commun » et une « révolution positive »

Les première minutes du débat ont été plutôt sages, car tous partagent un même constat : la culture est un bien à préserver.

« La culture n’est pas un bien comme un autre. La première chose à laquelle pensent les étrangers quand on parle de la France ? Sa culture, et dans toutes ses dimensions, patrimoniale et créative », commente Aurélie Filippetti.

Son homologue du Front de Gauche, Alain Hayot, renchérit : « je suis d’accord avec cette définition qui fait de la culture un bien commun », et ajoute : « il y a urgence à assumer la révolution numérique de manière positive, car c’est un outil d’émancipation ».

Culture et numérique, un cocktail qui a réponse à tout ? « Cela contribue à augmenter le bien-être des Français, sans conduire à des actes de prédation sur l’environnement. On peut aussi fabriquer de la culture durable », explique Hervé Pérard.

Dernier à s’exprimer, Franck Riester tente de résumer :

« Oui, nous sommes tous ici attachés à l’exception culturelle. Je considère même la culture comme une réponse face à la crise. »

> Synthèse des échanges

Le consensus s’est cependant arrêté là : retour sur les principales propositions de chacun des participants.

- Hervé Pérard (EELV) : le numérique, outil d'une « culture durable »

Animateur du groupe de travail sur le numérique au sein d’EELV, Hervé Pérard est celui qui s’est engagé le plus en faveur d’une sorte de licence globale. Il voit dans le numérique un levier d’action pour mettre en branle une « économie sociale et solidaire », dans laquelle la culture est « davantage un objet de partage que de consommation. »

L’écologiste soutient que les majors n’ont « pas joué le jeu des plates-formes de téléchargement légales ». La solution réside selon lui dans la « légalisation de tous les échanges non marchands », pour « créer de l’intérêt autour de la production des artistes ».

En contrepartie de cette légalisation de toutes les formes de téléchargements et d’échanges virtuels, Hervé Pérard propose une contribution de 5 euros, assumée « de 1 à 2 euros par les FAI, de 3 à 4 pour les abonnées », afin de dégager 1,3 à 1,4 milliard d’euros pour rémunérer les créateurs.

- Frank Riester (UMP) : « L’Hadopi a amené les internautes vers l’offre légale »

Le représentant du Président sortant a adopté une position plus défensive, préférant mettre en valeur le bilan de l’actuelle législature. Celui qui a été le rapporteur de la loi Hadopi se targue ainsi de l’efficacité de cette dernière, qui aurait « fait baisser le peer-to-peer de l’ordre de 35% » et « amené les internautes vers l’offre légale. »

Pour l’instant sans nouvelles propositions, le député UMP a temporisé. Il a ainsi annoncé que dans les jours à venir, Nicolas Sarkozy ferait des annonces pour la culture et le numérique, deux sujets qui seraient le « ciment de son programme » (sic).

- Aurélie Filippetti (PS) : repenser le modèle économique à l’ère numérique

Chargée de la culture dans l’équipe du candidat socialiste, Aurélie Filippetti a déroulé ses propositions, déjà évoquées plus tôt dans la campagne, censées « créer un nouveau modèle économique à l’ère du numérique ».

En résumé, il faudrait selon elle :

« supprimer Hadopi, qui n’apporte pas un sou aux créateurs et coûte 13 millions d’euros par an » ;
« créer un portail public d’orientation, afin d’encourager la rémunération à l’acte et par abonnement » ;
« lutter contre la contrefaçon des sites illégaux commerciaux » ;
« taxer le petit nombre d’acteurs qui ont capté la richesse créée sur Internet pour la redistribuer » ;
« imaginer de nouveaux modèles, comme ce qui se fait avec les SOFICA, pour intéresser les FAI à la co-création d’œuvres ».

- Alain Hayot (Front de Gauche) : un service public de l’Internet ?

Face à la complexité de ces sujets, Alain Hayot préfère trancher d’emblée : « celui qui prétend avoir trouvé les solutions définitives aujourd’hui se trompe ». Ce qui n’empêche toutefois le délégué national à la culture du PCF de dégager plusieurs pistes.

Par exemple, il faudrait selon lui pratiquer le référencement des œuvres au dépôt légal dans une base de données nationale. La mise en place d’une « sorte de service public de l’Internet » est une solution qu’il a également évoquée. Il serait géré de façon paritaire entre l’Etat, les sociétés de gestions des droits et les internautes. Ce qui pourrait déboucher sur une « plate-forme publique de téléchargement », sans que M. Hayot ne rentre plus dans les détails.

Il a aussi abordé la gratuité, une question qui « mérite débat », et dont le financement pourrait la aussi passer par de nouvelles taxes, dont les modalités resteraient à définir, après un grand rassemblement de tous les acteurs autour d’une même table : Education nationale, collectivités, artistes, Etat, acteurs de l’Internet.

- Arnaud Dassier (MoDem) : accélérer la désintermédiation

L’ex-contributeur à la campagne Internet de Nicolas Sarkozy diagnostique la révolution des nouvelles technologies comme un « choc de la désintermédiation », qui entraîne un « chamboulement douloureux d’une organisation ancienne ». Le meilleur comportement que l’Etat peut alors adopter face à cette mutation, « c’est d’accélérer ce processus, non le freiner, tout en corrigeant d’éventuels déséquilibres ».

Pour le représentant de François Bayrou, un exemple de cet accompagnement étatique passe par la création « d’un guichet unique pour la rémunération des droits d’auteur, afin que ceux qui veulent utiliser des œuvres puissent s’y retrouver facilement. »

> Le mot de la fin

Pour conclure ce premier débat de la campagne sur la place de la culture dans le monde numérique, Bruno Boutleux, directeur général de l’Adami, a renouvelé son appel à agir vite auprès des candidats :

« Le grand défi qui vous attend est celui du partage de la valeur de la création sur Internet. La dernière évolution majeure du droit d’auteur remonte à l’été 1985, avec le vote de la loi Lang. C’était il y a 26 ans : une éternité à l’heure du digital. »

jason Jason Wiels le 27/02/2012
Photographie

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